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DRAME HISTORIQUE Battleship Island ♥


 
Battleship Island soit L’île du cuirassé, est l’étrange nom de diffusion international du film sud-coréen Gun-ham-do. L’anglais est une traduction exacte du coréen. On se perd en conjectures sur le sens du titre, car l’île dont il est question est une petite île japonaise abritant une mine et une petite base militaire, et non une forteresse à canons lourds du type Navarone. Dans cette mine ont travaillé, sous un régime dur, des milliers de travailleurs coréens dont beaucoup sont morts.
 
La Corée a été annexée en 1910 par le Japon. Les Coréens sont donc en théorie en 1944-45 des citoyens japonais. En pratique, ils restent clairement distincts des Japonais : ils parlent leur langue, le coréen, qui partage peut-être une lointaine origine commune avec le japonais, mais l’intercompréhension coréen-japonais est impossible. Les Coréens auraient été très durement traités par les autorités japonaises, avec un système d’exploitation pas loin de l’esclavagisme. C’est du moins le point de vue coréen sur la question, tant au Nord qu’au Sud. Les Coréens éprouvent couramment, aujourd’hui encore, une franche détestation des Japonais. Cette fiction aide à comprendre leur mémoire, pour le moins antijaponaise. Les Japonais ont, encore aujourd’hui, une approche très différente : les Coréens auraient été aussi bien traités que les Japonais, avec des droits sociaux, et la période 1944-1945 aurait été également terrible pour tous, avec un début de famine et des bombardements américains massifs rasant les villes et les ports du Japon. La vérité historique est certainement complexe, se situant quelque part entre les deux thèses extrêmes.
 

Battleship Island, un film particulièrement original en France

 
Toutefois, il est très probable que les travailleurs coréens, souvent recrutés de force, employés dans les mines et industries du Japon, aient connu effectivement des conditions de travail et de vie particulièrement dures en 1944-45. La mine sur l’île est organisée comme un camp de concentration. La résistance coréenne, en lien avec les services secrets américains, ambitionne de délivrer un de ses chefs capturés et emprisonné sur l’île. L’agent sur place est cependant pris de doutes. Pourquoi ce chef est-il encore vie ? Il a l’air en fait de bien s’entendre avec les Japonais. Ne serait-il pas un traître ? Le film, s’adressant avant tout à un public coréen, entend dénoncer les traîtres ou les partisans du moindre mal prônant les compromis avec les Japonais. La Mère-Patrie coréenne commanderait la résistance à outrance et un front uni de tous les Coréens. Pourquoi pas ? Ce qui est plus gênant est l’extravagance manifeste de la dernière partie du film, avec des Japonais pris de frénésie meurtrière et décidant de tuer les milliers de travailleurs coréens avant l’arrivée des Américains, à la fin août 1945.
 
Battleship Island est un film particulièrement original en France. Le sujet peut vraiment intéresser, même si l’on déplorera un manque de finesse dans son traitement.
 

Hector JOVIEN