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Macron galère de Paris à Strasbourg : le procurateur de la province France peine à séduire l’empire

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Après son grand oral du Trocadéro à Paris, Emmanuel Macron a planché trois heures devant le Parlement de Strasbourg. Le procurateur de l’empire européen doit à la fois séduire ses mandataires et la province de France qu’il dirige. C’est la galère, et ça le sera de plus en plus.
 
On peut parler comme ça depuis l’interview du Trocadéro. C’est vraiment la galère pour Manu. Finie la révérence envers le président et tout. On est tous égaux citoyens. Vas-y Edwy, tacle-le ! Donc pour Macron c’est la galère partout. En France, d’abord. La province, ça va encore, il y a des écoles sécurisées par Jean-Pierre Pernaut, mais à Paris, ça craint. Tout va mal. La SNCF. Notre Dame des Landes. L’Educ Nat. Ça va bouillir ! Péter ! La convergence des mécontentements est le prochain thème de symposium pour les tontons flingués de 68.
 

Macron procurateur de l’empire dans la province de Syrie

 
Macron n’est pas plus bête qu’un autre. Quand ça va mal à l’intérieur, on lance une guerre à l’extérieur. C’est ce qu’il est allé faire avec ses copains Theresa et Donald en Syrie. Personne ne sait très bien ce qui s’est passé. Chacun sur le net a son opinion, et plusieurs rapports irréfutables qui l’étayent. La position officielle occidentale est belle comme une affiche de propagande, la russe, un peu mieux travaillée, semble aussi naturelle qu’un morceau de gruyère posé sur une tapette. Macron s’en fiche. La ligne de ses sourcils joints orientée sur les crêtes bleu-noir de l’Oural, il défend l’autorité de la démocratie, et ça, messieurs, cela vaut bien que vous ôtiez votre bonnet. Il lance des initiatives diplomatiques comme un éphèbe des frisbees. La première est de retirer sa légion d’honneur à Bachar, comme à un vulgaire Weinstein. Voilà une piste intéressante. Il devrait creuser. Quid de celle de Lula ? Et de celle de Poutine, après tout ? Et quid du Nissam Alaouite de Bernard Tapie ? Et l’éléphant blanc (rosé) de Jean-Vincent Placé ?
 

A Strasbourg, l’empire de Bruxelles, c’est la paix !

 
La diplomatie de la France, c’est aussi l’Europe. Les européennes auront lieu dans un an. Aussi Macron s’est-il rendu à Strasbourg. Devant le parlement, il pensait jouer sur le velours. Eurofédéraliste jusqu’au bout des manchettes, homme de la fusion de la droite et de la gauche, il l’était aussi de l’institution : là-bas, la gauche (socialiste) et la droite (PPE) se partagent depuis plus de vingt ans présidence, pouvoirs, prébendes, et une idéologie euro-mondialiste attendrissante à force d’excès. Il n’y a même pas polyphonie, Macron est à l’unisson. D’ailleurs, il fut bruyamment applaudi quand il chanta le « trésor » de la démocratie dans l’union, ou quand il appela les honorables assistants à se mobiliser contre la montée des populismes, les « tentations autoritaires » et les « replis nationaux » qui « réveillent une forme de guerre civile ».
 

La galère de Macron symétrique de celle de Giscard

 
Pourtant il s’est trouvé un député belge, écologiste, pour ironiser méchamment sur son autoritarisme droitisant, et lui offrir une corde verte de premier de cordée. C’est significatif : à Strasbourg comme à Paris au Trocadéro, Macron se trouve critiqué sur sa gauche. C’est normal puisqu’il a choisi, dans le premier moment de son mandat au moins, de tomber à droite. Il a pris un chemin symétrique de ceux de Giscard et Sarkozy qui, élus par la droite, ont mené une politique de centre gauche : élu surtout par la gauche, il mène une politique centriste avec quelques accents d’apparence droitière. Forcément, ça va coincer à un moment donné, à cause des déçus. Sans doute son calcul est-il meilleur que le leur, car la gauche ne pèse plus grand chose, et il étend sa base électorale en satisfaisant la droite. Mais cela ne marche que dans la mesure où il trompe celle-ci et où l’élément national se laisse engourdir. Or l’exercice est de plus en plus difficile. 
 

A Paris, Strasbourg et Berlin, la doxa de Bruxelles lasse

 
C’est vrai à Strasbourg comme à Paris, Bruxelles ou… Berlin. Car la tâche demandée aujourd’hui aux présidents s’apparente à la quadrature du cercle. Hollande a cru qu’elle était celle d’un préfet. Il donnait toute satisfaction à l’empire qu’il représentait mais fut éjecté par le peuple de France. Elle ressemble beaucoup plus à celle d’un procurateur de l’empire romain. Un procurateur dépend et de ses mandants et de la province qu’il dirige. Il doit plaire, être populaire ou faire peur. Aujourd’hui, Macron hésite entre les deux voies, séduire la France ou la soumettre, entre le charme et la poigne de l’autocrate souriant. 
 
Il n’en mène pas moins son combat tambour battant. Sans répit. Après une réforme, une autre réforme. A Strasbourg il a récité le catéchisme mondialiste et européiste sans états d’âme. La galère, c’est que ses copains en Europe sont en pleine mouise. Ils aimeraient bien qu’il fasse une pause : lui a sauvé ses fesses par le miracle de la présidentielle et de Marine Le Pen, eux se trouvent en butte à la grogne de leurs peuples.
 

Le mandat des procurateurs les fait haïr des peuples

 
Quand il propose d’augmenter la quote-part de la France, Berlin applaudit, mais quand il parle d’un budget et d’un ministre des finances de la zone euro, ou d’un machin pour financer l’accueil des réfugiés, ça tousse. Qui va payer tout ça ? Trop de fédéralisme peut tuer le fédéralisme. Et puis, c’est précisément toutes ces choses que refusent Hongrois, Polonais, Autrichiens, Italiens. Macron satisfait Soros, mais à la CSU, on craint qu’il ne fasse le lit de l’AfD et d’autres fascistes. Tel est son dilemme aujourd’hui. Plenel, pour une fois, n’avait pas tort l’autre soir de rappeler que les présidents en France, Chirac, Macron, Hollande, sont élus contre, alors qu’un Orban est élu pour : c’est qu’il n’existe pas de majorité populaire dans le système de Bruxelles. La galère de la Groko en Allemagne, l’instabilité italienne le prouvent. Ce qui provoque le stress des procurateurs de l’empire, c’est que leur mandat, faire l’Europe mondialiste, est si évidemment contraire à l’intérêt des peuples que ceux-ci le rejettent, et rejettent avec les procurateurs. 
 

Ce n’est pas tout de séduire, il faut tenir, pour l’empire !

 
Macron restera-t-il plus longtemps en selle que son prédécesseur ? Il est plus habile et moins évidemment ridicule. Mais séduire n’est pas tout, il faut tenir. Comme tous les enfants gâtés, il table trop sur la complaisance d’un public acquis. Ce fut visible dans sa petite prise de bec avec Florian Philippot à Strasbourg. Celui-ci ayant dit une bêtise en refusant à l’assemblée de Strasbourg le titre de parlement parce qu’y sont représentés plusieurs peuples, il répondit par une plus grosse bêtise : « Si cette assemblée ne vous plaisait pas, il ne fallait pas y venir, c’est tout ! » Cette réplique démagogique est du niveau d’une cour de récré. Un opposant peut critiquer l’institution à laquelle il participe, cela fait partie de sa fonction. Macron le procurateur a de la sienne une conception très autoritaire, quiconque n’est pas d’accord avec lui « dit des bêtises ». Cela nous promet, à lui comme à lui, de nombreuses galères.
 

Pauline Mille