Nouvelle conscience animale : Interdiction d’ébouillanter le homard au Royaume-Uni

Interdiction ébouillanter homard Royaume-Uni
 

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer a déposé une loi que les parlementaires vont étudier sous peu : le Royaume-Uni devrait rejoindre en 2026 les quelques pays comme la Suisse et la Norvège qui ont déjà imposé aux cuisiniers l’interdiction d’ébouillanter le homard. Il entend ainsi faire avancer la cause animale en faisant prendre conscience aux professionnels, aux particuliers et aux politiciens que l’ébouillantage d’un crustacé vivant « n’est pas une méthode d’abattage acceptable ». Ce qui peut paraître, vu du continent, une fantaisie britannique comparable à l’interdiction du gavage des oies et canards pour leur foie est en fait une étape importante dans un combat éthique, idéologique et politique qui vise promouvoir une nouvelle conscience et une nouvelle morale.

 

Ebouillanter le homard ou l’électrocuter ? Dilemme au Royaume-Uni

Ben Sturgeon, directeur de l’association Crustacean Compassion, à l’origine de la loi, proclame que l’enjeu en est éthique : « Lorsque des animaux conscients sont plongés dans de l’eau bouillante, ils endurent plusieurs minutes de douleur atroce. C’est une torture totalement évitable », a-t-il expliqué dans un communiqué de presse, comme le relate notre confrère Le Monde. C’est pourquoi, jouant sur l’affect de l’électeur, au Royaume-Uni, où l’amour des bêtes est répandu, socialement bien vu et un rien mis en scène, la loi en préparation entend-elle transformer la déclaration symbolique de 2022 qui l’a précédée en obligations contraignantes. Comment ? C’est une autre histoire : l’électrocution préconisée par certains laisse les chefs rêveurs car la machine nécessaire est très chère (« aucun d’entre nous ne dépensera 3.500 livres pour électrocuter un homard ») mais la question est relativement secondaire. Il s’agit d’abord de changer les mentalités.

 

Une interdiction plus vaste pour satisfaire la cause animale

Les promoteurs anglais de la loi sur l’interdiction d’ébouillanter le homard l’intègrent dans une « lutte » plus large. L’interdiction sera étendue aux crevettes, crabes et pieuvres, puis associée à l’interdiction de la chasse à courre et de la volaille en batterie, ou à l’amélioration des abattoirs. Il s’agit d’éviter au maximum les occasions pour l’homme d’infliger de la souffrance aux animaux. Mais l’on voit bien que cette loi diffère aussi, fondamentalement, de celle qui interdit le gavage des oies ou la corrida : il ne s’agit pas de protéger des oiseaux ou des mammifères supérieurs, mais des crustacés. Et cela sur un fondement bien précis. En 2021, la London School of Economics a publié un rapport qui a fait un certain bruit au Royaume-Uni, où elle mettait en lumière les récepteurs sensoriels qui détectent blessures et températures extrêmes. Et assimilé cela à une forme de conscience, qui rend inadmissible d’ébouillanter le homard. (Notons au passage que le homard étant privé de système nerveux central, il est vain d’imaginer par une sorte d’anthropocentrisme ce qu’il peut ressentir.)

 

La sentience, nouvelle conscience du homard

L’étude de la London School of Economics est entrée là dans un processus que nous avons déjà signalé plusieurs fois à nos lecteurs, par lequel, à l’initiative de militants animalistes anglo-saxons, philosophes et juristes ont pressé les biologistes de modifier les définitions traditionnelles de la conscience, et, pour faire simple, d’éliminer la raison des critères de définition pour se limiter au sensible. Cette entreprise radicalement anti-chrétienne et panthéiste, rappelons-le, a inventé un nouveau mot, la « sentience », forgé par l’anglais sur le latin, qui confond joyeusement sensation et sentiment. Et lancé une nouvelle revendication morale et juridique : tout ce qui est sensible ayant une forme de conscience doit également avoir des droits. Cela postule aujourd’hui d’étendre les droits de l’animal aux crustacés, ce qui entraîne l’interdiction d’ébouillanter le homard. Ce n’est qu’un premier pas bien sûr. Le suivant sera d’éliminer toute ingestion de chair animale et de lait. Puis de donner un statut juridique à tout animal, à toute conscience animale, y compris aux insectes. En gardant présente à l’esprit la nouvelle morale programmée par l’UNESCO : « Un acte est bon quand il tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Il est mauvais dans le cas contraire. » Avec cela, on élimine d’un coup l’homme et Dieu.

 

Pauline Mille