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Pologne – Nouveau mandat d’arrêt européen pour crimes contre l’humanité visant Stefan Michnik, juge stalinien réfugié en Suède

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Un nouveau mandat d’arrêt européen vient d’être émis par la Pologne contre Stefan Michnik, ce juge qui participa aux atrocités de Staline. En 2010, le tribunal d’Uppsala, en Suède, avait refusé livrer à la Pologne ce juge militaire stalinien réfugié sur son sol, au motif que ses crimes étaient prescrits. Le nouveau mandat fait suite à une requête du procureur de l’Institut de la mémoire nationale (IPN) polonais, chargé d’engager les poursuites pour les crimes commis sous l’occupation nazie et sous le communisme. Les crimes dont il est accusé correspondent à des sentences qu’il a prononcées après la Deuxième guerre mondiale, en tant que juge militaire, contre des officiers et sous-officiers de la résistance polonaise mais également contre des officiers ayant rejoint l’armée communiste, mais victimes de purges.
 

La Suède a déjà rejeté un mandat d’arrêt européen contre Stefan Michnik, estimant que ses crimes étaient prescrits

 
Stefan Michnik, né en 1929, a à son compte plusieurs condamnations à mort exécutées et plusieurs condamnations à de longues peines de prison, parmi lesquelles certaines se sont soldées par la mort du condamné en raison des mauvais traitements subis. Les peines prononcées par les tribunaux militaires dont faisait partie Stefan Michnik, devenu capitaine à l’âge de 27 en raison de ses bons et loyaux services en faveur de la dictature communiste, l’ont été en violation y compris des lois communistes. C’est pourquoi, au moment de la déstalinisation en 1956-57, le capitaine Stefan Michnik fut dégradé et délégué à des tribunaux de second ordre, avant de rejoindre le civil. Né de parents communistes juifs, il quitta la Pologne au moment de la campagne antisémite lancée par le pouvoir communiste en 1968-69 et trouva refuge en Suède dont il devint citoyen en 1977.
 
Devant la Commission d’enquête sur les crimes staliniens mises en place fin 1956, après la mort du dictateur Bolesław Bierut, le capitaine Stefan Michnik déclara : « On nous a utilisé nous, jeunes juges, pour examiner ces affaires, parce qu’il était facile de nous adapter au système, de nous utiliser comme instruments inconscients de la terreur contre des innocents. Nous étions alors impressionnés par le mot d’ordre de la lutte des classes qui s’intensifiait, et il serait mensonger de dire que nous examinions ces affaires sans enthousiasme. »
 

Pas besoin de diplômes pour condamner les opposants à mort dans la Pologne communiste d’après-guerre

 
Stefan Michnik n’avait pas les diplômes normalement requis pour être juge, mais son engagement dans la « lutte des classes » était exemplaire. Avant de devenir juge militaire, il était informateur du renseignement militaire (Informacja Wojskowa, IW), un des services de répression les plus brutaux de la Pologne communiste d’après-guerre, créé en 1943 en URSS et dirigé directement par les Soviétiques.
 
D’après les médias polonais, il est improbable que les autorités suédoises acceptent cette fois de le livrer. D’une manière générale, les pays d’Europe occidentale refusent de reconnaître comme crimes contre l’humanité les crimes commis au nom des dictatures communistes. Si Stefan Michnik venait toutefois à quitter la Suède pour un autre pays, il pourrait être arrêté et livré à la justice polonaise en vertu du mandat d’arrêt européen émis à son encontre.
 
Au cours des années 1970, le communiste stalinien Stefan Michnik collaborait depuis la Suède, sous le pseudonyme de Karol Szwedowicz, avec Radio Free Europe et avec le mensuel littéraire polonais Kultura publié à Paris.
 

Le juge communiste stalinien Stefan Michnik et le journaliste gaucho-libertaire Adam Michnik, son demi-frère

 
En France, c’est le demi-frère de Stefan Michnik, Adam Michnik, né en 1946, qui est plus connu. Né de la même mère mais d’un autre père juif communiste, Adam Michnik a été au premier rang de la contestation étudiante de 1968 contre le régime communiste, qui a donné le prétexte à la campagne antisémite destinée à remplacer les élites communistes imposées par Moscou après la guerre. Dans la Pologne post-communiste, Adam Michnik est devenu le rédacteur en chef de Gazeta Wyborcza, le journal de la gauche libérale-libertaire polonaise associé au Monde dans le cadre du partenariat « Europa ». Sous le communisme, Adam Michnik était partisan d’un socialisme à visage humain. Pour en savoir plus sur l’évolution d’Adam Michnik du communisme au libéralisme libertaire de la génération 68 en passant par le socialisme à visage humain, voir son portrait sur le site de l’Observatoire du Journalisme.
 

Olivier Bault

Correspondant à Varsovie