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Les Etats-Unis envoient 450 nouveaux soldats en Irak : mais toujours la même stratégie face à l’État Islamique

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Mercredi, Barack Obama a annoncé un renforcement du dispositif américain en Irak, dans le cadre de la lutte contre l’État Islamique. Soldats supplémentaires, nouveaux sites d’implantation… Ces derniers jours, les forces irakiennes ont tenté sur plusieurs fronts de faire reculer les troupes de djihadistes, aidés par les peshmergas, les forces de la région autonome kurde ; le premier ministre irakien a, en particulier, promis la reprise rapide de Ramadi, conquise le 17 mai dernier par l’EI. Les États-Unis offrent une aide accrue. Le New York Times parlait même, pour Washington, d’« une nouvelle approche dans la lutte contre l’État Islamique en Irak ». Vraiment ?
 

450 soldats et de nouveaux sites d’implantation américains

 
Aux 3.100 soldats-instructeurs déjà présents sur le sol irakien, les États-Unis vont en ajouter 450 nouveaux – moins de 9.000 militaires irakiens ont déjà bénéficié de leur formation. Les États-Unis voudraient, cette fois, accentuer celle des combattants sunnites : la majeure partie du territoire contrôlée par l’EI étant à majorité sunnite, elle serait ainsi plus facile à « reprendre »… (mais c’est aussi favoriser de nouvelles dissensions, les sunnites étant, en Irak, en marge du processus politique).
 
Ce détachement sera stationné sur un nouveau site, la base aérienne d’Al-Taqadoum. Et le chef d’état-major interarmées américain, le général Dempsey, a évoqué la possibilité d’autres nouveaux sites d’implantation, au fur et à mesure de la reconquête du pays par l’armée irakienne – la stratégie du « nénuphar ».
 
Obama l’avait déclaré lundi, lors d’une conférence du G7 en Allemagne, « les États-Unis vont développer la formation et l’assistance », mais « nous ne disposons pas encore d’une stratégie complète »…
 

La même stratégie… en Irak, en Syrie ou en Libye

 
Pas de « plan finalisé » donc, si ce n’est le même que celui qui est en place depuis le début ! La formation des forces irakiennes n’a jamais eu aucun résultat probant, mais les États-Unis persévèrent. Le « Soufan group » (agence spécialisée dans les études d’intelligence et de géopolitique, fondé par l’ex-spécialiste du terrorisme islamiste du FBI, Ali Soufan ), n’hésite pas à dire que les sept années de présence militaire américaine et les milliards de dollars dépensés n’ont pas évité le désastre.
 
Pourtant, la stratégie américaine se renforce une nouvelle fois : consolider, soi-disant, le fragile gouvernement qu’ils ont eux-mêmes mis en place, et ne pas trop prendre part aux combats contre l’EI, jamais en tout cas par des opérations d’offensive terrestre. Souhaitent-ils véritablement éradiquer cette mouvance extrémiste ? L’Irak, mais aussi la Syrie, la Libye prouvent davantage l’inverse.
 
Pire, « sans le gouvernement américain et la « coalition » islamo-sunnite d’Obama, l’État islamique n’existerait probablement pas : il n’aurait pas eu les ressources, les armes, la main d’œuvre et la formation suffisantes pour s’emparer d’assez de territoire pour créer un « califat » » [l’empire islamique proclamé en juin 2014] écrit un journaliste de « The New American ».
 

Les États-Unis responsables du développement de l’État Islamique

 
Les États-Unis ont contribué, sans pouvoir plaider l’inconscience, à la naissance de cette hydre : le vide laissé par la disparition de Saddam Hussein a fait prospérer les djihadistes qui n’avaient même auparavant aucune existence en Irak. Le dictateur protégeait, ce faisant, son propre gouvernement, ce qui est une autre histoire, mais au moins les chrétiens vivaient-ils correctement. Le schéma en Syrie est le même : appuyer la guerre civile en soutenant les groupes d’opposition, les rebelles dits « modérés » qui ne le sont bientôt plus parce que la faction islamiste prend le dessus, mais surtout fermer les yeux et continuer à les armer, voire à les former parce qu’ils servent à merveille l’objectif initial, changer de gouvernement, et sans doute un autre, plus grand, en toile de fond.
 
Ce n’est un secret pour personne. Deux hauts responsables de l’administration Obama, le vice-président Joe Biden et le chef d’état-major général Martin Dempsey, ont publiquement parlé du rôle des « anti-EI », c’est-à-dire de la coalition d’Obama, dans la naissance et le développement du groupe terroriste. « Il n’y avait pas de force modérée en Syrie » a avoué Biden : c’est l’EI que Washington et son alliée, la coalition sunnite (Turquie, Émirats arabes unis, Arabie saoudite, mais aussi Qatar) a directement armé, bien décidés à renverser coûte que coûte l’alaouite Bachar el-Assad. En septembre dernier, un combattant syrien disait au « New American » : « Quiconque tient une arme, ici, est soit de l’armée syrienne, soit de l’EI ».
 
Quel objectif à terme ? L’éradication des chrétientés du Moyen-Orient se poursuit. Il y a, visiblement, un nouvel ordre à mettre en place au Moyen-Orient. Reste que le jeu est profondément instable et dangereux. Selon les services de renseignement australiens cités par le quotidien britannique « The Independent », l’EI possède déjà, par exemple, les matériaux radioactifs nécessaires pour fabriquer une « bombe sale ». Le chef de la diplomatie australienne a révélé le 6 juin que les djihadistes recrutaient des experts pour développer des armes chimique et utilisent déjà du chlore afin d’attaquer l’Irak. Jusqu’où les États-Unis vont-ils « contrôler » la situation ?
 
Clémentine Jallais