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Le gouvernement veut mieux dialoguer avec l’islam

Gouvernement dialoguer islam
 
Le ministre de l’Intérieur réunissait lundi un forum de dialogue avec le culte musulman afin de lancer une dynamique au-delà du Conseil français du culte musulman (le CFCM), principal interlocuteur du gouvernement, mais qui n’a jamais réellement réussi à s’imposer depuis sa création en 2003. Mais ce constat pose une double question. Qu’entend Bernard Cazeneuve par le fait de dialoguer avec l’islam ? Et pourquoi le CFCM n’a-t-il pas, comme semble le déplorer le gouvernement, réussi à s’imposer ?
 
Si l’on en croit l’entourage ministériel, le constat serait même double. Il y a, d’une part, l’extraordinaire dégradation de l’image de l’islam ; et, de l’autre, un sentiment unanime de rejet chez les musulmans de l’autre.
 

Mieux dialoguer avec l’islam

 
D’où l’idée de cette nouvelle dynamique, annoncée en février dernier, c’est-à-dire dans la foulée des attentats de janvier, afin « d’examiner avec toutes les composantes de l’islam de France les questions qui préoccupent » les musulmans.
 
Ben oui, pas les Français. En ce qui concerne ces derniers, on a déjà noté qu’ils ont une image dégradée de l’islam, et que cela pourrait bien être en lien avec les événements de janvier. On se demande d’ailleurs comment un gouvernement socialiste peut en arriver, même en marchant avec une prudence de Sioux sur des œufs, à admettre un constat pareil, qui frise la xénophobie – et qui l’aurait certainement atteinte s’il avait été fait par quelqu’un de droite !
 
D’ailleurs, continuent ces apprentis sorciers, il y a eu en janvier dernier plus d’actes antimusulmans que sur toute l’année 2014. Etonnant, non ?
 
Et comme ce lien entre certains événements (nous aussi pouvons nous s’exprimer avec retenue) de janvier devient franchement intolérable pour les bonnes consciences socialistes, on va donc mettre tout le monde autour de la table. Essayer du moins.
 
Mais le problème, et c’est le ministère lui-même qui le dit, c’est que les musulmans ont quelque mal à discuter. La représentation du culte musulman est « très fragmentée », précise-t-on place Beauvau, et le dialogue avec les pouvoirs publics est « faible voire inexistant » avec d’autres représentants légitimes du culte, extérieurs au CFCM. Evidemment, il n’est pas dit que cela plaise beaucoup aux représentants dudit CFCM – même si celui-ci doit rester la « colonne vertébrale » de la nouvelle instance, ce qui ne plaira pas aux autres.
 

Le gouvernement avoue que tout cela ne sert à rien

 
Aussi se dépêche-t-on de préciser qu’il s’agit d’un forum « pour recréer le dialogue, pas un parlement qui prendra des décisions ». Bref, encore un comité Théodule. Le ministère en est tellement conscient qu’il ajoute : « Il faut faire son deuil à court terme de l’idée que l’Etat pourrait organiser une représentation unifiée. »
 
Et pourquoi les musulmans ne s’entendent-ils pas ? On ne pose manifestement pas la question, car la réponse reviendrait à parler de sujets qui fâchent, et dont on nous a expliqué, qui plus est, qu’il s’agissait d’interprétations erronées. Mais peut-être demandera-t-on tout de même, discrètement, sans surtout le dire, aux 150 représentants du culte musulman qui ont été invités pourquoi la banlieue s’enflamme au nom de Kouachi…
 
En revanche, on parlera, c’est sûr, de l’islamophobie – mais donc comme un simple sentiment nauséabond et sans cause – et de la construction des mosquées (dont 300 sont actuellement en cours).
 

De quelle radicalisation parle-t-on ?

 
Donc rien de rien sur la radicalisation. Ce n’est pas qu’on n’y ait pas pensé. Mais, voyez-vous, comment dire ? « Ce serait un mauvais message que de mettre ce thème au premier plan. (…) L’idée pour les musulmans de mettre en débat cette question lors d’une première réunion pouvait être vécue comme une forme de stigmatisation. »
 
Alors que l’islamophobie, qui est en quelque sorte la radicalisation et la stigmatisation des non-musulmans, ça c’est un sujet.
 
On ne dira pas en tout cas que ce gouvernement ne fait pas tout pour se faire entendre des musulmans. Mais il n’est pas sûr, braves gens, que ce soit jamais suffisant…
 

François le Luc