L’avocat et conseiller d’Etat Arno Klarsfeld, interrogé sur le défi que forment les OQTF (obligations de quitter le territoire français) non appliquées depuis plusieurs décennies, a pris une position très nette : « Si on veut se débarrasser des OQTF, il faut organiser comme fait Trump avec l’ICE [la police américaine de l’immigration] des sortes de grandes rafles un peu partout, mais en organisant des grandes rafles, c’est-à-dire en essayant d’attraper le plus d’étrangers en situation irrégulière, on commet aussi des injustices. » Une opinion dont on pense ce qu’on veut, mais qui rappelle, à côté de la nécessité de la force, l’éventualité de l’injustice.
Or, elle a suscité une tempête de réprobation moralisatrice à gauche. Olivier Faure en particulier, chef du PS a lancé : « La loi du 24 juillet 1881 permettra de condamner sa provocation à la discrimination, la haine et la violence, mais aussi l’apologie du crime. » Pourquoi cette étrange sortie ? L’insoumise Mathilde Panot nous l’explique par la généalogie d‘Arno Klarsfeld, fils de Serge et Beate Klarsfeld, célèbres antinazis : « Arno Klarsfeld, descendant de personnes raflées et déportées, appelle en direct à la télévision à la rafle et à la capture d’étrangers présents sur le territoire français. Dans quel état de folie ce pays est-il en train de sombrer ? » Une question intéressante qu’Arno Klarsfeld lui a en quelque sorte retournée : « Sur le mot “rafle”, il suffit de se rapporter au dictionnaire et ce n’est pas la même chose d’arrêter des étrangers qui ont commis des crimes et de les renvoyer éventuellement chez eux que de s’emparer d’enfants juifs et de les envoyer à Auschwitz où ils seront gazés. »
En attendant, le Conseil d’Etat vient de mettre en route une procédure disciplinaire rare contre Klarsfeld pour « manquement à la déontologie », le vice-président Didier Roland Tabuteau ayant saisi à cet effet la commission supérieure ad hoc. Sans doute cet immigrationniste sans nuance impliqué dans la révolution arc-en-ciel reproche-t-il à Me Klarsfeld de n’avoir pas condamné Donald Trump sans réserve.











