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La panthéonisation de Simone Veil, « toujours animée par le souci des plus fragiles » (sic)

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Plusieurs paroles d’Emmanuel Macron, prononcés solennellement devant les cercueils de Jean et Simone Veil lors de leur panthéonisation dimanche, ont exaspéré ce qu’il reste de France attachée au respect de la vie : l’idée que « Cette décision fut celle de tous les Français », et l’assurance que les combats de celle qui a fait légaliser l’avortement en France étaient « toujours animés par le souci des plus fragiles ».
 
Sous un soleil de plomb et à l’heure de la messe dominicale, le président français peut-être le plus ouvertement adepte de la symbolique de la franc-maçonnerie de l’histoire des Républiques a enseigné aux citoyens ce qu’ils doivent penser. Oui, cette décision de panthéonisation de Simone Veil, « C’est intensément, tacitement, ce que toutes les Françaises et tous les Français souhaitaient ». Ils n’ont pas eu à le dire, ni à l’approuver, ni à le confirmer : ils l’ont forcément voulue, parce que la pensée unique fonctionne ainsi.
 
Il est vrai que la pression médiatique, l’unanimisme politique, symbolisée par la présence, dans les tribunes officielles, de Nicolas Sarkozy, de François Hollande et de Jean-Luc Mélenchon, ont largement créé et entretenu le mythe Simone Veil, de telle sorte que l’on entend jusqu’à des opposants de principe à l’avortement dire aujourd’hui que la loi Veil ne voulait s’appliquer qu’aux cas extrêmes, et qu’il serait bon de revenir à ce qu’elle était à ses débuts. Pas plus tard que le 29 juin, Loup Besmond de Senneville écrivait dans La Croix que « pour Simone Veil, l’avortement devait rester “une exception” », et qu’elle « voyait avant tout la légalisation de l’IVG comme une réponse à une situation d’urgence sanitaire ».
 

La panthéonisation de Simone Veil, couronnement de « sa » loi

 
Marine Le Pen, qui s’était déclarée contre la panthéonisation de Simone Veil, est d’ailleurs du même avis : il faut revenir à la loi de 1975 qu’il ne faut surtout pas remettre en cause. Il n’y a aucun homme politique actif d’envergure aujourd’hui en France pour oser dire le contraire, malgré l’étendue du massacre : 200.000 à 220.000 « interruptions volontaire de grossesse » par an depuis son entrée en vigueur, soit quelque 9 millions de petites vies détruites avec la bénédiction de la loi. Il y a eu des variations de nombre mais l’ordre de grandeur a toujours été le même, depuis le début.
 
Antoine Veil, fils de Simone, déclarait en novembre dernier à la revue jésuite Etudes : « Je pense qu’elle était circonspecte face à certaines évolutions, sans avoir des éléments tangibles pour l’affirmer. Je crois qu’elle redoutait toute forme d’instrumentalisation de ses propos. Aussi, elle a fait le choix de se taire. »
 
Le silence est complice, quelle que soit la réalité qu’il couvre : on le sait depuis Pie XII, vilipendé, voué à l’opprobre pour n’avoir pas parlé haut et fort contre la Shoah. Moyennant quoi il a contribué à sauver d’innombrables juifs. Mais c’est une détestation à sens unique. Simone Veil pouvait se taire, sans susciter la condamnation publique, face à cet autre holocauste alors même que sa propre loi l’avait rendu possible – était-ce par peur de donner raison aux défenseurs de toute vie humaine, toujours animés par le souci des plus fragiles ?
 
Devant le Panthéon, un chœur d’enfants a chanté pour la grande dame de l’IVG…
 

Simone Veil, « animée du souci des plus fragiles » ? Quelle inversion !

 
Faut-il réduire Simone Veil à sa loi sur l’avortement ? Devant le Panthéon, Emmanuel Macron a davantage parlé de son passé de déportée et de son engagement au service de l’Europe (et même du fait que dans le « noble combat des droits humains », elle « savait… que la moitié de l’humanité continuait obstinément d’être oubliée : les femmes »), que de « l’interruption volontaire de grossesse », à laquelle son nom est inextricablement lié.
 
Mais gageons que si Simone Veil avait « seulement » survécu à l’horreur des camps d’extermination nazie, si elle avait seulement été la promotrice de l’unification européenne, elle n’aurait pas été connue du grand public, elle n’aurait pas bénéficié de la multiplication des hommages de la République. Pour entrer au Panthéon, la « renommée » est une condition nécessaire. Celle de Simone Veil a une origine bien précise.
 
Macron, l’homme qui ne veut pas être père, l’homme qui a choisi une union stérile a salué chez Mme Veil la combattante pour la « justice »… Justice « pour les femmes meurtries dans leur chair, dans leur âme, par les faiseuses d’anges, pour les femmes qui devaient cacher leur détresse ou la honte, et qu’elle arracha à leur souffrance en portant avec une force admirable le projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse, à la demande du président Valéry Giscard d’Estaing et avec le soutien du Premier ministre Jacques Chirac ».
 
Des femmes « meurtries dans leur âme » par l’avortement ? Oui, mais ce n’est pas ainsi que l’entend le Président : il les voit « meurtries » parce que jugées coupables, et par Simone Veil il les voit justifiées, vengées peut-être, parce qu’aujourd’hui le meurtre des tout-petits n’est plus considéré comme un mal, n’est plus puni. Le mal est devenu « bien » et au bout du compte le mal est même devenu un droit, c’est cela que dit la panthéonisation de Simone Veil.
 

La panthéonisation de Simone Veil, événement cohérent

 
Nous n’irons pas jusqu’à dire que cette entrée de Simone Veil au Panthéon est un scandale. Elle est entrée, dans ce monument érigé « aux grands hommes » par « la patrie reconnaissante », dans un lieu qui lui convient. Sa présence aux côtés de Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, l’abbé Grégoire et surtout Lazare Carnot est tout simplement dans l’ordre des choses. Les premiers, théoriciens de la matrice de toutes les Révolutions et en tant que tels, de tous les génocides contemporains, ont préparé la voie du relativisme politique et judiciaire, avec sa négation de l’antique loi naturelle qui s’impose à tous. L’abbé Grégoire mit en œuvre l’anti-catholicisme de la Révolution en participant à l’élaboration de la constitution civile du clergé, avant de prendre la tête de l’Eglise constitutionnelle de France et d’assister à la persécution sanglante des prêtres réfractaires.
 
Mais c’est surtout Lazare Carnot qui est passé à l’histoire comme ayant personnellement signé et approuvé les ordres précis du Comité de salut public à propos de la « race impure » des Vendéens qui « menaçaient » la République. « Exterminez. » « Exterminez les brigands »… Ce sont les « petits papiers » mis au jour par Reynald Secher, tous ces ordres qui avaient force de loi et qui autorisaient, qui organisaient, qui imposaient un autre massacre légal des innocents. Un génocide que la République ne veut pas reconnaître, pas plus que celui des enfants à naître.
 
Depuis dimanche, Simone Veil repose parmi les siens.
 

Jeanne Smits