Le Billet : Préhistoire et parité : Nos grand-mères chasseuses-cueilleuses ?

Préhistoire Parité Grands-Mères Chasseuses-Cueilleuses
Emmanuel Benner, L’homme préhistorique chasse l’ours, 1892


Doit-on oublier l’image d’Epinal de l’homme préhistorique qui part chasser le mammouth pendant que la femme garde le feu, les enfants et la nourriture qui cuit ? Et nos grands-mères vêtues de peaux de bêtes avaient-elles gagné celles-ci à la force du poignet, en valeureuses chasseuses-cueilleuses ? C’est ce que prétend démontrer le docteur Cara Ocobock, directrice du laboratoire d’énergie humaine à l’Université Notre-Dame, dans l’Indiana, très à cheval sur la parité.

 

Parité ? Non, nos grands-mères étaient supérieures !

Selon elle, les femmes auraient été meilleures à la chasse que leurs homologues masculins, car celle-ci demandait d’abord une très longue poursuite de l’animal, et que leur métabolisme les prédispose à plus d’endurance. Ce serait une affaire d’hormones. Ce seraient les œstrogènes qui leur auraient donné cet avantage physique, ces hormones sont « réellement le héros inconnu » de l’affaire, en régulant mieux l’usage des réserves d’énergie et retardant la fatigue. Une étude parue dans American Anthropologist affirme que les femmes auraient aussi un avantage physiologique : des pas plus longs, probablement dus à un mécanisme d’adaptation à la mise au monde d’enfants. Mme Obocock explique : « Plus longs sont les pas, plus ils sont économiques du point de vue métabolique, et plus loin, et plus vite, vous pouvez aller. »

 

Les chasseuses-cueilleuses, des marathoniennes naturelles

Et d’ajouter que les femmes ont un squelette de marathonien, alors que les hommes sont faits pour porter du poids. Une autre étude d’American Anthropologist confirme sa thèse à ses yeux : certains os (tête, poitrine) porteraient des marques de blessures reçues à la chasse, en même quantité que chez les hommes. Pour Mme Obocock, il s’agit de rectifier l’histoire, et d’apprendre au public à se débarrasser des « idées d’infériorité physique des femmes ». Il s’agit donc d’un travail plus politique que scientifique. Plusieurs questions se posent en effet à propos de ces « études ».

 

La préhistoire, terre d’élection de l’idéologie

Quel est le critère certain pour décider qu’une marque sur un os vient d’une blessure de chasse ? Combien d’os ont-ils été examinés, combien en faut-il pour que les conclusions soient statistiquement établies ? Et quant aux plus grands pas et à l’effet des œstrogènes, comment se fait-il que ces avantages concurrentiels ne se soient pas maintenus chez la femme moderne, moins bonne marathonienne que l’homme aujourd’hui ? La sacro-sainte Evolution serait-elle une régression, chez les femmes ? Il semble que les « études » agitées dans cette controverse aient beaucoup plus à voir avec des revendications sociologiques actuelles qu’avec la science. La préhistoire est un terrain de chasse particulièrement giboyeux pour les conjectures idéologiques : à beau mentir qui vient de l’inconnu !

 

Pauline Mille