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L’augmentation de ses taux par la Fed aggrave le ralentissement de l’économie mondiale, perceptible en Europe et même en Allemagne

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Une récession menace si la Réserve fédérale américaine, la Fed, ne réoriente pas sa politique monétaire en plein resserrement. Une cascade de mauvais chiffres provenant de différentes parties du monde indique que le ralentissement d’émission monétaire de la Fed aura des conséquences plus importantes qu’anticipé et que son modèle – avec l’augmentation des taux notamment – n’intègre pas les signaux d’alerte. Parmi eux, la croissance de l’emploi aux Etats-Unis, qui a ralenti à 103.000 créations en mars, l’indicateur PMI de la croissance mondiale de l’activité mondiale manufacturière et de service qui a plongé à un plus bas de 14 mois, et l’anticipation de croissance globale Nowcast qui a glissé d’un taux de 4,1 % à 3,2 % début février. Sans parler des signes de ralentissement en Europe, surtout en Allemagne, très corrélée à la situation en Chine. Elément important : JP Morgan montre que l’Overnight Index Swap rate (OIS), produit dérivé à un mois sur les taux de la Fed, s’est stabilisé et « inversé » à deux ans. Cela signifie que les investisseurs institutionnels et les gérants de fonds anticipent une baisse des taux à cette échéance, signe d’un ralentissement de l’économie.
 

Augmentation des taux : les dirigeants de la Fed ont perdu le sens des réalités

 
Le verdict du marché est clair : les dirigeants de la Fed ont perdu le sens des réalités en croyant qu’ils pouvaient augmenter une septième fois leur taux de référence à 3,5 % en 2019. « Cela équivaudrait à un signal récessif », prévient Ambrose Evans-Pritchard, dans le Daily Telegraph. Pour l’analyste de JP Morgan Nikolaos Panigirtzoglou, « une inversion de la courbe américaine est un indicateur lourd pour l’évolution des marchés et un mauvais présage en matière de risque » car « les marchés ont soit commencé à anticiper une erreur de la Fed, soit commencé à valoriser une fin de cycle économique ». Deux hypothèses inquiétantes.
 
L’OIS s’est retourné trois fois ces vingt dernières années. En 1998, ce fut une fausse alerte car la Fed, sous la direction d’Alan Greenspan, renversa la vapeur et inonda le marché de liquidités. En 2000, son retournement annonça la récession. En 2005, il signala que l’envolée du marché immobilier américain avait commencé à se dégonfler. Aujourd’hui, les dirigeants de la Fed préfèrent observer un autre indicateur, quand le rendement de l’emprunt à 10 ans du Trésor américain passe en-dessous de celui à deux ans, annonce de récession. Or il ne s’est pas allumé. Le problème est qu’en général ce croisement des taux survient plusieurs mois après le retournement de la courbe OIS. A ce moment-là, il est souvent trop tard. Pour l’instant, la Fed entend accélérer le rythme du resserrement monétaire sans considération pour le ralentissement du crédit.
 

Un ralentissement de l’économie aux Etats-Unis sera contagieux

 
Pour Finn McLaughlin, de Capital Economics, « la croissance actuelle devrait tourner court avant longtemps » et « un ralentissement économique aux Etats-Unis sera certainement contagieux, surtout si le reste du monde ralentit aussi ». Or le resserrement monétaire de la Fed est sévère. La croissance de l’agrégat monétaire large M3 aux Etats-Unis a ralenti à un rythme annualisé de 2 % depuis trois mois, la Fed ayant réduit son bilan de 4.400 milliards de dollars. L’agrégat monétaire M1, le plus restrictif, s’est contracté nettement depuis novembre. Tout cela indique que le renversement de l’assouplissement quantitatif qui prévaut depuis la crise de 2008 a des conséquences plus importantes qu’anticipé. Or la Fed entend accélérer son resserrement monétaire, suivant un modèle « créditiste » typiquement keynésien, négligeant l’évolution des masses monétaires. La même funeste « erreur » qu’en 2008.
 
Le nouveau président de la Fed, Jay Powell, a clairement fait savoir qu’il n’entendait en aucun cas financer Wall Street à fonds perdus si les actions décrochaient ou les marges de crédits augmentaient. Il a qualifié les évolutions à court terme des signaux économiques de « bruit sans importance ». La Fed estime que la politique de stimulation fiscale menée par Donald Trump, portant le déficit budgétaire à 5 % du PIB au plus haut du cycle, sera inflationniste et augmentera donc les risques de surchauffe.
 

Les signes de ralentissement sont encore plus clairs en Europe, Allemagne en tête

 
Et pourtant, les signes de ralentissement sont encore plus clairs en Europe où les fruits de la reprise post-dépression ont été largement engrangés et où la croissance tourne court, mettant à nu les fragilités structurelles d’un système bancaire accablé de 1.000 milliards d’euros de créances douteuses. Un indice de Citygroup pour la région montre une détérioration sur quatre mois la plus brutale depuis 2008. Une réduction de l’assouplissement quantitatif de 80 milliards à 30 milliards de dollars est un élément clé. Simultanément, le programme de rachats d’emprunts par la BCE se termine en septembre. Le plus surprenant est que l’Allemagne ralentit rapidement malgré une monnaie sous-évaluée – pour elle, pas pour la France ni pour l’Italie. Sa production industrielle a ralenti ces trois derniers mois et, en février, ses exportations ont connu leur plongeon le plus brutal en cinq ans. L’Allemagne, grande exportatrice de machines-outils et de biens haut de gamme, est largement liée au cycle chinois. Ces évolutions pourraient accompagner un ralentissement en Chine plus brutal que ce que Pékin veut admettre, confirmé par une dégringolade des rendements des emprunts chinois, des taux à trois mois du Shibor et des certificats de dépôt.
 
Notons que l’économie mondiale était sortie de son euphorie avant que le président Donald Trump ne lance sa guerre commerciale contre la Chine : la création monétaire globale a ralenti dès septembre. L’indice Baltic Dry Index mesurant le trafic de fret mondial des matériaux secs a connu un pic mi-décembre avant de s’effondrer de 45 %.
 

Matthieu Lenoir