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Un Saoudien nommé à la tête d’un panel d’experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU

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Ni plaisanterie de mauvais goût, ni ironie involontaire : l’ONU a nommé un Saoudien, Faisal bin Hassan Trad à la tête d’un panel d’experts indépendants : le conseil consultatif du Conseil des droits de l’homme, un organe d’évaluation et de conseil intergouvernemental qui regroupe les représentants de 47 pays au service du Haut-commissariat aux droits de l’homme. Hassan Trad a été élu à la tête du groupe régional chargé de l’Asie et des Etats du Pacifique où de fait, les atteintes aux « droits de l’homme » ne manquent pas. Mais l’hôpital pourra désormais se moquer de la charité depuis le haut du podium, si l’on peut dire : quelle que soit la manière dont on envisage les droits de l’homme, l’Arabie Saoudite, avec sa stricte application de la charia, est championne de leur violation.
 
L’arrivée de ce Saoudien à la tête d’un panel de tout premier plan qui se charge d’aider les organes du Haut-commissariat à imposer son idéologie partout dans le monde et vérifiant la conformité des législations et des pratiques nationales avec la Convention des droits de l’homme de l’ONU n’est pas vraiment un paradoxe, cependant.
 

Faisal bin Hassan Trad, Saoudien et grand défenseur des droits de l’homme à l’ONU ?

 
Sur le papier, la contradiction est évidente : l’Arabie Saoudite est l’un des premiers pays au monde en termes d’exécutions capitales – y compris sous leur forme la plus barbare – elle pratique encore les mutilations dans la plus stricte application de la charia, elle ne reconnaît ni le droit de culte public, ni le droit à la liberté religieuse et, sur le plan politique, elle réserve le fouet aux opposants.
 
Qu’on songe au bloggueur Raif Badawi, condamné à 1.000 coups de fouet en début d’année pour ses écrits : son épouse, Ensaf Haïdar, a qualifié la nomination de « blanc-seing pour l’exécution de la sentence ». L’Independent britannique rapportait vendredi le cas d’un mineur chiite, Mohammed al-Nimr condamné à la mort par crucifixion (sic) pour avoir pris part à des manifestations illégales et pour possession d’armes à feu (il semblerait que rien dans le dossier ne vienne confirmer cette dernière accusation), et surtout pour être le neveu d’un oncle, leader religieux très connu pour son hostilité au régime saoudien qui devrait être exécuté par crucifixion ce jeudi.
 
Pour ce qui est des droits des femmes, ils sont régentés eux aussi par la charia. Il n’est pas besoin d’en dire plus…
 
Mais voilà, les pays les plus violemment antichrétiens, aux régimes les plus totalitaires – comme la Chine avec sa politique de l’enfant unique – les plus islamiques sont personae gratae aux Nations unies où l’idéologie de la non-discrimination et de l’égale valeur de toutes les religions est au cœur de toute leur politique. Ce sont les nations chrétiennes ou anciennement telles qui subissent leurs foudres les plus vives, à propos de l’interdiction de l’avortement, par exemple. A côté de cela, sans doute, l’Arabie Saoudite, c’est de la petite bière. Sans alcool, évidemment.
 

Le panel d’experts du Conseil des droits de l’homme qui n’accusera pas l’Arabie Saoudite…

 
D’aucuns mettent en avant le côté « récompense » de la nomination de Faisal bin Hassan Trad, « facilitée », comme on dit, par la politique de pétrole bon marché à laquelle le régime Saoudien contribue largement. Les considérations bassement matérielles ne sont, de fait, pas exclues…
 
L’Arabie Saoudite espère quant à elle asseoir encore davantage son rôle dans le Haut-commissariat aux droits de l’homme. The Independent relevait déjà en mai dernier que le pays est candidat à la présidence du Conseil des droits de l’homme de l’ONU lui-même, où il est entré seulement en 2013 : le poste sera vacant en 2016 et les élections se tiendront avant la fin de cette année.
 

Anne Dolhein