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Robots Kiva : Amazon Robotics automatise tout – encore des hommes mais seulement « à court terme »


 
Amazon n’est pas qu’une machine de guerre, mastodonte du commerce mondial sur le Web qui a franchi en septembre dernier la barre des 1000 milliards de dollars en Bourse… L’ex petit libraire en ligne devient une machine tout court, ou plutôt un gigantesque consortium de machines, de robots, d’IA. Sa technologie Amazon Robotics équipe dorénavant 25 de ses entrepôts contre 140 dans le monde – une flotte de 100 000 appareils dont les célèbres robots Kiva « achetés » en 2012.
 
La technologie devient le bras armé de la productivité pour écraser la concurrence – et nous n’en sommes qu’au début. Alors, bien sûr il reste encore des hommes, parce qu’Amazon créant encore des sites physiques, crée de nouveaux emplois. Mais jusqu’à quand ? L’entreprise elle-même a répondu à un site d’information en ligne que c’était « à court terme ».
 

Plein de petits robots Kiva – et moins d’hommes

 
Le premier entrepôt automatisé d’Amazon en France doit ouvrir dans les prochains mois à Brétigny-sur-Orge. Conçu sur le même modèle que celui de Dunstable, près de Londres, il devra compter quelque 3 000 robots, parmi lesquels les Kiva, ces robots roulants rectangulaires plats et oranges chargés de soulever les étagères de produits et de les apporter aux préparateurs de commandes.
 
Il faut savoir que la firme a racheté Kiva Systems, une société du Massachusetts, en 2012 pour 775 millions de dollars. Et que lorsque les contrats que Kiva avait établis avec d’autres entreprises comme The Gap, Walgreens, Staples ou encore Office Depot sont arrivés à expiration, Amazon s’est bien gardé de les renouveler. La rentabilité de l’entreprise n’était pas son objectif, mais sa technologie, en revanche, avait toute sa convoitise !
 
Kiva Systems fut ainsi rebaptisée Amazon Robotics.
 

Automatiser ses centres de distribution pour augmenter la productivité

 
Signe que la survie commerciale en ce début de XXI e siècle en est bien dépendante, le juteux distributeur américain Kroger a aussi voulu s’offrir en exclusivité, sur les États-Unis, une technologie robotique efficace et gagnante. Il a choisi la technologie du supermarché britannique en ligne Ocado pour automatiser ses préparations de commandes d’e-commerce. Son objectif : équiper une vingtaine d’entrepôts sous trois ans. Si l’on ne connaît pas le montant de l’accord, on peut se douter des incidences financières d’une telle exclusivité – Kroger a quand même réalisé, pour 2017, un chiffre d’affaires de 122 milliards de dollars.
 
Mais Ocado partage sa technologie avec d’autres : il a signé cet été, en France, avec Monoprix pour installer la première plate-forme OSP (Ocado Smart Platform), le premier entrepôt automatisé à Fleury-Merogis.
 
L’automatisation arrive à un degré sans précédent. Et elle ne coûte presque plus à l’acheteur. Amazon, comme Ocado, rêvent à la prochaine étape : des modules de livraison qui achemineraient la commande du client du centre vers son domicile ou son bureau, où un code lui permettrait de l’ouvrir. Moins de pollution par un nombre restreint de camions, promettent-ils !
 
Plus fou encore : Amazon, tout comme son concurrent Walmart, rêvent à d’immenses entrepôts-dirigeables flottants, armés de drones tout prêts à livrer du dentifrice ou le dernier jeu vidéo à la mode. Le « cloud » – mais en version dure.
 

Une question de survie commerciale – ou une course de domination économique

 
Déjà, aujourd’hui, comme le notait The NewAmerican dans plus de cent centres de distribution ou « centres d’exécution » massifs, des centaines de milliers de robots Kiva effectuent le travail que les humains effectuaient il y a quelques années à peine. Il suffit de voir les vidéos de ces grands centres de distribution comme le dernier du Maryland, près de Baltimore, qui couvre près de huit hectares…
 
Une combinaison hallucinante de bandes glissantes, d’échelles, de rouleaux dans lesquels passent les commandes de clients. Les robots Kiva sont informés par IA du lieu où se trouve le produit demandé. Il se glisse sous l’étagère et l’apporte à un salarié (et un humain, un !) qui récupère le produit, l’emballe et l’étiquette avant qu’il ne soit posté.
 
Chaque centre de distribution peut traiter jusqu’à un million de commandes de clients toutes les 24 heures, avec à peine un humain à l’horizon. Chaque salarié économise ainsi environ 16 kilomètres de marche chaque jour. Et surtout (le premier argument est pour la vitrine) l’entreprise récupère des millions de dollars en productivité – on estime que ses coûts d’exécution ont été réduits de 20 %. Selon la Deutsche Bank, Amazon pourrait économiser 22 millions de dollars par an à chaque fois qu’elle introduit ses robots dans l’un de ses entrepôts.
 

« L’arrivée de ces robots n’aura pas d’incidence sur l’emploi à court terme » (Amazon)

 
Alors il reste encore des humains. Mieux, Amazon se défend de générer chaque année de nouveaux emplois, ce qui est une réalité… Actuellement, elle emploie 575 000 personnes, contre 340 000 il y a un an : chaque nouveau centre de traitement de commandes réclame de nouveaux salariés et elle le construit, pour ce faire, près des centres à forte de densité de population pour attirer la main d’œuvre.
 
La firme a même déclaré que depuis l’introduction de ces robots dans ses entrepôts, la société américaine a vu ses effectifs augmenter de 40 000 à 65 000 personnes en Europe. Seulement, un calcul équitable mettrait en valeur la baisse mondiale du nombre d’employés par entrepôt…
 
Et puis quand la concurrence sera écrasée et la robotisation étendue, il en sera sans doute autrement. La productivité en jeu est d’ores et déjà trop considérable. Au journaldugeek.com, la firme avait assuré, en mars dernier, que « l’arrivée de ces robots n’aura pas d’incidence sur l’emploi à court terme ». C’est ça – à court terme.
 
Clémentine Jallais