Municipales/Rugby : à Saint-Denis deux France face-à-face

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Avec ce premier tour des municipales, tout le monde aura noté qu’il existe en France deux poids deux mesures : la gauche morale peut s’allier à LFI pour empêcher le « pire » au deuxième tour, mais la droite ne saurait s’allier au RN ni à Reconquête. Nous y reviendrons. Il y a plus urgent : la confirmation officielle qu’il existe deux France face-à-face, de moins en moins conciliables. C’est apparu clair comme le jour à Saint-Denis si l’on compare le samedi soir au stade de France pour le dernier match du tournoi des six nations, et le dimanche soir au PC électoral de la liste de la France insoumise élue au premier tour. Les drapeaux, les hymnes chantés, les slogans scandés, tout opposait la vieille France du rugby à la Nouvelle France telle qu’elle sort des chrysalides municipales.

 

Rugby : un face-à-face France Angleterre d’anthologie

La république française est comme ça. On y trouve de tout. Le général De Gaulle l’avait déjà noté. Et le XV de France est à son image. Antoine Dupont est le joueur français le plus connu dans le monde, mais Ramos est depuis samedi soir le plus cher à beaucoup de Parisiens, et aux côtés des Aldegheri, Jalibert ou Gros ont joué avec coeur des Mauvaka, des Bamba, des Moefana. Nul ne leur a demandé leurs opinions ni leur religion. Huit millions de téléspectateurs ont suivi leur soirée à suspens contre l’ennemi héréditaire, le XV d’Angleterre, qui menait à une minute de la fin, et quand enfin la pénalité gagnante fut marquée, à la dernière seconde, 80.000 personnes entonnèrent spontanément la Marseillaise. Sans doute connaît-on toutes les réserves qu’on peut faire sur ce chant, mais il faut retenir ce que l’événement a signifié : une certaine France a montré son plaisir et son unité.

 

Municipales à Saint-Denis : stratégie LFI de division

A la regarder, avec ses drapeaux tricolores, ses visages épanouis, c’était quand même, selon les mots de De Gaulle, « un peuple européen de race blanche, de culture gréco-latine (!) et de religion chrétienne », amateur de cassoulet et de vin rouge. Le lendemain soir à la permanence de Bally Bagayoko, tête de la liste de la France insoumise élue au premier tour et futur maire probable de la deuxième ville d’Ile-de-France, l’ambiance était assez différente. Le futur maire, ancien basketteur et agent de la RATP âgé de 52 ans, se félicitait d’une victoire qui fait selon lui « la démonstration concrète que la stratégie nationale de LFI fonctionne ». Il a tenu à dénoncer les « dérives policières » et les « discriminations ». Quant à son chef Jean-Luc Mélenchon, venu le soutenir en meeting, il avait traité à la tribune l’ancien maire socialiste Mathieu Hanotin de « petit-bourgeois visqueux ».

 

Saint-Denis laboratoire de la cassure des deux France

Fidèle à la stratégie gagnante d’agression et de division de son mentor, Bagayoko a laissé la salle de ses supporters, après l’annonce des résultats, agiter des dizaines de drapeaux quadricolores, noir, blanc, vert, à triangle rouge, des drapeaux palestiniens, pendant que les militants radieux hurlaient à pleins poumons : « Nous sommes tous des enfants de Gaza. » Deux images, deux sons, deux ambiances différentes, deux France différentes fêtant leur victoire : d’un côté l’union bon enfant, de l’autre la politique de séparation à tout prix. D’un côté la France, qui a du mal souvent et n’est pas du tout d’accord sur tout, mais trouve des occasions de joie, et qui célèbre son unité au Stade de France, qu’un Premier ministre avait voulu pour cette raison construire à Saint-Denis à deux pas de la Basilique, de l’autre la nouvelle France, pleine de rancœur et de revendications étrangères mues par la haine. Telle est la victoire de la stratégie de LFI.

 

P.M.