La Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) vient de mettre en ligne deux textes remarquables à propos de la controverse provoquée par les sacres d’évêques non autorisés qu’elle annonce pour juillet : y aura-t-il schisme ou non ? Quelle sanction le pape va-il prononcer ? Les deux textes sont remarquables par leur qualité d’abord, ensuite parce qu’ils viennent de deux membres éminents chacun à sa manière de l’Eglise romaine, de cette part du clergé qui a gardé la tradition catholique sans entrer à la FSSPX ni en partager toutes les opinions. Mgr Schneider, évêque d’Astana, et le père Jaime Mercant Simó, docteur en philosophie thomiste et en droit, professeur au Centre d’Etudes Théologiques de Majorque, appellent tous deux Léon XIV à la bienveillance, non seulement pour résoudre la crise actuelle, mais pour apaiser l’Eglise en clarifiant les ambiguïtés doctrinales qui la divisent à cause de l’activisme du progressisme mondain. C’est une réaction très saine d’un clergé fidèle, au moment où la bureaucratie épiscopale allemande commet sciemment des actes menant au schisme.
Ni schisme ni péché mortel par les sacres de la FSSPX
En bon professeur, le père Mercant Simo donne à son argumentation une forme pédagogique de questions-réponses courtes. Avec les sacres la FSSPX ne commettra ni péché mortel ni schisme formel, lequel suppose « une intention claire de poser un acte schismatique et de constituer, avec les nouveaux évêques, une juridiction hiérarchique parallèle ». Leur désobéissance, matérielle, n’entraîne pas de péché mortel car leur intention est « droite ». C’est seulement « l’état de nécessité » qui pousse la FSSPX à consacrer de nouveaux évêques pour le salut des âmes. Cela entraîne que l’excommunication latae sententiae qui les menace serait « nulle » comme l’est celle qui a frappé Mgr Lefebvre. Ce qui entraîne aussi que la FSSPX est « bien sûr » en communion doctrinale avec l’Eglise romaine parce qu’elle « n’a jamais cessé d’enseigner ce que l’Eglise a toujours cru ».
La tradition romaine doit clarifier les ambiguïtés de Vatican II
Sur la remise en cause permanente de certains textes de Vatican II par la FSSPX, le théologien l’approuve d’aborder « avec esprit critique, certaines questions “délicates”, pour lesquelles la discussion théologique est légitime ». La « nature même du Concile » l’autorise à le faire : « Vatican II fut un concile de “nature pastorale”, non dogmatique ; par conséquent, il n’a pas bénéficié du charisme de l’infaillibilité, puisqu’à aucun moment on n’a voulu définir ou condamner quoi que ce soit de manière infaillible ; telle fut la décision expresse de la majorité des pères conciliaires. Toutefois, à l’époque post-conciliaire, malgré cette “nature pastorale”, certains ont prétendu transformer ce concile en “superdogme”. » Tels sont selon lui « les propres mots de Joseph Ratzinger, lors d’une visite aux évêques du Chili (1988) ».
La FSSPX fidèle à l’Eglise et au pape
De sorte que la FSSPX est en communion sacramentelle avec Rome : « Ses sacrements sont non seulement valides, mais célébrés selon les rites traditionnels que l’Eglise utilise depuis des temps immémoriaux. » En outre, elle « ne cesse pas de reconnaître le pape de Rome comme pasteur suprême de l’Eglise universelle. De fait, elle reconnaît et respecte également la juridiction de tous les évêques du monde catholique. A chaque messe de la FSSPX, sans exception, les prêtres nomment, dans le canon missae, le pape et l’évêque du lieu ». S’il diffère nettement de la FSSPX sur bien des points secondaires, le prêtre refuse sa « diabolisation » et s’inquiète « davantage de la multitude d’hétérodoxes, de blasphémateurs et de sacrilèges que l’on trouve partout, spécialement en Allemagne. Je suis également préoccupé par le double standard qui semble exister dans l’application des peines et censures par l’autorité ecclésiastique ».
La bienveillance du pape pourrait autoriser les sacres
Il termine par un appel à la « bienveillance » du pape et lui suggère d’accepter « formellement la consécration de ces prochains évêques, tout en reconnaissant les fruits spirituels de l’apostolat de la FSSPX. Je crois que ce serait un véritable geste de miséricorde et d’intelligence ; ces deux choses ne sont pas incompatibles ».
Mgr Athanasius Schneider, qui a été reçu en audience privée par le pape, lui a adressé dans le même sens un appel très charpenté, où il étoffe certains arguments esquissés plus haut, notamment « l’état de nécessité », avec une comparaison entre l’Eglise romaine et une maison qui brûle, appelant à l’unité des efforts pour éteindre l’incendie. L’ensemble est d’une telle épaisseur qu’il est profitable à tout catholique de le lire, et qu’il sera nécessaire d’en donner un résumé et un commentaire. Mais on doit déjà noter rapidement que le prélat demande, comme le professeur de théologie, au pape Léon XIV d’accorder « le mandat apostolique pour les consécrations épiscopales de la FSSPX ». Et espère de sa bienveillance qu’il mette fin à la « division supplémentaire, inutile et douloureuse » qu’a provoquée Fiducia Supplicans.
Pontifex, le pape souverain bâtisseur de ponts entre catholiques
Dans une Eglise romaine qui se flatte de bâtir des ponts, il conclut sa lettre par ces mots : « Très Saint-Père, si vous accordez le mandat apostolique pour les consécrations épiscopales de la FSSPX, l’Eglise de notre temps n’y perdra rien. Vous serez un véritable bâtisseur de ponts, et plus encore, un bâtisseur de ponts exemplaire, car vous êtes le Souverain Pontife, Summus Pontifex. » En fait, il fonde son espoir dans la bienveillance du pape sur l’audience privée que celui-ci lui a accordée. Quelques moments de celle-ci l’y ont encouragé. Selon lui le pape a rapporté en souriant avoir entendu des jeunes dire que leur conversion à Dieu s’était produite à travers la messe traditionnelle en latin : Léon XIV a paru surpris de la force spirituelle que cette forme liturgique exerce sur les nouvelles générations. Mgr Schneider en a profité pour avancer que la FSSPX a raison d’avertir l’autorité romaine que certains passages du Concile Vatican II, concile pastoral, ont été utilisés comme un nouveau paradigme ecclésial qui, à son avis, nécessite une correction pour retrouver la tradition romaine.











