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Ntokozo Qwabe, étudiant boursier, veut couper Oxford de ses racines colonialistes européennes

Ntokozo Qwabe étudiant boursier couper Oxford racines colonialistes européennes

Manifestation pour réclamer que la statue de Cecil Rhodes au sein de l’université du Cap (Afrique du Sud) soit retirée.


 
« Eurocentrique », « biaisée », « source d’injustice » : l’étudiant sud-africain Ntokozo Qwabe n’a pas de mots assez durs pour l’université d’Oxford qu’il fréquente grâce à la prestigieuse et très mondialiste bourse « Cecil Rhodes Scholarship ». Le jeune activiste estime que lui et ses semblables y sont quotidiennement victimes d’un « racisme systémique, du patriarcat et d’autres oppressions ». Il voudrait voir Oxford coupée de ses racines européennes afin que les élites qu’elle forme pour le monde entier cessent de perpétuer cette « vision du monde ».
 
Ntokozo Qwabe s’est déjà fait connaître par une campagne pour le déboulonnage de la statue de Lord Cecil Rhodes sur le campus : « Rhodes Must Fall » (Rhodes doit tomber) qui a déjà conduit les autorités d’Oriel College à Oxford à accepter d’ôter la plaque sous le monument et à envisager d’enlever la statue elle-même. Cette campagne s’inscrit dans le cadre d’un activisme plus vaste, lancé en Afrique du Sud, visant à faire démanteler dans toutes les anciennes colonies britanniques les monuments en l’honneur de l’homme politique, fondateur de la fameuse De Beers et philanthrope qui créa et dota lui-même, par testament, la bourse pour Oxford qui porte son nom.
 

Oxford, foyer de racisme et d’oppression ? C’est l’avis du Sud-Africain Ntokozo Qwabe

 
Paradoxe : Rhodes visait les étudiants natifs des colonies, affirmant qu’« aucun étudiant ne doit être disqualifié pour l’obtention d’une bourse d’études en raison de sa race ou de ses opinions religieuses ». Franc-maçon depuis son propre passage à Oxford, il professe le relativisme propre à son idéologie. Et comme les révolutionnaires de 1789, il favorise en définitive les grands industriels dont il fait partie contre le peuple et son enracinement.
 
Ntokozo Qwabe, 24 ans, étudiant forcément brillant, a poussé plus loin la logique de l’anticolonialisme en accusant l’université d’Oxford de déformer ceux qu’elle façonne en les amenant à « reproduire l’injustice » à travers le monde, et de « pérenniser l’exclusion » dans ses recrutements.
 
Il a lancé sa campagne en réponse aux réactions négatives qu’avait suscitées la comparaison entre le drapeau français et la Swastika nazie. Dans le même mouvement, Qwabe rappelait que la faucille et le marteau de l’époque de Staline est un « symbole de violence, de terreur et de génocide pour beaucoup ». Mais il y a fort à parier que ce ne sont pas les horreurs de la Révolution française, ni le génocide des Vendéens, qui animent la pensée du jeune homme.
 
Il voit toute l’Europe comme coupable des injustices subies par l’ensemble du monde colonisé : le nazisme et le stalinisme, à cette aune, ne sont plus que des avatars d’une idéologie par nature perverse et raciste.
 

Couper Oxford de ses racines européennes pour en finir avec le colonialisme

 
Les critiques à l’égard de Qwabe n’ont pas manqué : on souligne ainsi que sa volonté de destruction des symboles du temps jadis est, somme toute, comparable à celle de l’Etat islamique rasant les ruines de Palmyre.
 
C’est une manière d’alimenter un « discours raciste », a-t-il rétorqué sur sa page Facebook. « La manière raciste et violente dont l’espace est configuré normalise et soutient l’existence du racisme systémique, du patriarcat & d’autres oppressions subies quotidiennement par les étudiants d’Oxford », écrit-il. L’architecture, raciste ? Oui sans doute, en ce qu’elle est médiévale, monumentale, chrétienne, centrée sur sa chapelle gothique…
 
L’université d’Oxford de 2015 a déjà bien rompu avec son histoire et ses racines chrétiennes, et elle a déjà lancé un chantier de remaniement de son programme en humanités et sciences sociales afin que son contenu soit plus conforme à la « diversité ». Un porte-parole a précisé : « Nous reconnaissons que nous devons faire davantage pour permettre à davantage d’étudiants issus d’un cadre d’exclusion, moins traditionnel, de venir à Oxford et nous y travaillons par l’action sur le terrain auprès d’eux. »
 
On n’est pas plus accommodant. Mais il a tenu à ajouter : « L’université se veut un lieu d’accueil où des personnes venues de tout le Royaume-Uni et du monde entier peuvent étudier et apprendre. Si quelqu’un a des problèmes spécifiques ou s’il y a des incidents spécifiques, il faut en parler et ils feront l’objet de l’attention qu’ils méritent. »
 

Un étudiant boursier fait campagne contre Cecil Rhodes et les « colonialistes »

 
En attendant, si Ntokozo Qwabe a la possibilité de décrier ainsi la prestigieuse université où il étudie grâce aux largesses d’un ancien colonisateur, et de dénoncer son « passé colonialiste » à la manière des Indigènes de la République en France, c’est bien parce qu’il a reçu en héritage une langue, un savoir, une science, des moyens que les Européens ont apportés aux peuples qui leur doivent leur développement.
 
Mais voilà déjà une remarque « incorrecte » du point de vue des pourfendeurs de la colonisation. C’est bien pour cela que Qwabe en demande encore davantage aux pays occidentaux : à eux d’apporter aux anciennes colonies non pas une « aide », dégradante à ses yeux, mais des « réparations » à coups de millions et de milliards pour tout le mal qu’ils leur ont fait.
 
Un peu comme la « justice climatique »…
 
Loin d’être marginal, le discours de Ntokozo Qwabe est parfaitement dans l’air du temps.
 

Anne Dolhein