Le décret d’excommunication pris par le cardinal Victor Manuel Fernandez, préfet du dicastère pour la doctrine de la foi, contre la FSSPX (fraternité Saint-Pie X), soulève plusieurs questions juridiques et disciplinaires, donc aussi historiques, et pastorales. Mais, plus profondément, elle pose la question que tente désespérément de mettre sur le tapis la FSSPX : l’état de l’Eglise aujourd’hui exige-t-il que soit agi en urgence ? Y a-t-il urgence pour la foi et les âmes ? Et puisque le concile Vatican II est une pomme de discorde entre la FSSPX et le Vatican, a-t-il été, oui ou non, le printemps de l’Eglise annoncé ?
Evaluer les fruits du concile au lieu de fulminer l’excommunication
Joseph Roduit, Père-Abbé de l’Abbaye de St-Maurice, en Valais, pour le cinquantième anniversaire de son ouverture, en gardait effectivement le souvenir d’un « printemps de l’Eglise », et saluait particulièrement sa « principale réforme », i.e. « la refonte totale » de la liturgie. Pour rester en Suisse, telle n’est pas l’opinion quatorze ans plus tard d’un évêque émérite, celui de Coire , Mgr Marian Eleganti. Il estime que ce printemps « n’a pas eu lieu » et que les « fruits du Concile » sont désastreux. Il porte un regard de plus en plus critique sur le Concile, « dont la plupart ont déjà dépassé les textes, en invoquant toujours son esprit. Que n’a-t-on pas confondu avec le Saint-Esprit, que ne lui a-t-on pas attribué au cours des 60 dernières années ? Que n’a-t-on pas appelé “vie” alors que cela n’apportait pas la vie, mais la détruisait ? » L’heure n’est donc pas à l’excommunication, mais à l’évaluation de l’état de l’Eglise et notamment des fruits du Concile.
Une grande part de l’Eglise pense comme la FSSPX
Et l’évêque de poursuivre : « Le catholicisme libéral ou le progressisme depuis les années 70, dernièrement sous la forme du Chemin synodal allemand, a fait son temps d’un point de vue actuel et a conduit l’Eglise dans une impasse. (…) Pourquoi un examen honnête de la tradition et de notre propre histoire (celle de l’Eglise) est-il toujours impossible ? (…) “Etre ou ne pas être”, en termes de foi et de vie ecclésiale, se décide sur le terrain de la liturgie. C’est là que l’Eglise vit ou meurt. Les traditionnels et les progressistes l’ont bien compris depuis 1965. Pourquoi alors la tradition a-t-elle le vent en poupe chez les jeunes ? Qu’est-ce qui la rend si attrayante pour eux ? Réfléchissez-y ! On vote avec ses pieds, pas avec les conseils pastoraux. Peut-être devrions-nous simplement changer de direction ! » Si l’Eglise était une entreprise, toute l’équipe dirigeante et ses conseillers depuis soixante ans seraient virés dans l’heure.
Fonte et fuite des fidèles de l’Eglise en France
La lettre à nos frères prêtres de juin 2026 publie des extraits d’une homélie d’un prêtre diocésain français qui transpose en France et en chiffres l’analyse de l’évêque suisse. En voici l’essentiel. Selon l’Insee, en 2019-2020, 51 % de la population se déclarait sans religion (+ 8 % pour les 48-59 ans depuis 2008-2009). Les immigrés sont deux fois plus souvent affiliés à une religion (81 %). Le catholicisme n’est plus revendiqué que par 29 % des sondés (10 % pour l’Islam et 9 % pour les autres chrétiens). La pratique y est très faible : seuls 8 % des catholiques fréquentent régulièrement un lieu de culte, contre plus de 20 % pour les autres chrétiens, les musulmans et les bouddhistes, 34 % pour les juifs. La transmission religieuse est faible : 67 % chez les catholiques, contre 91 % chez les musulmans. Selon l’IFOP, en 2025, seuls 5,5 % des adultes (3.700.000) vont à la messe au moins une fois par mois, 1,5 % une fois par semaine. La moitié d’entre eux seulement se confesse. Entre 2006 et 2021, la pratique hebdomadaire a été divisée par trois : de 5 % à 1,5 %. Il y a urgence pour les fidèles.
Réintégrer la FSSPX, une urgence !
Il y a aussi urgence pour le clergé. Selon la Conférence des évêques de France, en 2023, 12.019 prêtres exerçaient en France, dont environ 5.000 prêtres de moins de 75 ans. Parmi eux, 30 % sont étrangers. Dans le diocèse de N. (où vit le prêtre qui parle), en 2025 il y avait 38 prêtres français de moins de 75 ans et 17 prêtres étrangers, soit 30 %, dans la moyenne. On aime mieux piller les vocations africaines que de donner une place à la Tradition. Le mouvement est pire dans les séminaires : entre 2000 et 2017, le nombre de séminaristes a baissé de 31 % (de 976 à 667). Encore y inclut-on les séminaires de la communauté Saint Martin, « traditionnaliste modérée ». Là aussi, il y a urgence. La question que pose l’orateur est simple : Pouvons-nous dès lors vraiment nous passer des 733 prêtres de la Fraternité Saint-Pie X (nombre à la Toussaint 2025), de 47 ans de moyenne d’âge, et de leurs 264 séminaristes (au 1er novembre 2025) ? Voici une première approche, purement pratique, sans entrer dans aucune controverse d’ordre théologique.











