Le Billet : Montchalin, Lecornu, Macron : les Français tentés par le chaos

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Réélu en 2022 président de la République avec une majorité apparemment confortable de 58,55 % des votants (mais 28 % d’abstentions), Emmanuel Macron se rêvait alors en super réformateur des retraites à l’intérieur et en roi de la diplomatie européenne à l’extérieur. Il n’a jamais pu obtenir de majorité législative et navigue en bateau ivre depuis la dissolution de l’Assemblée en 2024, désormais démonétisé face à Von der Leyen, Mertz et Meloni. Son Premier ministre, incapable de faire passer un budget, va peut-être se trouver contraint d’utiliser le 49.3 et demeure sous la menace de motions de censure. Il utilise ouvertement le chantage à une nouvelle dissolution pour se maintenir, sur le thème moi, ou le chaos, suivi dans cette tactique par Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics. Seule la peur de perdre leur mandat peut inciter les députés à se retenir de les chasser : convergeant avec l’exaspération sociale dont les agriculteurs sont l’expression la plus visible, un sondage montre que les « idées du Rassemblement national », c’est à dire d’abord une grande lassitude de la classe politique et de la justice pour leur laxisme en matière de sécurité et d’immigration, sont de plus en plus populaires chez les Français.

 

Les Français soumis au chantage de Macron, Lecornu et Montchalin

Macron a beau dire des choses très justes sur les insuffisances du traité UE-Mercosur, il n’a su ni y remédier à Bruxelles, ni rallier une minorité de blocage pour le rejeter. Le poids de la France se réduit, et ce n’est pas le Haut commissariat à la diversité récemment conçu qui va le remplumer. Le président est d’ailleurs absent de la discussion sur le budget qu’il a entièrement déléguée à son Premier ministre, tout en lui léguant sa désastreuse et répétitive tactique du « moi ou le chaos ». Quand Sébastien Lecornu fait savoir qu’il a demandé au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez qu’il doit se préparer à organiser des législatives, cela ne peut apparaître aux yeux des élus du bloc central et du PS qui tiennent à leur siège que comme un chantage. Même François Hollande trouve cela inconvenant. Et comme s’il fallait que la chose fût soulignée, Amélie de Montchalin en rajoute une couche : « S’il n’y a pas de gouvernement, il n’y aura pas de solution pour les agriculteurs. » Sans oublier de préciser : « Les Français pourront voir ceux qui veulent bloquer non seulement le budget, mais aussi toute la vie de la nation, et ceux qui voudront au fond éviter ce risque. » Suivez son regard : les mauvais élus, les mauvais citoyens, choisiront la motion de censure, l’aventure, l’abaissement de la France, le chaos contre la stabilité et le progrès que représente le gouvernement.

 

La tactique a sa limite : les Français vont choisir le chaos !

Le drame est que l’argument, depuis le temps, est un peu élimé. Plus personne ne croit que le gouvernement Lecornu peut trouver un budget utile au pays. Les concessions énormes déjà faites aux socialistes ont liquidé ce que pouvait avoir de positif la réforme des retraites, et augmenté la pression fiscale sans réduire la dépense publique. Et, si à gauche, Mélenchon garde une certaine cohérence dans le néfaste, donc une popularité certaine, les Français ne font plus confiance aux élus de la droite molle, du centre, et de la gauche rosâtre, qui seraient balayés aux législatives, engendrant une prudence qui reste la seule chance pour Lecornu d’éviter la censure. Mais les chiffres du sondage sur les « idées du RN » annoncent un changement assez rapide. Selon l’institut Verian pour Le Monde, 42 % des Français y seraient « favorables », soit 13 points de plus qu’en 2022. Dans le détail ils sont plus nombreux à juger le RN « pas dangereux » que « dangereux », à penser qu’il « a la capacité de participer à un gouvernement », 69 % estimant qu’il peut accéder au pouvoir. Et tout à l’avenant. L’électorat LR, en particulier, est très poreux aux idées du RN. La stratégie moi ou le chaos a une limite qui se rapproche : le jour où les Français répondront « essayons le chaos ».

 

P.M.