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Marion Maréchal Le Pen : une retraite stratégique

Marion Maréchal Le Pen Retraite Stratégique
 
La retraite politique de Marion Maréchal Le Pen en pleine campagne des législatives a fait l’effet d’un coup de tonnerre au Front national. Même si elle n’est pas définitive et si on l’attendait un peu. Cette retraite « pour raisons personnelles » est aussi un repli stratégique.
 
Le paradoxe du Front national est qu’il n’a jamais récolté dans une élection présidentielle tant de voix ni décroché, comme il vient de le faire, des soutiens dans le cercle des partis comme il faut, et qu’en même temps il n’a jamais été si divisé ni proche de la disparition. Car l’échec de la ligne stratégique dite Philippot et l’échec de la personne de Marine Le Pen lors du débat, faisant suite à une épuration du parti, amènent une situation inédite : le Front national peut éclater en factions, entre historiques et nouveaux venus, sous les yeux gourmands des ralliés et alliés les plus récents.
 

Marion Maréchal fait retraite pour vivre avec sa fille

 
C’est dans ce contexte que Marion Maréchal vient d’annoncer sa retraite. Sa fatigue n’est pas neuve. Elle l’avait laissé percer voilà deux mois. Elle est sans doute réelle et ses explications sonnent vrai. Elle veut s’occuper de « sa fille ». Et faire autre chose que de la politique. Goûter au « monde de l’entreprise ». Partant de là, elle n’omet pas de noter qu’il est sain pour un homme politique de ne pas vivre toujours dans le sérail et du sérail, de « ses indemnités ». On peut être sincère et calculer que cette sincérité achèvera de donner de vous une image flatteuse. Après avoir été la madone des frontistes de droite, Marion Le Pen se peaufine une image de jeune femme moderne et désintéressée.
 

Désertion ou retraite stratégique ?

 
Jean Marie Le Pen voit dans cette retraite « une désertion » dont il redoute qu’elle ait des « conséquences terribles ». Marion Maréchal assure, elle qu’elle n’est « pas définitive ». Elle garde « l’amour de (son) pays chevillé au cœur ». Cela pose une question : quand et comment pourra-t-elle revenir ?
Mais la première question est : quelles sont les raisons politiques d’ordre stratégique, en dehors des questions personnelles invoquées, qui l’ont poussée à faire retraite ? On sait qu’elle était opposée à la ligne de Florian Philippot, avec lequel elle a eu plusieurs fois des mots, et qu’elle ne s’entend pas avec son oncle par alliance et conseiller de Marine Philippe Olivier. Dès le soir du second tour, elle appelait une réflexion en profondeur au Front national : sa tante l’a-t-elle rappelée à l’ordre entre quatre-z-yeux ? A-t-elle mesuré qu’elle était minoritaire ? Ou plus simplement, a-t-elle pronostiqué qu’il y aurait une grande lessive à faire au Front nationale et a-t-elle préféré ne pas y participer ?
 

Marion Le Pen fait retraite pour ne pas tuer sa tante

 
Elle a éprouvé en effet avec la brouille entre Marine et Jean-Marie Le Pen, combien ces rixes politiques entre membres d’une même famille étaient personnellement pénibles et politiquement préjudiciables. Le meurtre du père par la fille n’a pas profité à celle-ci pas plus que les imprécations du père n’ont amélioré son image. C’était du perdant-perdant. Devant la perspective de nettoyage post électoral au Front national, Marion Maréchal Le Pen a sans doute jugé qu’elle n’avait que des coups à prendre sans profit.
 
Elle s’est donc retirée sur l’Aventin, comme fit la plèbe romaine au cinquième siècle, lasse de combattre sans que jamais ses intérêts ne soient pris en compte par le pouvoir patricien. Elle s’est aussi retirée sous sa tente, en colère, à froid, contre sa tante. Comme Achille, et dans des circonstances analogues : au bout de dix ans, la guerre de Troie, malgré de grands sacrifices et de grands espoirs, n’avançait plus guère ; quant au général en chef, Agamemnon, bien qu’il eût sacrifié sa famille pour arriver (sa fille, Iphigénie, lui, et non son père), il n’était pas d’une efficacité ébouriffante.
 

L’intérêt stratégique de Marion Maréchal Le Pen

 
On doit ajouter que, si la rectification stratégique est certainement au cœur de la retraite de Marion Le Pen, il ne faut pas exclure une considération tactique qui va exactement dans le sens contraire : à savoir que, dans l’immédiat, elle pourrait bien s’en aller pour sauver la mise à sa tante Marine.
 
Comment ? En jouant sur un réflexe assez commun en politique, spécialement à l’extrême droite, la solidarisation autour du chef attaqué. La vieille garde du FN, c’est-à-dire la plupart des militants, et une bonne part des sympathisants, ne pourra plus en effet s’identifier à Marion pour fronder Marine Le Pen : tout ce monde fera donc corps avec la présidente du FN dès que celle-ci sera en difficulté, si, par exemple, un Philippot ou un Dupont Aignan s’avise de tirer profit des difficultés où l’a mise la campagne. On peut ainsi s’attendre à ce que ceux qui ont critiqué le plus violemment la ligne Philippot-Marine fassent maintenant bloc avec celle-ci pour éviter que le Front national ne soit balayé ou dilué. C’est d’ailleurs l’intérêt de Marion Maréchal Le Pen. Devant l’échec prévisible des législatives et des replâtrages qui seront tentés, elle pourrait se présenter, ayant pris un peu de bouteille et laissé passer l’orage, en fédératrice des droites nationales avec Villiers, NDA, Guaino et les autres.
 

Pauline Mille