Quentin Deranque avait vingt-trois ans. Il avait lu Maurras et d’autres penseurs politiques. Il avait collé des affiches pour l’Action française, il était contre la loi sur l’euthanasie, il militait chez les Allobroges, des jeunes de la région lyonnaise opposés à l’immigration, il faisait du sport, y compris de combat, avec les nationalistes d’Audace Lyon, il avait défilé dans des manifestations nationalistes, il n’était connu d’aucun service de police, ne participait à aucune bagarre, avait un casier judiciaire vierge, il avait accepté, c’est sa seule erreur, de protéger les féministes de Némésis contre la violence des antifas, il est mort sous les coups de pieds de ceux-ci. Cela suffit pour qu’une grande partie des médias le dise d’ultra droite, d’extrême-droite, néofasciste, antisémite, et les plus en forme, nazi. Et cela justifie que l’humoriste Bruno Gaccio l’insulte et légitime sa mort.
Bruno Gaccio n’a pas 23 ans, il en a 68, c’est un vieux briscard de la politique et de la manipulation. Lui n’est présenté ni comme un nazi, ni comme un extrémiste, ni même comme un militant politique, mais comme un humoriste – ces humoristes qui permettent à l’audiovisuel comme il faut de respecter le « pluralisme » tout en lançant les attaques les plus orientées sous couleur d’humour. Gaccio est défini comme humoriste, auteur, scénariste, producteur de télévision connu notamment pour sa participation à l’écriture des Guignols de l’Info sur Canal + de 1992 à 2007, et, c’est encore plus chic, romancier. Accessoirement, ceux qui creusent sa bio découvrent qu’il fut dealer à l’adolescence, puis anarchiste tendance CGT et chevrier révolutionnaire ans la Drôme.
Depuis il a appris la musique et fait sa pelote à la Télé, notamment à Canal +. En 2012 -2013, il donne dans l’extrême-gauche alternative avec Stéphane Hessel, Edgar Morin et Lilian Thuram. En 2022, il décide de jouer utile et rejoint le parlement de l’Union populaire qui soutient la candidature de Mélenchon à la présidentielle. Aujourd’hui, membre du comité d’honneur de l’Association pour le droit de mourir ans la dignité, il est candidat de la France Insoumise aux élections municipales de Paris, dans le VIIe arrondissement. Voilà un moraliste et un humoriste parfaitement impartial et indépendant fondé à parler de Quentin Deranque.
Il la fait avec une délicatesse exquise : « C’est une tristesse absolue pour sa famille qui a dû découvrir le même jour que leur enfant était mort et qu’en plus, c’était un gros connard. » Et il a recommencé avec encore plus de grâce : « Maintenant qu’on sait qui était Quentin Deranque, qu’on connaît les circonstances précises de la bagarre qui a entraîné sa mort une heure trente plus tard alors qu’il refusait de se rendre à l’hôpital, Yaël Braun-Pivet propose une minute de bruit à l’AN, pour équilibrer et apaiser la France. »
Ici un peu de sérieux est nécessaire. Cette tentative de transformation des faits ignore volontairement les points essentiels du meurtre. Il ne s’est pas agi d’une « bagarre » : quand les antifas mieux équipés ont enfoncé le filet de protection de Némésis, Quentin et un de ses camarades, isolés, en fuite, ont été encerclés et lynchés par des ennemis plus forts et sans scrupules. Telles sont les « circonstances précises » que nie effrontément l’humoriste Gaccio. Sa deuxième remarque est aussi vile que fausse : « alors qu’il refusait de se rendre à l’hôpital » suggère que, s’il avait accepté, il s’en serait sorti. C’est refuser le diagnostic des médecins urgentistes, qui ont dit explicitement le contraire. Et c’est oublier que les gens qui l’ont relevé ont appelé en vain le Samu, qui n’a pu se déplacer, lui-même étant KO debout, incapable de prendre une initiative. Après ce court festival de mensonge stupide et odieux, chacun appréciera comme il se doit la chute de « l’auteur » Gaccio : « Yaël Braun-Pivet propose une minute de bruit à l’AN, pour équilibrer et apaiser la France. »
Prions pour ce pauvre homme : la lecture d‘un seul de ses tweets vaut tout un carême.











