A quoi ressemble un pays sans enfants ? Pionnière en la matière, la Corée du Sud vient d’en donner une image tristement frappante en annonçant la fermeture de plus de 4.000 écoles à travers le pays entre 1980 et mars 2025. Il s’agit là des chiffres du ministère sud-coréen de l’Education, pour qui la dénatalité catastrophique est bien à l’origine de cet effondrement. Ce sont au total 5 millions de nouveaux élèves qui ont manqué à l’appel pendant cette période selon le Korea Times : c’est la rançon que paie la Corée du Sud pour sa position de nation la moins fertile au monde.
Au total, on compte actuellement 3.674 fermetures permanentes d’écoles élémentaires sur la période, et aussi 264 collèges et 70 lycées définitivement rayés de la carte. Et la tendance ne fera que s’accentuer, puisqu’au cours des cinq prochaines années, on s’attend à ce que les établissements de tous niveaux compteront 800.000 élèves en moins.
Si la natalité va mal en Corée du Sud, les enfants qui voient le jour se battent aussi avec des problèmes qui s’accentuent, de santé mentale notamment. Pour la seule année 2024, 221 suicides d’adolescents ont été répertoriés, plus du double de l’année 2021 ; la moitié d’entre eux se sont produits dans la grande région de Séoul.
4.000 écoles fermées, et le nombre d’élèves décroît toujours
Le gouvernement de gauche de Lee Jae-Myung a choisi de considérer cette situation comme une urgence, justifiant l’embauche de nombreux psychologues pour les écoles d’ici à 2030, avec en parallèle la mise en place d’un système d’assistance téléphonique 24 heures sur 24. Mais la situation est-elle tellement étonnante face au refus généralisé de la vie ?
Le manque d’enfants entraîne des conséquences quasi automatiques. Outre la fermeture des classes et des écoles, d’autres tendances s’installent : ainsi, les pédiatres commencent eux aussi à faire défaut, alors que cette profession, comme toutes celles liées à l’enfance, existe désormais sous la menace d’une dénatalité persistante. Parmi les médecins, les pédiatres sont d’ailleurs moins bien payés que les autres, et aussi moins que dans d’autres pays développés.
Corée du Sud : un petit mieux avec l’augmentation des mariages
Alors que les soins pour enfants, notamment aux urgences pédiatriques, se dégradent avec des accidents mortels à la clef – comme cette jeune fille de 17 ans, blessée à la tête en 2023, qui a été refusée par quatre hôpitaux avant de mourir – les parents potentiels expriment de plus en plus de réticences à l’idée d’avoir un enfant.
C’est en 2020 que la Corée du Sud a commencé à voir sa population décliner, avec près de 21.000 personnes de moins que l’année précédente. Mais il ne s’agit là que d’un avant-goût de ce qui l’attend : avec ses 51,8 millions d’habitants, elle affichait cette année-là un taux de natalité de 0,92 enfant par femme en âge de procréer. C’est à la génération suivante que les femmes en âge de procréer seront encore moitié moins nombreuses. Il faut en effet, dans un pays riche, 2,1 enfants par femme pour assurer le renouvellement des générations.
Corée du Sud : quand les enfants ne sont plus les bienvenus
La fertilité continue en effet de dégringoler. En avril 2025, la Corée du Sud affichait un taux de natalité de 0,79 enfant par femme, soit le taux le plus bas du monde. Précédemment, on a toutefois eu connaissance d’un tout petit rebond, à la suite, semble-t-il, des actions entreprises par l’ancien président conservateur, Yoon Suk-yeol, qui devait être déposé en décembre 2024 pour avoir tenté d’imposer la loi martiale. C’est notamment l’augmentation du nombre de mariages qui semble être à l’origine d’un léger mieux.
Mais globalement – et peut-être d’une certaine façon, est-ce l’aspect le plus effrayant de cette situation – les enfants sont de plus en plus vus comme un facteur de stress ou de gêne. Stress devant les difficultés que représentent la mise au monde et l’éducation d’un enfant dans un pays où les structures sont de moins en moins accueillantes ; sentiment d’être de trop alors que les zones « no kids » se répandent dans le pays, depuis les cafés et les restaurants jusqu’aux musées et aux bibliothèques.
Or, si le patriotisme se définit comme l’amour des pères et de leur terre, ne rien transmettre de tout cela, et par choix, en est l’exacte antithèse. Parler de patrie veut, par le fait même, dire parler d’enfants et des générations futures. La haine des nations et des frontières passe aussi par là : renoncer à projeter ce que l’on est revient au nihilisme le plus profond.











