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Le projet REDD+ de lutte contre le changement climatique de l’ONU menace un écosystème local en Ethiopie

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Une étude universitaire réalisée par une équipe de l’université de Stockholm aboutit à cette conclusion pleine d’ironie : un projet de lutte contre le changement climatique mis en œuvre par l’ONU en Ethiopie risque d’avoir des conséquences néfastes pour la résilience d’un écosystème local dans le sud du pays. Mieux, ce projet de lutte contre la déforestation menace la biodiversité et risque d’entraîner la disparition de plantes alpines uniques dans la région. Le programme en question s’inscrit dans le cadre du plan transnational REDD+ de conservation des forêts.
 
L’acronyme anglais dit tout : Reducing emissions from deforestation and forest degradation est une initiative globale de l’ONU qui vise à lutter contre le « réchauffement climatique » qui serait notamment induit par la libération de gaz à effet de serre du fait de la dégradation, de la destruction et de la fragmentation des forêts. Elle vise la conservation et à l’expansion de ces dernières.
 

Le projet REDD+ : des effets néfastes en Ethiopie du Sud

 
C’est notamment dans le « Sud global » que le programme REDD+ est largement appliqué : en Ethiopie méridionale, le projet onusien frappe en particulier les landes au-dessus de la limite forestière que les autochtones ont l’habitude de brûler afin d’améliorer les pâtures pour leurs besoins d’élevage. Cette pratique est dans le collimateur des autorités du programme REDD+ et qui tentent actuellement de l’interdire au prétexte d’augmenter les zones boisées capables de « piéger » le carbone.
 
L’étude menée par l’université de Stockholm vient de montrer que cette pratique ancestrale a des effets très bénéfiques pour la biodiversité, préservant l’habitat d’espèces végétales que l’on ne trouve nulle part ailleurs.
 
« Ces espèces vivent à des altitudes élevées dans les montagnes de l’Ethiopie du Sud, beaucoup d’entre elles sont endémiques dans la région », explique Maria Johansson du département de l’écologie, de l’environnement et de la science des plantes de l’université de Stockholm. « Le brûlis des pâturages se pratique ici depuis 2000 ans au moins : il a créé des paysages en mosaïque comportant des ensembles de bruyères des bois d’âges différents. Ces ensembles abritent des communautés de plantes diverses : les plus jeunes possèdent davantage d’espèces alpines. Si les brûlis devaient cesser, les bruyères se transformeraient en forêt et les espèces alpines disparaîtraient. »
 

La lutte contre changement climatique pilotée par l’ONU menace un écosystème local en Afrique

 
Actuellement, le fait de brûler la végétation est illégal en Ethiopie, comme il l’a été dans de nombreux endroits avant qu’on ne comprenne son importance pour la biodiversité : ailleurs, on a réintroduit le brûlis délibéré. Selon l’étude de l’université de Stockholm, l’étude confirme l’expérience tirée des landes européennes et d’autres projets REDD+ dans les tropiques : la production de bois et la séquestration du carbone mises en place nom de l’écologie compromettent bien souvent d’autres services essentiels comme la biodiversité et le gagne-pain des habitants locaux. « L’augmentation de la couverture forestière est loin de toujours favoriser les sociétés et les écosystèmes locaux », précise le communiqué de l’université.
 
Celle-ci recommande le maintien de la gestion traditionnelle de ces territoires en la régulant, et ce « pour protéger les espèces mais aussi pour protéger les moyens de subsistance » à l’échelle locale. Le communiqué rappelle en outre que le brûlis des pâturages protège ces zones de dangereux feu de brousse dans la mesure où les ensembles de bruyère des bois plus jeunes restent ininflammables pendant plusieurs années, ce qui permet de contenir l’extension de ces incendies.
 

Anne Dolhein