Le discours de Donald Trump sur les droits de douane a soulevé une tempête quasi unanime de mauvais jugements : Bayrou, Von der Leyen, Pékin, Tokyo, Taï Pé, Le FMI, tout le monde est contre, sauf Poutine, qui attend, et le britannique Starmer, coincé entre US et UE. Les bourses ont plongé. Le mur d’argent et le mur des institutions se dressent contre le protectionnisme. C’est naturel. Trump, big chief US, est parti en guerre pour la nation américaine contre la révolution mondialiste sous ses trois drapeaux arc-en-ciel, LGBT, « antiraciste/immigrationniste », climat/ santé, et il en attaque le moteur politico-économique, le système socialiste de redistribution des richesses par le libre-échange. Devant les rétorsions annoncées, trois questions se posent. Quels actes suivront ses paroles et comment seront-ils acceptés ? Sa politique peut-elle réussir ? Du point de vue de la lutte contre l’arc-en-ciel, est-elle bonne et efficace ? Autrement dit, alors qu’il se pose en ennemi de l’arc-en-ciel, ne risque-t-il pas d’en être le fourrier ?
Les ennemis de Trump condamnent un acte politique
Pour qui a l’oreille un tant soit peu musicale, le tollé qui accueille les droits de douane de Trump se caractérise par ses dissonances : s’y mêlent les libéraux pour qui tout obstacle aux affaires, de quelque nature que ce soit, est une hérésie, et les dirigistes, planificateurs et fonctionnaires internationaux qui voient en Trump le diable. S’y ajoutent les économistes de tout poil qui estiment fantaisiste la grille des niveaux de droit de douane selon les pays et le mode de calcul qui l’a produite. Tout le monde paraît avoir raison et tout le monde a tort, et tout cela montre que l’économie est ici d’abord le faux-nez de la politique. En homme d’affaires et joueur de poker, Trump négocie, et les droits de douane annoncés, on l’a déjà vu pour le Canada, le Salvador et le Mexique, sont une monnaie d’échange contre autre chose, un moyen politique. S’il a consenti au Royaume-uni la moitié des droits de l’Union européenne, c’est pour séparer celui-là de celle-ci, dans l’affaire ukrainienne par exemple, mais pas que, pour lui faire toujours préférer « le grand large », c’est à dire les States. S’il a omis de surtaxer la Russie (qui exporte tout de même pour 3,5 milliards de dollars aux USA), c’est qu’il est en pourparlers avec elle sur l’Ukraine, un envoyé du Kremlin est à Washington. Et s’il taxe lourdement toute l’Asie, Cambodge en tête, c’est pour y noyer sa véritable cible, la Chine. Nul doute qu’il négociera ensuite sérieusement avec le Japon et Tai Wan, deux piliers de sa politique pour la contenir en Extrême-Orient : il en a besoin mais ils ont encore plus besoin des Etats-Unis, et il le fera sentir lorsqu’il sera question des microprocesseurs produits à Formose.
Des droits de douane conçus pour une négociation
La liste des droits de douane annoncée ne sera donc pas celle qui sera au bout du compte appliquée. Et l’on doit pour être honnête ajouter que l’intrication des économies est telle aujourd’hui que les bienfaits des droits de douane allégués par Trump, comme les désastres annoncés par ses détracteurs, seront dans bien des cas plus petits qu’on ne le dit. Prenons l’exemple de la France. Loin devant les vins et alcools, nos exportations vers les Etats-Unis pèsent d’abord dans l’aéronautique et l’espace, le luxe et la pharmacie. Mais cela est tempéré par nos importations, qui regardent d’abord les pièces pour l’aéronautique et la pharmacie (derrière les hydrocarbures). Il y a là matière à négociations, compensations et intérêt bien compris, d’autant qu’une part importante de la production d’Airbus et LVMH, par exemple, se fait en Amérique. Il ne faut donc pas s’attacher au ton de Trump, même s’il est parfois parfaitement insupportable, mais à ses résultats finaux, et c’est cela qu’il faudra observer en tout, notamment en Ukraine.
Trump bille en tête contre l’arc-en-ciel avec le soutien du peuple
La seconde question, Trump peut-il réussir, ne dépend pas seulement de sa politique internationale ni de l’économie, elle dépend bien plus de ses ennemis de l’intérieur. La victoire de la candidate démocrate à la cour suprême du Wisconsin, Etat que le président américain a remporté en 2024, est un signe qu’ils ne désarment pas. Et il ne se passe pas de semaine sans qu’un juge n’attaque un de ses décrets, les executive orders, concernant le genre, ou l’éducation, le climat, la cancel culture etc… Pour l’instant l’état de grâce qui a suivi la victoire écrasante de Trump en novembre dernier perdure et lui laisse les mains relativement libres. Mais il suffirait d’un rien, d’un peu de désamour, d’un mauvais résultat économique, d’une trop longue attente en Ukraine, pour inverser la tendance et mener le président sur la voie de l’impuissance, transformant le chasseur en proie. C’est d’ailleurs pour cela qu’il va si vite en besogne et occupe le terrain : l’expérience de 2017, les résistances qui l’ont ligoté, l’ont radicalisé. Il n’en est pas moins fragile. En Amérique, la roche tarpéienne est aussi proche de la Maison Blanche que du Capitole. Pour l’instant cependant ses électeurs restent satisfaits, et ses ennemi sur la défensive. On l’a vu pour l’immigration clandestine. Ses actes spectaculaires ne l’ont pas significativement réduite, mais la peur liée à l’expulsion gouvernementale pousse de très nombreux illégaux à quitter les Etats-Unis, en recourant aux mêmes passeurs (les « coyotes ») qui les ont fait venir, enrichissant ceux-ci une deuxième fois. Ce paradoxe immoral montre que les réseaux qui contribuent à l’invasion peuvent aussi contribuer à la remigration.
Trump ennemi de l’arc-en-ciel méprise pourtant les frontières
Que nous vaudrait la victoire de Trump, maintenant ? Celle du guerrier anti arc-en-ciel nous comblerait. Le massacre du Lgbtisme, du climatisme, du covidisme, de la cancel culture, libérerait le monde du mondialisme fou. Mais il manque une flèche au carquois du grand chasseur Trump, celle d’un nationalisme raisonnable. Lui qui prétend combattre un monde sans frontières méconnaît celles qui existent. Celle des limites de la démesure, d’abord, et celles des Etats, ensuite. On l’a vu dans l’affaire du Groenland. On peut comprendre son point de vue. Avec la percée militaire de la Chine et de la Russie en Arctique, il est utile d’y posséder des bases solides. Mais d’abord les Etats-Unis ont d’autres moyens d’en installer que d’annexer l’île. Et puis elle appartient au Danemark, allié des USA dans l’OTAN : quand on défend un monde avec frontières, il est un peu fort de café de ne pas tenir compte de celles d’un pays ami européen membre d’une alliance instituée par les Etats-Unis à la fois pour protéger l’Europe et avoir la main dessus.
Des droits de douane contre la souveraineté française
Il a fait plus grave avec la France avec sa grille des droits de douane. La France a une autre taille que le Danemark. Elle a le deuxième domaine maritime mondial, possède l’arme nucléaire, elle est avec la Grande Bretagne le principal pilier militaire de l’OTAN en Europe depuis sa fondation en 1949, même si c’est en train d’évoluer. Or, qu’a fait Trump ? Il a méconnu l’unité et la souveraineté de la France, sans souci de ses frontières. Semblable à Vladimir Poutine critiquant la présence française à Mayotte. On dirait que l’un et l’autre ne se soucient du droit international et de la défense des intérêts nationaux que quand il s’agit des leurs. Voici donc comment Trump a bafoué la nation française avec ses droits de douane. Les Antilles, la Guyane, Mayotte, départements français, ne sont taxés qu’à 10 %, comme la Polynésie française, territoire d’Outre Mer, contrairement à la Métropole, 20 %. La Nouvelle Calédonie a été oubliée, elle, comme la Corée du Nord. Quant à la Réunion, autre département français, elle est taxée, elle, à 37 %, Saint-Pierre et Miquelon, six mille habitants perdus dans l’Atlantique, à la fois département et région, exportations quasi-nulles, culminant à… 50 % ! S’il s’agissait d’humour noir, on applaudirait, mais la chose est malheureusement sérieuse et met Trump (et ses conseillers) sur la même ligne que les penseurs les plus décoloniaux de l’arc-en-ciel, et, du point de vue géopolitique, dans le camp des adversaires des nations et des frontières.
Victorieux Trump inquiète, vaincu il est le fourrier de l’arc-en-ciel
C’est dire que notre guerrier de l’anti arc-en-ciel est aussi, d’abord, hélas, l’hégémon incontrôlable et sans doute insuffisamment cultivé d’un empire dont les intérêts ne coïncident pas avec ceux de la France. On peut donc rester au moins réservé sur les perspectives que nous ouvriraient son succès. Mais son échec serait – sera ? – pire. Si en effet Trump est terrassé par son ennemi l’arc-en-ciel, il en aura été sans le vouloir le meilleur fourrier. Son désengagement de l’OTAN aura poussé l’intégration de l’Union européenne via la politique militaire. Son militantisme anti LGBT, anticlimatiste, « anti-antiraciste », brouillon et bruyant, aura réveillé les millions de cellules et d’organisations qui militent pour l’arc-en-ciel aux Etats-Unis, dans le monde et dans les institutions internationales : s’il n’arrive pas à les affaiblir suffisamment, le retour de bâton sera pire que la situation préexistante. Je souhaite me tromper par excès de pessimisme, mais Trump aura servi alors à déshonorer définitivement le temps des nations pour préparer l’avènement de la gouvernance globale qui menace.