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L’exportation de matériels de surveillance, entre atteinte aux droits de l’homme et défense des intérêts occidentaux

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Les Etats-Unis, l’Union européenne et la Chine exportent des matériels de surveillance vers de nombreux pays, y compris des dictatures, les entraînent et les financent, au risque de perpétuer des régimes autoritaires qui foulent aux pieds les droits de l’homme, affirme Privacy International. Ces droits de l’homme passent au second plan, dénonce son dernier rapport d’audit des technologies de surveillance. Ce dernier se garde toutefois de déterminer ce qui relève, dans ces exportations, d’une défense dans l’urgence de la sécurité des pays européens ou des Etats-Unis. « L’exportation de matériels de surveillance, parfois vers des régions dépourvues de tout Etat de droit, comporte des risques importants et prévisibles pour la sécurité et les droits des personnes », conclut l’étude. Se pose tout de même la question des intérêts occidentaux ?
 

Privacy International dénonce le risque d’accroissement de la surveillance globale

 
Responsable chez Privacy International, ONG basée à Londres spécialisée dans la défense des droits face à la globalisation de la surveillance, Edin Omanovic explique : « Ce que nous avons découvert, c’est que dans la plupart des pays que nous avons étudiés, régimes autoritaires inclus, les organes de sécurité et les équipements de surveillance sont soutenus par d’autres gouvernements, tout spécialement ceux qui disposent eux-mêmes de puissantes agences de surveillance. » « Il est clair que tout cela mène vers un accroissement de la surveillance globale, qui à son tour génère des abus », ajoute-t-il. Edin Omanovic déplore avoir relevé « des exemples nombreux et scandaleux où la surveillance est utilisée par des régimes pour consolider leur pouvoir en visant les militants, les journalistes et les membres de l’opposition ».
 
Selon l’étude, les Etats-Unis ont formé aux interrogatoires et à la surveillance numérique des personnels pour des pays tels que Djibouti, l’Egypte, les Philippines, mais aussi le Pakistan, l’Arabie saoudite et plusieurs autres. Or plusieurs de ces pays ont été accusés de violations des droits humains, voire d’usage de la torture. Les Etats-Unis arrivent largement en tête en matière d’assistance à la sécurité, avec 35 % de son aide internationale consacrée à l’assistance sécuritaire militaire ou non-militaire. Le montant des subventions annuelles consacrées à la sécurité de pays étrangers a bondi après les attaques du 11-septembre, passant de 5,7 milliards de dollars en 2001 à plus de 20 milliards l’an dernier.
 

Exportations de l’UE vers les anciennes colonies pour défendre aussi les intérêts occidentaux

 
L’Union européenne a elle aussi augmenté ses dépenses ces dernières années, spécialement pour d’anciennes colonies, la France et le Royaume-Uni étant les plus généreux afin d’y maintenir leur influence, mais aussi de prévenir leur déstabilisation, ce que M. Omanovic n’aborde pas. Pour Omanovic, qui ne se pose pas la question du caractère abusif voire mafieux des migrations actuelles, « l’UE se concentre sur la question migratoire en ce moment car des hommes et mouvements politiques se sont emparés du sujet, brandissant une menace existentielle pour les valeurs et la sécurité européennes ». Et d’emboucher les trompettes de la morale humanitaire, ce qui ne surprend pas quand on sait qu’il a été interviewé par la chaîne qatarie Al-Jezirah : « Au lieu de sécuriser les peuples par les droits de l’homme ou la protection contre les persécutions, la priorité a été de construire des frontières ». Pour le député européen Marietje Schaake, le rapport « démontre que les droits de l’homme ne sont pas assez pris en compte ».
 
La Chine, quant à elle, a augmenté son influence à l’étranger en favorisant l’utilisation de systèmes de surveillance à grande échelle et de partage des renseignements avec des pays comme l’Inde, l’Afghanistan, le Pakistan, le Kazakhstan et plusieurs autres.
 

Les financements d’exportations de matériels de surveillance aux dépens de l’aide au développement ?

 
Pour Omanovic, ces financements sécuritaires « viennent en déduction des aides au développement, aux écoles et aux systèmes de santé », tous éléments qui selon lui « constituent des solutions de long terme à des défis tels que l’insécurité ou les migrations ». Un argument insuffisant, quand on sait combien les aides financières sont détournées et que pour l’heure s’impose une réponse immédiate aux migrations en cours.
 
Au chapitre des technologies critiquables, Marietje Schaake cite les « technologies à double usage ». Ces dernières, initialement destinées aux armées, peuvent être détournées vers des utilisations sur les civils. L’an dernier, une enquête a montré que les grandes entreprises européennes pouvaient aisément contourner les règles de l’UE pour exporter de puissantes technologies d’espionnage vers des pays accusés de violations de droits de l’homme. L’Union européenne tente depuis lors de renforcer ses contrôles. « Les démocraties libérales occidentales sont prétendument les championnes de la démocratie, de l’Etat de droit et des droits de l’homme », proteste Omanovic, « or déverser des milliards sur des systèmes de surveillance renforcée qui confortent des régimes autoritaires constitue une trahisons flagrante de ces valeurs ». Il reste à déterminer ce qui, dans ces aides, relève d’une infraction aux valeurs occidentales et ce qui relève d’un simple réflexe de survie face aux déferlantes migratoires. M. Omanovic se garde d’aborder le sujet.
 

Matthieu Lenoir