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Un lycée du Maine, Etats-Unis, fera enseigner l’espagnol et le français exclusivement par ordinateur

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Malgré ses efforts pour recruter des professeurs en chair et en os, un lycée de l’Etat du Maine aux Etats-Unis vient d’indiquer que ses élèves se verront dispenser leurs cours de langue par une machine. Jessica Ward, directrice de l’établissement de Madison Area Memorial High School, estime n’avoir pas eu d’autre choix que d’acquérir le logiciel Rosetta Stone pour assurer l’enseignement du français de l’espagnol alors qu’à quelques jours de la rentrée, ce poste restait désespérément vacant.
 
Est-ce une image de l’école qui vient ? Il est certain que les « incivilités », les coûts liés à l’embauche d’êtres humains, la surveillance stricte des contenus enseignés et du respect des programmes, les capacités diverses de professeurs plus ou moins doués, l’évitement des coûts d’arrêt maladie dans une profession surexposée à la déprime et au burn-out, et peut-être plus profondément, une volonté de décervelage dans la mesure où l’apprentissage informatique favorise la mécanisation de la pensée, sont autant de facteurs qui peuvent inciter à choisir cette solution proprement inhumaine.
 

Enseigner les langues étrangères exclusivement par ordinateur, un rêve de pédagogiste

 
Il est vrai que Jessica Ward a dû se résoudre à cette solution en raison des circonstances, et elle ne cache pas sa volonté de trouver malgré tout des professeurs compétents capables d’instiller l’amour des mots et du langage à de grands adolescents. Mais pour l’heure, aucune université locale n’a été capable de lui fournir des candidats, pas plus que le Département de l’éducation des États-Unis, et même la mise en ligne d’une petite annonce de recrutement n’a rien donné.
 
Il y avait un budget ; il a été consacré à l’achat de Rosetta Stone déjà largement employée dans d’autres écoles des États-Unis, mais toujours avec un professeur véritable.
 
Les élèves de Memorial, Madison se contenteront, eux, d’un « technicien de l’éducation » qui sera chargé de les surveiller pendant les cours. Voilà des mots qui en disent long : non seulement les cours seront mécanisés mais il suffira d’un agent de surveillance, autrement dit un pion, pour assurer le maintien de l’ordre. On suggère à Mme Ward d’installer plutôt des caméras et des sanctions automatiques, comme cela, la boucle sera bouclée.
 

Au lycée à Madison, le français et l’espagnol enseignés sans professeur

 
Les difficultés de l’école Madison n’ont rien d’original dans le Maine. Il y a aujourd’hui pénurie de professeurs de langue dans cet Etat – et aussi dans l’ensemble des Etats-Unis : cela leur permet de choisir leur lieu de travail et d’éviter par exemple les zones rurales. La pénurie elle-même résulte de la désaffection des étudiants d’université pour le métier de professeur de langues étrangères, à laquelle répond d’ailleurs l’élimination de certains cours de formation d’enseignants de langues à l’université publique du Maine.
 
Sur les 215 élèves du lycée de Madison, seuls 67 étudient une langue étrangère ; comme beaucoup d’écoles de faible dimension, son problème est aggravé par le fait qu’ils recherchent des enseignants capables d’enseigner à la fois l’espagnol et le français.
 
Du côté du fabricant des logiciels Rosetta Stone, on insiste pour dire que le but de ces programmes n’est certainement pas d’éliminer des professeurs, tout en faisant remarquer qu’ils permettent d’élargir fortement l’offre des langues enseignées par les écoles. A Madison par exemple, les élèves ont le choix cette année entre quelque 30 langues étrangères, et on explique que le système permet de proposer un enseignement différencié aux élèves non seulement selon la langue choisie mais selon le niveau de chacun.
 

Les Etats-Unis s’ouvrent largement à l’enseignement par ordinateur : le décervelage continue

 
Fondé sur le principe de l’immersion, le programme Rosetta Stone oblige ses utilisateurs à utiliser une langue étrangère en vue de l’apprendre, avec l’inconvénient de ne pouvoir poser des questions sur le sens des mots et la grammaire. Sans aucun doute, la technique est-elle efficace pour l’écoute et la conversation, comme le signale une élève de Taiwan enrôlée à Madison dans le cadre d’un programme d’échange. Mais tout ce que l’apprentissage d’une langue étrangère peut apporter en termes de structuration du cerveau et de recherche de sens et de richesse de vocabulaire passe largement au second plan.
 
Evidemment, les devoirs se font sous forme automatisée : quizz, questions à choix multiple, bref, tout ce qui peut se corriger indépendamment du sens des mots.
 
L’apprentissage par ce biais offre des possibilités inégalées de recours à la pédagogie globale et au travail sans analyse, ni réflexion.
 

Anne Dolhein