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Les papes et la franc-maçonnerie – Une opposition séculaire : Angela Pellicciari

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L’ouvrage d’Angela Pellicciari n’est pas une énième condamnation de vieilles hérésies complotistes sans retentissement dans le monde d’aujourd’hui. Les papes et la franc-maçonnerie – Une opposition séculaire donne un message que les catholiques – et les autres – doivent ré-entendre, parce qu’assourdi par le brouhaha moderne : la franc-maçonnerie et toutes les sectes et sociétés secrètes qui lui sont affiliées, sont rigoureusement incompatibles avec la doctrine de l’Église. Si l’enseignement des papes a été aussi constant et répétitif, c’est bien qu’il y a, comme l’écrit l’auteur, « dès l’origine, la prescience d’un grand danger, la conviction de l’adversaire en tant que tel ».
 
En 2017, on « fêtait » le 300ème anniversaire de la fondation de la franc-maçonnerie avec la création de la première Grande Loge, à Londres, un certain 24 juin 1717. Moins d’une génération plus tard, Clément XII publiait à son encontre la bulle pontificale In eminenti, le début d’une longue et fondamentale inimité – qu’on tente aujourd’hui de relativiser, voire d’annuler.
 

L’italienne Angela Pellicciari

 
C’est au magistère pontifical et à lui, en premier lieu, que se tient Angela Pellicciari. Elle reprend chaque pape, et citant le contexte, explicitant les acteurs ou les événements, intercale ses citations les plus révélatrices et donne de précieuses notes. La fin de l’ouvrage est consacrée à la reprise in extenso des encycliques et bulles pontificales emblématiques – sans oublier les Constitutions des Francs-Maçons, le fameux texte rédigé en 1723 par le pasteur presbytérien James Anderson.
 
Ses sources sont celles d’historiens maçons comme Guiseppe La Farina au XVIIIe siècle ou Adam Weishaupt, le fondateur des Illuminés de Bavière. Mais aussi d’historiens jésuites, de cet Ordre qui fut le plus grand ennemi des maçons aux XVIIIe et XIXe siècles. Ou de ces témoins religieux, comme l’abbé Lefranc martyrisé lors des massacres de Septembre pendant la Révolution, ou encore Mgr Daniel Comboni, au XIXe siècle, qui, de passage à Paris, fut amené au chevet d’un franc-maçon pour l’entendre en confession quelques instants avant d’être mis à mort, parce qu’il avait refusé d’assassiner un vénérable Prélat…
 
Tout éclaire la naissance et la croissance de cet « État invisible » comme l’appelait Léon XIII, qui s’est toujours défié de faire de la politique, tout en plaçant ses hommes, de manière systématique, aux rangs les plus hauts ou les plus influents. Si hier, elle opérait dans le secret, la franc-maçonnerie travaille aujourd’hui (en partie) au grand jour, dressant très haut d’humanistes idéaux, dans la « bienfaisance » la plus affichée, « sous les dehors affectés d’une probité naturelle » (Clément XII), se concentrant surtout sur les questions de société, sur ce qui reste, très précisément, de la chrétienté – St Maximilien Kolbe parlait de la conquête de l’Église catholique « par la corruption morale ».
 

Les papes et la franc-maçonnerie – Une opposition séculaire

 
Il est frappant de voir le lien entre les époques les plus troublées, politiquement parlant, pour la papauté et l’activité de ces sociétés secrètes en pleine effervescence. Angela Pellicciari s’attarde tout particulièrement sur le Risorgimento, cet épisode de l’unification italienne qui en vingt ans, jusqu’à la date de la prise de Rome, le 20 septembre 1870, fit disparaître l’État de l’Église. « La réforme morale du peuple italien », comme le souhaitait le Grand Orient d’Italie en 1861, pouvait commencer – le Grand Maître Adriano Lemmi parlera du « plus mémorable événement de l’histoire du monde ».
 
Quant à la Révolution française, il n’est point besoin de s’étendre. La franc-maçonnerie a partie liée avec la République depuis ses origines. Napoléon contribua à asseoir son œuvre : Angela Pellicciari évoque la fuite de Pie VI, ainsi que sa mort à Valence, prisonnier du Directoire… Et la très anti-cléricale IIIe République de Jules Ferry, qui fut un disciple exemplaire. Est cité en préface, ce mot hautement révélateur de Hollande, en janvier 2012 : « Si l’on croit, comme c’est mon cas, dans la République, à un moment il faut passer par la franc maçonnerie ».
 

Pour écraser le christianisme, il faut n’être plus un adversaire

 
Humanum genus en 1884, Inimica Vis en 1892… Qu’ils aient été intransigeants ou plus modérés, doctrinaires ou sensibles à la diplomatie internationale, tous les papes opérèrent une condamnation de la franc-maçonnerie en tant que telle et de ses multiples filles. Certains en ont fait l’objet de bulles pontificales précises. D’autres ont posé des actes significatifs comme la condamnation de l’Encyclopédie par Clément XIII ou l’emprisonnement à vie par Pie VI du comte Cagliostro, maçon ayant concouru à la célèbre affaire du Collier.
 
« Laissez-nous dénoncer la franc-maçonnerie comme une ennemie de Dieu, de l’Église, et de notre patrie », écrit Léon XIII !
 
En 1917, l’excommunication dans le cas de l’appartenance à la franc-maçonnerie ou à d’autres associations de même acabit, a été inscrite dans le Code de droit canonique. Et si le nouveau Code promulgué en 1983 par Jean Paul II n’en faisait pas rappel, le cardinal Ratzinger réitéra cette fondamentale incompatibilité, sous la demande expresse du Saint Siège, en 1985.
 
Cette condamnation répétée est essentielle, non seulement parce que cette doctrine s’oppose fondamentalement aux enseignements de l’Église, mais parce qu’elle tend à faire croire le contraire (la plus grande ruse du démon…), cherchant depuis l’origine à rendre licite la double appartenance à l’Ordre maçon et à l’Église.
 

« Elles [les sociétés secrètes] ne peuvent s’accorder avec les lois civiles et canoniques » Grand Maître Adriano Lemmi

 
L’avantage est double : infiltrer l’Église, pervertir pasteurs et fidèles, et prétendre à l’universalité que le catholicisme n’a jamais cessé de représenter.
 
« Que le Clergé marche sous votre étendard en croyant toujours marcher sous la bannière des clefs apostoliques », stipulait déjà l’Instruction permanente, écrite en 1819 par les Carbonari. Pie VI parlera le premier de cette plaie du clergé maçonnique, en évoquant cet « ennemi du genre humain » qui met « tout en œuvre afin que la peste du mal qui progresse soit cachée dans la hiérarchie religieuse du siècle ».
 
En 1978, l’Osservatore Politico, journal d’investigation basé à Rome, révéla que 121 cardinaux, archevêques, évêques et autres prélats de l’Église catholique étaient des membres enregistrés des loges maçonniques. Angela Pellicciari rappelle le cas emblématique « Esposito », ce prêtre érudit chargé au début des années1970 par le cardinal Joseph Ratzinger de travailler sur les rapports avec la franc-maçonnerie : il fit œuvre précise, mais peut-être tellement précise qu’il finit par s’y convertir… et fut incorporé à la Grande Loge d’Italie.
 
Quant aux désirs d’universalité de la franc-maçonnerie et des multiples communautés qui lui sont associées, c’est l’idée même du globalisme et du mondialisme modernes. Par-devant, on affiche les grands mots : liberté, tolérance, justice, progrès pour tous, des raisons toujours supérieures à celles des individus, des nations et des religions. Déjà, au XVIIIe, on rêvait d’« un parlement universel », nous dit l’historien Bernard Fay. Les Constitutions évoquent une « religion universelle ». Et aujourd’hui, la franc-maçonnerie n’a jamais tant voulu dégager « une morale universelle », via en particulier le respect des minorités.
 
Peu importe si derrière ces idéaux elle tait ses propres contradictions, elle qui assujettit à l’obéissance totale en prétendant libérer de l’esclavage, tue la liberté religieuse en imposant la liberté de conscience, nous vole la Vérité en absolutisant le relativisme.
 
La franc-maçonnerie déclare n’être contre personne ? Elle travaille en réalité toujours et plus que jamais contre son unique ennemi : l’Église.
 
Clémentine Jallais