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Au Danemark, appel aux tests obligatoires des compétences de langage des enfants de 3 ans

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L’association des municipalités danoises, Kommunernes Landsforening (KL), vient de lancer un appel à mettre en place des tests obligatoires des « compétences de langage » de tous les enfants de 3 ans du pays en vue de combattre les « inégalités sociales ». Une bonne nouvelle pour les petits Danois ? On peut craindre que non, et nous allons voir pourquoi.
 
La proposition résulte d’une enquête qui a révélé d’importantes différences dans les capacités de langage et des « compétences sociales » des enfants danois lorsqu’ils font leur entrée à l’école. Dans certains cas, ils affichent des retards pouvant atteindre deux ans par rapport à leur âge réel.
 
Pour KL, il est urgent d’évaluer tous les enfants dès l’âge de trois ans afin d’identifier ceux qui sont déjà en retard par rapport à leur groupe d’âge, afin de leur assurer une aide personnalisée. « C’est un problème gigantesque. Nous devons tout donner pour sauver ses enfants », a déclaré Anna Mee Allerslev, présidente du comité jeunesse de Kommunernes Landsforening.
 

Le Danemark veut tester les compétences de langage des enfants de 3 ans

 
Le test pourrait être réalisé dans les centres d’accueil de jour – la séparation des tout-petits de leurs parents se fait tôt, dans ce pays nordique – à travers un protocole simple : ce sont les employés habituels de ces centres qui soumettraient chaque enfant a un test de 10 à 30 minutes au cours duquel il serait demandé de décrire des images en paroles. Pour un budget annuel de 1,5 million d’euros, tout de même.
 
En soi l’idée n’est sans doute pas sotte – encore que certains enfants, c’est ainsi, ont des rythmes de développement très atypiques.
 
Un professeur d’université au centre de recherche sur l’enfance d’Aarhus soutient l’initiative : « Nous devons reconnaître qu’un nombre significatif d’enfants ne reçoivent pas le soutien qui convient à leur développement linguistique dans les centres d’accueil de jour parce qu’il est difficile d’identifier ceux qui ont un problème sans test, et parce que toutes les institutions ne mettent pas suffisamment l’accent sur la création d’un bon environnement d’apprentissage », affirme Dorthe Bleses.
 

Des tests obligatoires aux remédiations imposées par l’Etat

 
Ce qu’elle est en train de dire, en somme, c’est que dans les garderies et autres crèches danoises, le personnel employé n’est pas capable de constater qu’un enfant de trois ans ne sait pas s’exprimer convenablement, et encore moins de lui apprendre à mieux parler…
 
Le syndicat des éducateurs de la petite enfance du pays, BUPL, estime au contraire que les tests systématiques constitueraient un « cauchemar bureaucratique » et un poids supplémentaire pour un système déjà au bord de l’implosion en raison de récentes coupes budgétaires et de diminutions du personnel. Il y a aujourd’hui 4.400 « pédagogues » de moins qu’en 2009, regrette le syndicat. Sa revendication est on ne peut plus classique : il réclame davantage d’embauches.
 
La responsable de l’association danoise nationale des parents, FOLA, a un langage plus « inclusif » : « Nous ne devons pas tester nos enfants, nous devons les observer. Le problème du test, c’est que nous n’évaluons les enfants que par rapport à leur capacité technique. Mais les enfants se développent de différentes manières, chacun est unique », souligne sa représentante.
 
Le débat n’est pas neuf. Dans les pays fortement socialisés comme le Danemark – ou d’ailleurs comme la France – on se pose mille questions sur le développement des enfants qui ont au préalable été arrachés à leur famille par le biais de la garderie, des petites maternelles et autres solutions « collectives » d’accueil dès la très petite enfance.
 

Un appel à court-circuiter les droits des parents

 
Les partisans du repérage des difficultés linguistiques au Danemark annoncent quant à eux la couleur : « Nous savons par la recherche d’un enfant de trois ans de parents ayant un niveau élevé d’instruction aura entendu 30 millions de mots de plus qu’un enfant de parents peu instruits. C’est pourquoi nous demandons que les tests linguistiques des enfants de trois ans deviennent obligatoires de par la loi. »
 
Il s’agit, comme souvent, de compenser les inégalités et au fond, de dénoncer l’avance injuste dont bénéficient certains, sans surtout se poser des questions sur le système qui parque les tout-petits avec leurs semblables alors que c’est avec les adultes, et de préférence avec leur mère, qu’ils acquièrent le langage au mieux pendant leurs premières années de vie.
 
A cela s’ajoute une réalité inquiétante : en repérant par le biais d’une loi et sous la responsabilité du pouvoir le développement des enfants qui doit répondre aux normes créées par celui-ci, on ouvre la porte à des systèmes de « remédiation » pédagogique qui passent souvent par des méthodes déstructurantes, comme l’a montré Elisabeth Nuyts dans L’école des illusionnistes. Les méthodes globales d’apprentissage font tout pour favoriser le développement du cerveau droit : en laissant l’État déterminer quels sont les enfants qui ont « besoin » aussi précocement de soutien spécialisé, on ouvre aussi la porte à de nouvelles tyrannies.
 

Anne Dolhein