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FILM POLITIQUE Le Grand Jeu ♥♥


 
Le Grand Jeu est un film politique français, genre rare, ou se prêtant trop souvent à la propagande pour certaines aventures des plus discutables. Ce n’est pas le cas ici. Le film a été présenté comme une très lointaine adaptation d’une nouvelle de Joseph Conrad, traitant d’une manipulation policière d’excités marxistes par la police tsariste, vers 1910. Curieusement, dans la France des années 2010, il est possible, encore, et de façon crédible, de retrouver des marxistes, stricts, révolutionnaires, et d’envisager aussi une manipulation policière avec eux. Le scénario est bien écrit – plaisir rare – et propose toute une série de bonnes répliques : « Je m’intéresse beaucoup aux gens prometteurs qui n’ont rien donné ; ils sont passionnants », « ce [ministre] est un Machiavel de cour d’école maternelle », « ce [révolutionnaire], c’est Lénine qui ne veut pas que sa mère s’inquiète trop s’il ne rentre pas chez lui le soir »…
 

Le Grand Jeu : un film réussi

 
Le Grand Jeu s’est inspiré de faits réels relativement récents et connus en France. Ainsi, un agent d’influence, interprété par un excellent André Dussollier, probablement le meilleur acteur français aujourd’hui, paye un ancien écrivain prometteur tombé dans le néant pour qu’il écrive un appel d’extrême-gauche marxiste à l’insurrection pacifique, matériellement destructrice mais sans mort d’homme. Il en résulte des discours étranges, mais typiques. Le ministre de l’Intérieur, peu fin, doit commettre l’erreur politique de réaliser des arrestations massives dans un milieu de facto inoffensif. Telle est la thèse du film, appuyé par quelques arguments. L’extrême-gauche autogestionnaire et non-violente est fort bien connue. Pourtant, si l’on ne craint plus un coup de force communiste, l’extrême-gauche a hélas gagné dans la destruction de la religion, de la patrie, des mœurs, victoires culturelles fondamentales oubliées dans le film.
 
Il reste que Le Grand Jeu, qui ne s’adresse certes fondamentalement qu’aux amateurs du genre, est réussi.
 

Hector Jovien

 

Grand Jeu film cinéma

André Dussollier (premier plan) et Melvil Poupaud.