Les librairies indépendantes sont une excellente chose. Elles participent à la variété de l’offre des livres, et un bon libraire est un conseiller précieux pour qui n’a pas le temps de trier des publications toujours plus nombreuses. Amazon, les grandes surfaces et les points Relay, c’est bien, mais on a besoin d’autre chose. Hélas, certains libraires glissent du conseil à la censure. François Bousquet, patron de la Nouvelle librairie, vient de publier Blanc cassé, de Bruno Gaia, où cet enseignant décrit l’enfer qu’il a connu pendant plus de quinze ans dans des collèges de ZEP. C’est un témoignage parmi d’autres, mais pas d’extrême gauche ni admiratif de toutes les conséquences du vivre ensemble. Et c’est là que le bât blesse : plusieurs libraires ont refusé de le commander pour des clients qui le leur demandaient. Entendons-nous bien. Un libraire, comme n’importe quel commerçant, est libre de choisir ce qu’il promeut et met en vitrine ou sur ses étagères. Beaucoup de bouchers aujourd’hui ne vendent plus d’abats. Mais si on commande au sien un cœur de veau pour la semaine prochaine, il ne va pas vous répondre : pas question, le cœur de veau c’est pas bien ! Ces libraires exercent donc une censure de fait (et ils se plaindront ensuite qu’on se serve chez Amazon !). Ils se prennent, comme l’audiovisuel public, pour les détenteurs légitimes du jugement politique et moral. On ne leur demande que de vendre de bons livres.











