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Espagne : la mini-réforme de l’avortement adoptée ; seuls 4 députés PP ont osé s’abstenir, une a voté contre

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Le Congrès des députés espagnols a voté mardi la mini-réforme de la loi sur l’avortement – la loi Aido – qui revient très partiellement sur le régime de « droit » à l’« IVG » mis en place sous Zapatero. Par 184 voix pour, 136 voix contre et quatre absentions, la disposition dispensant les mineures de 16 et 17 ans du consentement parental a été abolie. Les élus du Partido Popular ont dans leur immense majorité respecté la discipline du vote qui leur avait été imposée au nom du soutien au gouvernement Rajoy. Seuls quatre députés se sont abstenus, et une seule élue de droite a voté contre, Eva Duran.
 
Au bout du compte, l’opération aura laissé, selon le quotidien La Gaceta une impression de « malaise » et un « mauvais goût dans la bouche » chez de nombreux élus PP qui se sont soumis à l’opération de repêchage menée par le parti, après sa décision très controversée d’abandonner une réforme plus restrictive de la loi Aido. On se souviendra que l’auteur de ce projet, le ministre de la Justice, Alberto Ruiz Gallardon, a démissionné et s’est retiré de la vie politique en septembre dernier parce que son parti a renoncé à honorer sa promesse électorale.
 

Le PP a fait adopter sa mini-réforme de l’avortement en imposant la discipline de vote

 
Repêchage : sous peine de se mettre définitivement à dos les nombreux électeurs provie qui avaient conditionné leur soutien électoral au PP à une remise en cause de la loi qui est à la racine de 110.000 avortements légaux chaque année en Espagne, le gouvernement se devait de « faire autre chose ». Mais la mini-réforme ne remet d’aucune manière en cause le « droit » à l’avortement. La disposition sur les mineures qui avait en son temps choqué à droite, mais aussi à gauche, n’est que très partiellement détricotée : les mineures souhaitant avorter sans le consentement de leurs parents pourront aux termes de la nouvelle loi s’adresser au juge pour faire imposer cette décision.
 
Comme l’a noté Joseba Agirretxea, du Parti nationaliste basque, l’approbation de la mini-réforme signifie qu’« au Parlement aucun groupe ne remet en question la possibilité d’avorter, se bornant à dire qui peut le faire ».
 
C’est pourquoi quelques députés du PP ont vu dans la mini-réforme une manière d’approuver la loi Aido même si leur parti a tenté de soutenir qu’un vote positif « ne valide pas la loi en vigueur ». Les quatre qui se sont abstenus – courageusement, puisqu’ils s’exposent à des sanctions de la part du PP – en manifestant publiquement leur hostilité ont dénoncé l’« erreur politique » qu’a constitué le refus de liberté de vote, comme l’a dit Lourdes Mendez. Les autres – José Eugenio Azpiroz, Javier Puente et Antonio Gutierrez Molina – ont comme elle choisi de ne pas quitter l’hémicycle au moment du vote pour rendre leur attitude plus visible.
 

Espagne : s’abstenir ou voter contre revient-il à approuver l’avortement ?

 
Eva Duran, seule élue de droite à avoir voté contre, a objectivement mêlé sa voix à celle des socialistes. Question : fallait-il à tout prix éviter cela, fallait-il approuver la restriction à l’avortement, pour anecdotique qu’elle soit, parce que c’est un petit pas dans la bonne direction ? Dans son cas, elle a préféré manifester ainsi son opposition à un texte qui constitue une tromperie manifeste des électeurs et une « trahison » – comme l’a dit mardi matin Gador Joya de Derecho a vivir – d’une promesse aussi cruciale.
 
Celle-ci a ajouté dans sa tribune sur le site HazteOir qu’avec la réforme du PP, « le “droit” des mineures à l’avortement restera intact, elles devront seulement l’“exercer” avec le consentement de leurs parents ». Pour Gador Joya, les élus allaient voter pour « tentent de boucher leurs oreilles pour ne pas entendre le cri des enfants qui continueront de mourir par la faute d’une loi qu’ils auront contribué à maintenir ».
 
La politique de Mariano Rajoy s’est révélée visiblement électoraliste dans le cas présent : elle vise à la fois à amadouer les provie et à donner des gages au lobby du « droit » à l’avortement qui ont déjà obtenu le retrait de la réforme Gallardo, timide certes mais symboliquement beaucoup plus forte. A se focaliser sur ces mesures ou ces mesurettes, ces « petits pas », on risque finalement de refuser d’entendre et de voir ce qu’est la tragédie de l’avortement légal, dans toute son horreur.
 

Anne Dolhein