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Matarella bloque Conte : entre théâtre à l’italienne et guerre de Sécession

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En refusant de nommer l’eurosceptique Savona ministre de l’économie, le président Matarella bloque la formation du gouvernement de M. Conte, qui démissionne. Va-t-on vers une destitution ou de nouvelles élections ? Le théâtre politique italien suggère qu’il n’y a d’autre porte de sortie de l’Euro qu’une guerre de Sécession.
 
Avez-vous essayé de sortir un bernard-l’hermite de la coquille qu’il occupe ? Vous m’en direz des nouvelles. Eh bien, Matarella, c’est pareil. Il est là, dans les ors et les recoins d’un Quirinal qu’il sait par cœur, rompu aux arcanes de la politique italienne depuis l’âge de raison, et il attend. Que l’expérience populiste échoue. C’est sa mission. Il est l’antique vestale du système et dispose, pour la mener à bien, de tous les éléments qu’il faut : le temps, la connaissance du théâtre des opérations, la constitution italienne. Le pauvre Conte, frais pondu de sa fac de droit, ne faisait pas le poids.
 

Matarella bloque toute sécession italienne

 
Matarella est un homme obligeant, raisonnable et modéré. Quand Conte, après avoir consulté le patron de la ligue, Salvini, et le représentant de Cinq étoiles, Di Maio, lui a présenté son futur gouvernement, Matarella a ratifié tous les noms, en signe de bonne volonté, sauf un. Celui de Savona. C’est un vieux monsieur de 81 ans qui ne ferait pas de mal à une mouche, mais qui présente le défaut de ne pas aimer l’euro « prison allemande ». Matarella tient sa place de gardien du système, il bloque ce qui menace ledit système. L’économie est réservée aux europhiles. Naturellement Conte ne peut l’admettre, il démissionne, et voilà la situation bloquée. Di Maio demande la destitution de Matarella au titre de l’article 90 de la constitution italienne et la traduction du président devant le parlement italien réuni en haute cour. C’est du théâtre. L’article 90 n’agit qu’en cas de haute trahison ou de viol de la constitution. Or il entre dans les devoirs et les compétences du président de la république italienne de nommer les ministres sur proposition du président du conseil. Il peut donc refuser d’en nommer un.
 

Matarella bloque Conte en faveur de Cottarelli : Bella combinazzione !

 
Conte claque la porte, Matarella sourit finement, Di Maio hurle son indignation, Salvini louche déjà vers les prochaines élections. Malgré ses cris, ses emportements, ses chuchotements, ses intrigues, le théâtre de la politique italienne est au fond assez simple. Matarella s’apprête à nommer un gouvernement de transition, provisoire, dont la mission est officiellement de préparer les futures élections. Mais on s’aperçoit que le garçon choisi pour le diriger, Carlo Cottarelli, est un ancien fonctionnaire du FMI, aujourd’hui directeur de l’observatoire des comptes publics, surnommé Monsieur Ciseaux pour le rôle qu’il a tenu dans la réduction des dépenses italiennes en 2013 et 2014. Matarella, en bonne créature du système, a mis de côté un adversaire du système pour promouvoir une autre créature du système. Bene ! Perfetto ! Bien sûr, Cottarelli n’aura pas la confiance du parlement, mais il pourra peut-être, subrepticement, faire un peu plus qu’expédier les affaires courantes.
 

Théâtre à l’italienne : l’éternel retour Berlusconi aux élections

 
Aux prochaines élections, maintenant. La victoire de la Ligue et de Cinq étoiles fut en mars une libération pour l’Italie. Mais si ça n’aboutit pas et qu’il faut retourner aux urnes, les Italiens ne vont-ils pas se lasser de tout ce théâtre et, soit aller à la pêche, soit revoter pour des gens qu’ils savent médiocres mais sont au moins en mesure de gouverner ? Les vieux partis l’espèrent. Cinq étoiles le craint. Avec ses 32 %, Di Maio sait qu’il a atteint le sommet et n’a pas très envie de rejouer. D’où sa demande de destitution de Matarella. Cela occupe le terrain.
 
L’homme de la Ligue, Salvini, se sent au contraire le vent en poupe, porté par le ras le bol de l’immigration. Les sondages lui promettent de passer de 17 % à 23 %. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Son tour de piste avec Cinq étoiles lui a fait perdre son allié Berlusconi qui, en vieux cheval avisé, s’est retourné en pensée vers sa démocratie chrétienne natale, n’omettant pas d’approuver Matarella, lequel défendrait en la cause, selon lui, « l’épargne italienne » et rassurerait « les investisseurs ». La bourse de Milan approuve Berlusconi. Peut-être suis-je pessimiste et verrons-nous un vrai sursaut du peuple italien, mais il existe un risque de résultats mitigés, illisibles, qui ouvriraient sur une crise aggravée et ramèneraient après magouilles aux vomissements ordinaires du système.
 

L’euromondialisme ne laisse d’autre choix aux peuples que la guerre de Sécession

 
Quelle que soit l’issue de la crise, et les péripéties nombreuses qui peuvent survenir sur ce théâtre à l’italienne, Matarella aura fait la preuve que le système a laissé dans toutes les institutions d’Europe des agents dormants (qu’est-ce qui est plus dormant qu’un président de la république italienne ?), qui, dans les cas graves, empêchent les peuples de prendre le pouvoir et les nations de reprendre leur indépendance. On en a vu une variante au Royaume Uni, ou Theresa May a embourbé la volonté de sortie exprimée par les Anglais. Qu’importe au fond le vote : des sages opportunément disséminés bloquent la démocratie. L’euro, l’Europe de Bruxelles, sont des labyrinthes dont on connaît l’entrée, non la sortie. C’est par un même abus de pouvoir qu’Abraham Lincoln prétendit empêcher aux Etats confédérés de sortir de l’Union dirigée de Washington. Cela provoqua la guerre de Sécession. Les sages mondialistes de l’Europe de Bruxelles et du FMI ne laissent d’autre chance aux peuples d’Europe qu’une guerre générale de Sécession.
 

Pauline Mille