Foot féminin : Guy Roux condamné par le tribunal des médias

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Vous vous souvenez de Guy Roux, l’entraîneur indéboulonnable de l’AJ Auxerre durant ses grandes heures, pilier du foot français, Bourguignon madré, sentencieux, caricaturé avec bienveillance pendant des années par les Guignols de l’info – c’était avant, du temps de Jacques Chirac. L’Est éclair s’est souvenu de lui et lui a demandé son avis sur le foot d‘aujourd’hui, notamment féminin. Après un début prudent (« On ne peut empêcher le monde d’évoluer »), il a laissé parler ses évidences de technicien : « Les hommes et les femmes ne sont pas faits de la même façon, pas avec les mêmes tissus. (…) Une femme est faite pour mettre des enfants au monde, avec un bassin plus large. Et le foot n’est pas fait pour les bassins larges. Les meilleures joueuses de foot sont taillées comme les garçons. » Tous les médias réunis en tribunal apparemment spontané ont immédiatement condamné son « sexisme ». Sans brutalité, mais pour bien faire comprendre à ce dinosaure que le monde d’avant doit être rejeté dans les poubelles de l’histoire.

 

Le tribunal des médias unanime a condamné Guy Roux

Ouest-France titre : « Les nouveaux propos sexistes de Guy Roux. » Le Dauphiné libéré : dérapage sexiste de Guy Roux, comme La Voix du Nord. BFM-RMC Sport précise : le nouveau dérapage sexiste de Guy Roux sur le foot féminin. Le Figaro, plus bourgeois, préfère parler de ses « propos tendancieux » mais vend la même soupe. Dans leurs papiers respectifs, tous ces journaux reprennent exactement les mêmes éléments d’« information », tirés de la même source, l’AFP. Et pour étayer sa condamnation, ce tribunal, qui n’a donc rien de spontané, reprend un précédent. Un match de foot avait été organisé en l’honneur de l’ancien d’Auxerre Djibril Cissé pour son jubilé. Le rythme des vétérans sur le terrain étant un peu lent, Guy Roux interviewé avait jeté : « Vous voulez que je vous fasse une comparaison audacieuse ? On dirait un match de football féminin. »

 

Lingerie et foot féminin : la repentance de Bravo

Enfin, pour gonfler son dossier concernant les graves dérapages récents à propos du foot féminin, le tribunal cite aussi le cas du commentateur Daniel Bravo, de BeIn Sport, qui, lors d’un match Paris-OM il y a quelques jours, a repéré dans la tribune Gaëtane Thiney, ancienne internationale française et lancé à son propos : « Elle n’est pas très attentive, ça doit parler lingerie… » Le malheureux contrevenant a été suspendu par la chaîne, avec « effet immédiat ». Il a immédiatement présenté ses excuses à la joueuse et « aux femmes » en général, expliquant au quotidien L’Equipe : « Je ne me reconnais pas dans ce que j’ai dit. Mes enfants me disent : Mais qu’est-ce qui t’a pris ? On ne t’a jamais entendu dire une chose pareille… Ce sont des mots que je n’aurais pas dû prononcer. » Il va revenir à l’antenne après cette « terrible erreur », car, heureusement, il l’a reconnue. Etonnant, comme une plaisanterie pas très fine mais anodine peut mener à une telle contrition : à quand la haire et le cilice ? La procession des flagellants à Séville ? Mais cette comparaison est inappropriée : la repentance du coupable ressemble beaucoup plus à l’autocritique soviétique qu’au repentir chrétien.

 

A-t-on le droit de s’ennuyer à un match de foot féminin ?

Quant à Guy Roux, ce n’est pas trop son genre. Il a dit ce qu’il avait à dire. Il a « beaucoup de respect pour ces jeunes femmes qui pratiquent leur sport favori », à savoir le foot féminin. « Mais si vous (lui) demandez si les rencontres féminines sont spectaculaires, (il) vous renvoie aux matches de D1 qui se disputent devant 800 spectateurs. » Et l’explication de la chose est physique, comme il l’a résumé. A vrai dire, aucun des juges du tribunal médiatique qui l’a condamné ne réfute son argumentation. Ni les internautes-procureurs : « Son avis sur le foot féminin ? Franchement on s’en f…t. » Ni les avocats de la défense sur Internet, pour qui Guy Roux est d’« une autre époque » et appartient au « patrimoine français ». En somme, ni pour les uns ni pour les autres, on n’a le droit de s’ennuyer devant un match de foot féminin, ni de penser que le bassin des femmes facilite l’enfantement. Je dois être anormale. Cette intolérance tranquille, générale, reçue, est caractéristique de la révolution morale en cours. Guy Roux s’en remettra avec un verre de ratafia, mais la chape du totalitarisme minuscule et ridicule s’appesantit chaque jour un peu plus sur l’ensemble de la société, même quand elle se proclame apolitique.

 

Pauline Mille