Des JO à LFI : l’affaire Barbara Butch

 

Psychodrame dans le Landerneau arc-en-ciel, la disc-jockey organisatrice de soirée patronne de boîte de nuit Barbara Butch, connue du grand public pour sa parodie de la Cène lors de la soirée d’inauguration des JO de 2024 à Paris, a dû suspendre un « concert » qu’elle donnait le 18 juillet à Grenoble. La section locale de LFI avait menacé de perturber son spectacle au Cabaret Frappé, festival organisé par la municipalité depuis 1999, et elle a mis sa menace à exécution au point que la dame a quitté la scène. Depuis, Télérama, Médiapart et Libé se fendent d’articles embarrassés et les politiques de tout bord condamnent LFI, elle-même très gênée. La polémique s’enfle exagérément pour une affaire surfaite, qui éclaire toutefois les contradictions dont vit l’arc-en-ciel.

 

LFI violente, une affaire pour le RN

La gauche comme il faut, le bloc central (en la personne d’Aurore Bergé ministre) et même le RN (qui entre dans l’arc constitutionnel quand LFI en sort) ont condamné LFI. Cela tient à la double personnalité de « Leslie Barbara Butch », pseudonyme d’une quadragénaire dont le vrai nom est jalousement gardé secret. A côté de la « grosse gouine » (mots qu’elle a revendiqués en les inscrivant sur son corps), idole de la lutte contre la grossophobie et pour les Queers LBGT, il y a en effet une juive élevée dans la tradition par un père d’origine marocaine et une mère ashkénaze. Et ce que lui reprochent les militants LFI se résume à deux choses : elle a donné un concert à la résidence de l’ambassadeur de France à Tel Aviv en 2025 (« en plein génocide à Gaza ») et elle a signé une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan (non votée). LFI et d’autres craignaient qu’en assimilant antisionisme et antisémitisme elle ne criminalise toute critique d’Israël.

 

Barbara Burch victime, mais de quoi ?

En admettant que cette crainte fût justifiée, ni la signature de Barbara Butch ni son concert de 2025 ne méritaient qu’on interdise son spectacle. Mais il est vrai qu’en la matière, une espèce d’intransigeance qui confine à la folie saisit les uns et les autres. On bourrerait une urne de mairie communiste avec les pressions exercées pour déprogrammer un tel ou un tel de tel festival en raison de son côté incorrect – et à l’inverse on ne compte plus les chanteurs intraitables sur la question morale, tel Patrick Bruel, qui refusent de se produire dans une ville tenue par un maire qui ne leur convient pas. Maintenant, une question importante se pose : que s’est-il passé ? LFI est une coupable idéale, mais de quoi au juste est-elle coupable ?

 

LFI et Barbara Butch n’ont pas vu la même chose

Laurence Ruffin, maire écologiste de Grenoble, avait décidé de maintenir le concert, malgré les appels à la déprogrammation de Barbara Butch, « pour ne pas céder à la censure et parce que la municipalité tient à la liberté de programmation ». Pour l’occasion, à la police nationale et à la société privée de sécurité présente pendant le concert s’ajoutaient 15 policiers municipaux. Allan Brunon, élu LFI, était en tête de plusieurs dizaines de manifestants qui se sont installés devant la scène, criant notamment « Free Palestine », huant Barbara Butch et faisant des doigts d’honneur. Après cela les témoignages divergent. L’avocate de Barbara Butch parle de « bouteilles en verre » qui « éclatent ». Allan Brunon n’a « vu aucun projectile lancé ». Le parquet à ouvert une enquête pour délit d’entrave et la mairie a déposé plusieurs plaintes contre X pour sabotage et intimidation.

 

Mathilde Panot aurait-elle raison ?

En attendant les commentaires vont bon train. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur s’est indigné : « L’antisémitisme, les intimidations et les pressions n’ont pas leur place dans notre République. » Aurore Bergé a déploré un « lâcher de chiens sur une Française juive ». A quoi Allan Brunon répond : « Les insoumis n’ont jamais été et ne seront jamais violents (sic). Le ministre de l’Intérieur ment. » Et Mathilde Panot a déclaré : « Ceux qui disent qu’il y aurait une déprogrammation de Barbara Butch en raison de sa judéité sont des menteurs. »

 

L’enquête de Médiapart charge LFI

Elle pourrait bien avoir raison, pour une fois. Ecoutons en effet les témoignages des policiers et agents municipaux. A 22 heures 20, « plusieurs projectiles (sept comptés par les agents), notamment des bouteilles d’eau et des bouteilles en verre, sont jetés en direction de la scène. (…) Présence également d’individus aux visages dissimulés par des masques chirurgicaux et des casquettes ». Notre confrère Médiapart cite un passage de la plainte déposée par un agent situé en coulisse à deux ou trois mètres de Barbara Butch : « J’ai constaté des jets de bouteilles en verre, de mottes de terre et de gobelets en plastique. Ils se sont intensifiés au fil des minutes. (…) Le concert a été interrompu en raison des risques encourus pour l’artiste et l’ensemble des techniciens. » Des câbles électriques ont en outre été coupés.

 

LFI coupable, mais pourquoi tant de cris ?

La cause est entendue : le patron LFI de l’action n’a pas vu ce que faisaient ses troupes. Il n’y a pas eu, pour reprendre le mot minimisant du député LFI Paul Vannier, que des « gobelets » jetés. Maintenant, si l’intimidation est avérée, la violence reste d’assez basse intensité et ne vaut pas tous ces cris d’orfraie, sauf dans le cadre d’une comédie politicienne liée à la prochaine présidentielle, la cible étant Jean-Luc Mélenchon. Et surtout, malgré cris et doigts d’honneur, personne ne témoigne d’insulte antisémite. Ce qui est reproché à Barbara Butch, c’est ce que les militants pro-palestiniens nomment le Pinkwashing par analogie au Greenwashing, l’utilisation détournée de la charge positive liée au militantisme LGBT.

 

Derrière Barbara Butch, le « pinkwashing » d’Israël

Ainsi le porte-parole de l’OST (Organisation de solidarité trans), qui s’est associé à LFI pour le boycott de Barbara Butch voit en celle-ci un agent de la politique israélienne : « Barbara Butch a une image queer qui sert pleinement un agenda politique. » Et de poursuivre : « Ce qu’il s’est passé est une victoire pour nous. Il y avait eu des appels au boycott au Mans et à Paris, mais elle avait pu se présenter à la fin. Là, c’est une voix de soutien à Israël qui s’est tue. » C’est dans cet esprit que LFI avait distribué des tracts dès le 15 juillet. On y voyait Barbara Butch à sa table de mixage, éclaboussée de sang sur fond du drapeau de la pride israélienne couleur arc-en-ciel et floqué d’une étoile de David. Au verso, elle posait avec Caroline Yadan et Nétanyahou avec cette légende : « Les soutiens aux génocidaires n’ont pas leur place à Grenoble ! » LFI n’a jamais montré autant d’intransigeance devant le terrorisme exercé en France, que les victimes sont juives ou non.

 

Barbara Butch se repent, mais pas pour les JO !

On pourrait aussi reprocher à LFI d’avoir oublié le repentir de Barbara Butch sur France 24 en mai, quand elle s’est rendu compte que tout cela nuisait à son image et divisait son public : « J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire. On a tous le droit à l’erreur. » Elle sait d’où vient le danger pour les juifs en France, elle n’a jamais exprimé de regret comparable pour sa Cène des JO de 2024 – on notera à ce propos que, en dépit des faits et de l’aveu même de Barbara Butch, toutes les élites subversives françaises, le metteur en scène de la Cène en tête, Thomas Jolly, avait nié à l’époque la parodie, avec l’appui des médias dominants : aujourd’hui, enfin, notre confrère Télérama mange le morceau en passant. Il parle d’une « figure » qui a « notamment participé à la parodie controversée de la Cène lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris en juillet 2024 ».

 

Déjà, en 1991, l’affaire SOS Racisme…

Voilà. Les faits et les intentions de l’affaire Barabara Butch sont clairs. Les violences et les intimidations de LFI et de ses affidés sont hélas fréquemment plus graves. Alors, pourquoi cette tempête dans un verre d’eau ? Notre excellent confrère Boulevard Voltaire y détecte la « fin de la convergence des luttes ». Hélas non, l’arc-en-ciel est bien vivant et en ordre de bataille. Mais la révolution a ses ailes opposées deux à deux, les mondialistes et les altermondialistes, etc., ici en l’espèce les pro-israéliens et les pro-palestiniens. Ce n’est pas une première : en 1991, avec la guerre du Golfe, l’association révolutionnaire socialiste SOS Racisme s’était scindée entre sa direction juive et sa base proto-mélenchonienne pro-arabe de banlieue. Ce n’est pas cet embarras lié à la guerre au Proche-Orient qui empêchera la dialectique révolutionnaire de tourner.

 

Pauline Mille