Le journaliste Alex Newman de The New American poursuit son analyse du dossier Epstein. Dans son deuxième podcast sur le sujet, il s’est intéressé de plus près aux liens entre le pédophile déchu et la famille Rothschild : une dynastie qui a joué un rôle central dans ce qu’il est convenu d’appeler l’Etat profond. On se souviendra qu’Epstein avait reçu de la part d’organisations liées aux Rothschild 20 à 25 millions de dollars pour du « Travail » avec un grand T, mais de quoi s’est-il agi exactement ? Pourquoi Epstein s’est-il présenté à l’occasion comme le représentant des Rothschild, notamment en s’adressant à Peter Thiel, fondateur de Palantir, cette société si proche du gouvernement fédéral américain ?
Tout cela est à considérer au regard d’autres documents mis au jour dans les Epstein files indiquant qu’il a travaillé « avec et pour le gouvernement américain », qu’il était lié au MI6 britannique ainsi qu’au Mossad mais aussi aux services spéciaux chinois, affirme Newman. Celui-ci rappelle les liens qui ont existé entre les Rothschild et la Chine, et ajoute qu’Epstein lui-même a pu avoir aussi des liens avec le KGB. « Le gouvernement polonais enquête actuellement là-dessus, et notamment sur beaucoup de filles russes », rappelle le journaliste.
Mais il souligne également qu’Epstein n’était pas leur simple homme de main ; il semble s’être situé au-dessus. Car pour Newman, il y a un « Etat profond derrière l’Etat profond » : « La CIA, les bureaucraties ne constituent pas l’Etat profond. Le véritable Etat profond, ce sont nombre d’organisations auxquelles Epstein était lié, telles la Trilatérale… ou le groupe Bilderberg » auquel les Rothschild sont liés eux-mêmes.
Parler d’Epstein et de Rothschild sans antisémitisme
Mais avant toute chose, Alex Newman veut mettre un point au clair. Il note qu’on parle peut-être peu publiquement à leur sujet pour ne pas se faire taxer d’antisémitisme. Et il ajoute :
« Personnellement, je considère l’antisémitisme comme dangereux, et très mauvais. Je pense qu’il faut être clair : parler des Rothschild comme représentants de tous les Juifs est absurde. Les Rothschild ne représentent pas plus tous les Juifs que les Rockefeller ne représentent tous les baptistes, et parler des Rothschild n’est pas plus antisémite que parler des Rockefeller n’est anti-baptiste. J’irai même plus loin. Si l’on regarde le genre de machinations dans lesquelles sont impliqués les Rockefeller, Bill Gates, George Soros, les Rothschild et les Rockefeller, on se rend compte qu’ils ne sont pas vraiment juifs, baptistes, presbytériens, protestants, catholiques ou quoi que ce soit de ce genre. Il est clair qu’ils ont abandonné la morale que Dieu a d’abord révélée à Moïse sur le mont Sinaï, puis développée dans le Nouveau Testament. Il est clair qu’ils n’ont aucune affection ni aucun attachement envers l’ordre moral que Dieu nous a donné. »
Cela étant posé, Newman note que les Rothschild ont financé des gouvernements et joué sur l’issue des guerres, et ce pendant des siècles. Comme l’affirme Niall Ferguson – le « biographe de cour » des Rothschild – ces derniers ont pesé sur l’issue des guerres napoléoniennes en finançant la Grande-Bretagne. On leur attribue également un rôle dans la guerre de Sécession américaine à travers le financement du Nord – tout en finançant aussi les confédérés via les Langer, qui leur étaient apparentés. « C’est quelque chose que nous voyons régulièrement chez cette famille : dans les guerres, ils aiment financer les deux camps », souligne Newman, rappelant que les prêts aux gouvernements sont souvent très profitables et qu’ils permettent d’asservir ceux qui dépendent de ces avances d’argent.
Les Rothschild, Cecil Rhodes et l’unification du monde
Mais ils ont aussi financé des gens qui avaient une certaine vision de la société. Il en va ainsi du franc-maçon Cecil Rhodes, qui rêvait d’une sorte d’unification religieuse du monde dans un système global, en l’occurrence anglo-saxon. Il a obtenu un fort soutien financier des Rothschild et de leurs banques à Londres et à Paris, à travers notamment la création des mines de diamants De Beers. En retour, à sa mort, Rhodes laissa l’administration de sa fortune à Nathaniel Rothschild pour créer des bourses universitaires et des « associations subversives » au service de son rêve, comme le dit Alex Newman. Tout cela est notamment à l’origine du Council on Foreign Relations.
George Soros fait aussi partie de ceux qui ont été mis en selle par une banque Rothschild : celle d’Edmund de Rothschild en Suisse – soit 100.000 dollars donnés en 1969 au profit d’une fondation où figuraient d’autres Rothschild et qui, dès 1994, valait déjà 150 millions : un spectaculaire retour sur investissement dont le mécanisme s’explique notamment par des délits d’initié pour lesquels Soros fut condamné devant un tribunal français.
Quel est le lien avec Epstein ? La plupart des courriels Rothschild étaient signés par Ariane de Rothschild, PDG de Rothschild Group. On a parlé de ce versement de 25 millions de dollars, mais il y en a eu un autre, puisqu’il y est question d’un paiement de 45 millions à la Southern Trust Company de Epstein.
La correspondance entre ce dernier et Ariane évoque de nombreuses questions d’actualité : celle de l’Ukraine notamment, au sujet de laquelle Epstein écrit en 2014 à Mme de Rothschild en expliquant que le soulèvement ukrainien devrait susciter de nombreuses opportunités. Argent, ou fourniture de « filles » et de mineurs ? A l’époque, en tout cas, Epstein était déjà condamné pour sollicitation de prostitution auprès d’un mineur. En réponse, Anne de Rothschild parle de « tech disruptive » et évoque des tendances susceptibles de refaçonner le monde, comme les flux migratoires.
Les conseils d’Epstein aux Rothschild
Dans d’autres mails, Epstein donne des conseils à un autre Rothschild, Alexandre cette fois. Il met sur pied de nombreuses réunions des Rothschild, notamment avec Ehud Barak. Il écrit à Joshua Cooper Ramo, vice-président de Kissinger Associates – Kissinger, si proche des Rockefeller, est celui qui recruta Klaus Schwab pour créer le Forum économique mondial de Davos.
Il est intéressant de noter qu’Epstein était proche des Rothschild, de l’aveu même de son ami le milliardaire Les Wexner, qui l’a déclaré lors de sa déposition devant la Chambre des Représentants américaine. Il se trouvait en quelque sorte au cœur du puissant réseau bancaire établi par les Rothschild dans différentes parties de l’Europe, que ce soit à Francfort, à Londres ou à Paris, « révolutionnant » véritablement la finance, note Newman. Les courriels montrent Epstein donnant des conseils stratégiques et judiciaires à Ariane au sujet de rivalités familiales et de mouvements d’argent parmi les différentes branches Rothschild.
Un peu plus tard – on est en 2017 – Epstein annonce à Ariane qu’il organise leur voyage chez les Castro à Cuba. Mais est-ce tellement étonnant, demande Newman, puisque les Rothschild et bien d’autres acteurs clefs de l’Etat profond ont des « connexions intéressantes avec le mouvement communiste » ?
Il en va ainsi du baron Eric de Rothschild, qui apportait son soutien explicite à la candidature d’Irina Bokova, membre opérationnel du Parti communiste bulgare, directrice de l’UNESCO qui avait précédemment été ministre des Affaires étrangères du sanguinaire régime communiste bulgare, au poste de secrétaire général des Nations unies.
Les liens des Rothschild avec le communisme
On retrouve dans tout cela une volonté de mettre le contrôle du monde entre les mains de financiers privés de « l’établissement » anglo-américain., telle que l’a décrite Carroll Quigley, le mentor de Bill Clinton, qui, au demeurant, était d’accord avec ces entreprises visant à un ordre économique et politique mondial. Le tout « dirigé de manière féodale par les banques centrales du monde, avec à leur tête la Bank for International Settlements en Suisse, une banque privée dont les banques centrales du monde sont les propriétaires », note Newman, qui souligne également leur fonctionnement en réseau, « réseau dans lequel les Rothschild, les Rockefeller, mais aussi Epstein sont intégrés ».
Plus remarquable encore, selon Newman, « ce réseau ne répugne pas à coopérer avec les communistes et le fait fréquemment ». Voyez le voyage à Cuba ou encore le soutien à Bokova. Le journaliste cite également un entretien accordé en 2011 par Evelyn de Rothschild à Bloomberg, où il parle d’une « réussite » qui rend la Chine communiste méconnaissable. Toujours au sujet de la Chine, et donc du Parti communiste chinois qui la dirige, mais cette fois sur ses problèmes monétaires, Evelyn de Rothschild préconise la convertibilité totale du renminbi et même la mise en place d’une monnaie internationale permettant à la Chine de les résoudre, lui donnant de facto la main. Mais après tout, on sait que Wall Street a envoyé beaucoup d’argent pour financer la révolution bolchevique. Parmi les financiers, de grosses banques liées à la dynastie Rothschild, rappelle Alex Newman.
Voyage à Cuba et petits cadeaux
Revenons à 2015. A l’époque, le groupe Edmund de Rothschild était dans le collimateur du Département de la Justice des USA pour avoir aidé de riches Américains à échapper au fisc. Dans les courriels, on voit Ariane de Rothschild demandant à Epstein de régler cette affaire avec l’avocate qu’il lui avait présentée, Kathy Rumer. Epstein répond qu’il faut prévoir 10 millions de dollars pour les avocats, 25 millions de dollars pour lui, 45 millions de dollars d’amende négociée. Ariane le remercie de son « aide extraordinaire ». Quelques jours plus tard, le Département de la Justice annonçait un accord sur un règlement amiable de 45 millions de dollars…
Suivent des mails sur des sujets personnels. C’est avec Epstein qu’Ariane « lave le linge sale familial », note Newman. Epstein proposa d’aller la voir à Genève, puis parle des rumeurs de l’échec du mariage de Kathy Rumer, déjà nommée, qui à l’époque était conseillère de la Maison Blanche sous l’administration Obama (elle vient de donner sa démission de Goldman Sachs en raison de ses liens avec Epstein). Il proposait également de faire venir à cette occasion Bill Clinton, Ehud (Barak évidemment), et « Steve », tout ça, « off » – « ce pourrait être très drôle ».
D’autres emails et d’autres échanges entre Ariane et Epstein font référence à Noam Chomsky ou encore à un scandale bancaire impliquant le Sovereign Asian Wealth Fund, où Rothschild devait finalement payer une amende négociée de 25 millions de dollars pas plus tard qu’en 2025.
Le podcast s’achève sur le rappel d’un autre fait glaçant : Ariane envoyait des petits cadeaux à Epstein, en les annonçant par mail, telle une bougie customisée : « Ta formule mathématique préférée est inscrite ; la fragrance a été faite pour toi et elle ne va qu’avec ton île. »
Cet Etat profond dans l’Etat profond est aujourd’hui en difficulté, et ses turpitudes commencent à être étalées au grand jour. Il y a plus puissant que tout cela : ce qui mène le monde est encore au-dessus.











