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Migrants : le tribunal ordonne des aménagements de la « jungle » de Calais

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Le tribunal administratif de Lille a ordonné lundi au préfet du Pas-de-Calais et à la commune de Calais de prendre des mesures d’urgence en faveur des migrants de la « jungle », ce camp qui abrite près de 6.000 personnes.
 
Dans son ordonnance, le juge des référés demande notamment aux dites autorités de créer dix points d’eau supplémentaires et une cinquantaine de latrines dans le bidonville, d’y mettre en place un dispositif de collecte des ordures, de procéder au nettoyage du site et de permettre l’accès des services d’urgence au camp, toutes mesures qui devront être mises en place dans un délai de huit jours sous peine d’une astreinte de cent euros par jour de retard.
 

Le tribunal ordonne des aménagements à Calais

 
« En raison d’un accès manifestement insuffisant à l’eau et à des toilettes et de l’absence de ramassage des déchets, la population du camp est confrontée à une prise en compte insuffisante de ses besoins élémentaires en matière d’hygiène et d’alimentation en eau potable et se trouve exposée à un risque d’insalubrité », écrit le juge pour justifier sa décision.
 
Autre demande émanant du tribunal, celle qui enjoint au préfet de recenser, sous 48 heures, tous les mineurs isolés présents dans la « jungle », et ce en vue de leur placement.
 
Le juge des référés répondait lundi à la requête en urgence déposée la semaine dernière par deux associations et un certain nombre d’exilés d’origines diverses : Irakiens, Afghans, Soudanais, Syriens… afin d’obtenir que la « jungle » soit l’objet d’un certain nombre d’aménagements susceptibles de la rendre compatible avec les normes humanitaires minimales.
 

Les migrants jugent la « jungle » inhumaine

 
Depuis lundi, une certaine satisfaction régnait donc du côté des demandeurs. Ainsi Patrice Spinosi, représentant de l’association Médecins du Monde et le Secours catholique, a-t-il salué une « première victoire » – ce qui signifie sans doute que les demandeurs n’entendent pas en rester là. « Ce qui était dénoncé depuis le début, c’est-à-dire l’inhumanité du campement, a été reconnu par le juge administratif », a-t-il commenté en dénonçant la « carence manifeste des services de l’Etat ». De fait, le Royaume-Uni ayant accepté de payer pour l’aménagement de ce camp de Calais, en contrepartie du fait que les migrants de Calais renonceraient à traverser la Manche, on peut se demander ce qui justifie un retard dans un traitement que la simple humanité impose. Les demandeurs ont d’ores et déjà signifié qu’ils ne sauraient se contenter de simples promesses, mais qu’ils entendaient qu’elles soient suivies d’effets concrets.
 
Tout cela est bel et bon. La France est, sans conteste, en mesure de soulager la misère de quelque 6.000 malheureux.
 

Un problème systémique

 
Mais la question n’est pas là. Car le problème est systémique. On l’a bien vu la semaine passée : lorsqu’on reloge certains de ces migrants en France, de façon décente, c’est avant tout pour permettre d’en accueillir de nouveaux dans la « jungle » de Calais.
 
Le problème est donc loin d’être résolu. Notamment, il faut le dire, parce que le président de la République, qui fait de fort beaux discours théoriques sur l’accueil des migrants, est bouche cousue dès qu’il s’agit d’être concret. La seule chose que l’on sache donc avec certitude est qu’il en vient encore, qu’il en vient toujours.
 
Ce même lundi, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, plus connue sous l’acronyme HCR, a noté que le nombre de migrants entrés en Europe au mois d’octobre a égalé celui qui a été enregistré sur l’ensemble de l’année 2014. Ce sont très précisément 218.394 migrants pour le mois d’octobre, contre environ 219.000 pour toute l’année 2014. En septembre déjà, l’agence onusienne en avait répertorié 172.843…
 

Des chiffres, et une capacité…

 
Tout indique évidemment que ces chiffres vont être reportés dans les mois qui viennent ; et peut-être mêmes doublés, etc.
 
Personne, en revanche, n’évoque le nombre de ces migrants qui aboutiront, en définitive, en France. En septembre dernier, alors qu’il ne s’agissait « que » de 160.000 migrants – chiffre d’ores et déjà dépassé en ce seul mois de septembre… –, la France devait en accueillir, selon les quotas de la Commission européenne, plus de 24.000. Aujourd’hui, ces quotas ont dû eux-mêmes exploser, au point qu’on ne les évoque plus du tout.
 
En attendant, le gouvernement ne parvient à se débrouiller de quelque 6.000 malheureux…
 

François le Luc