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Un monument à la mémoire de Katyń au centre d’une polémique entre le maire démocrate d’une ville américaine et les Polonais

monument Katyń Jersey City
 
Comme en écho à la récente polémique entre Juifs et Polonais autour de la nouvelle loi mémorielle polonaise, la décision du maire de Jersey City, à New York, de déménager un monument à la mémoire des officiers polonais assassinés à Katyń en 1940 sur ordre de Staline suscite de nouvelles tensions. Ce qui a donné à l’affaire le caractère d’un incident international, ce sont les propos outranciers du maire de Jersey City, le Démocrate Steven Fulop, dont les grands-parents juifs roumains étaient des rescapés de la Shoah, sur son compte Twitter. Réagissant aux critiques du président du sénat polonais Stanisław Karczewski par rapport à sa décision de déménager le monument dans le cadre d’un projet de réaménagement du parc où elle se trouve – un lieu prestigieux avec vue sur le quartier de Manhattan – le maire Fulop a déclaré que Karczewski était un anti-sémite, un nationaliste blanc et un négationniste notoire et qu’il n’avait donc aucune crédibilité.
 

Critiqué par les Polonais pour sa décision, le maire de Jersey City répond en causant un incident international

 
Pourtant, en Pologne, Karczewski ne passe pour rien de tout cela, mais Fulop exprimait sans doute là ses propres préjugés anti-polonais malheureusement courants dans certains milieux juifs, car l’antisémitisme dont on accuse traditionnellement les Polonais n’a jamais été à sens unique. Tous les Juifs ne partagent heureusement pas les préjugés du maire de Jersey City et l’Union des communautés juives de Pologne a condamné à la fois le projet de déménager le monument et les propos insultants du maire à l’encontre du président du Sénat polonais. Le Congrès juif américain a repris à son compte la critique des Juifs polonais à l’égard de Steven Fulop. Les Juifs polonais et le grand rabbin de Pologne ont rappelé au quadragénaire Fulop que parmi les plus de 22.000 officiers polonais exécutés d’une balle dans la nuque par le NKVD à Katyń, il y avait des catholiques, des orthodoxes et aussi des Juifs, y compris des rabbins.
 

La décision de déménager le monument à la mémoire des victimes du massacre de Katyń avait été prise sans consultation

 
Mais peut-être faudrait-il plutôt porter les préjugés du maire de Jersey City à l’égard des dirigeants actuels de la Pologne, plutôt conservateurs et attachés à l’identité de leur pays, sur le compte de ses propres idées progressistes et multiculturalistes ? Quoi qu’il en soit, avant d’enflammer les tensions par ses propos contre le président du Sénat polonais, le maire de Jersey City avait déjà provoqué de vives réactions de la minorité polonaise aux Etats-Unis et les protestations de l’ambassade de Pologne par sa décision prise sans consultations avec les milieux polonais et sans projet clair sur la destination finale du monument après son entreposage censé être provisoire. Selon deux conseillers municipaux opposés au déménagement du monument, Fulop n’avait même pas consulté son conseil municipal avant d’annoncer sa décision, et le déménagement de la statue a été provisoirement bloqué par un juge. Puis le 11 mai un accord avec le maire de Jersey City a été annoncé par le consul général de Pologne à New York en vertu duquel la statue sera uniquement déplacée de 60 mètres.
 
Le monument en question se dresse sur les bords de l’Hudson depuis 1990. Il présente un soldat polonais bâillonné avec les mains ligotées dans le dos, la baïonnette d’un fusil plantée entre les omoplates. Faisant 12 mètres de haut, le monument affiche sur son socle l’inscription « KATYŃ 1940 » et une plaque à la mémoire des Polonais déportés en Sibérie pendant la guerre. Une autre plaque avec la Vierge Marie a été ajoutée plus tard en mémoire des attentats du 11 septembre 2001 contre les tours du World Trade Center.
 

Olivier Bault