La ville de Grenade accueillera bientôt une procession mettant à l’honneur le « Christ de Saint-Augustin », ce crucifix connu depuis des siècles comme le protecteur sacré de la ville. Depuis le 14 août, la ville de Grenade – la dernière délivrée de la présence musulmane en Espagne en 1492 au terme de la Reconquista – a connu de nombreux séismes qui font craindre un tremblement de terre plus grave. Devant cette urgence, l’archevêque de Grenade, Mgr José María Gil Tamayo, a décidé d’organiser une procession de rogation.
L’événement aura lieu en septembre à une date qui n’a pas encore été fixée. Le Christ de Saint-Augustin sera porté depuis la cathédrale où il se trouve actuellement dans le cadre d’une exposition, jusqu’à la basilique de Nuestra Señora de las Angustias. Au fil des siècles, il a régulièrement été porté en procession publique lors des moments les plus difficiles connus par Grenade ; en 1755 en particulier, une procession avait été organisée après un fort tremblement de terre.
Face aux séismes à répétition à Grenade, des rogations mettront à l’honneur le Christ de Saint-Augustin
La décision de l’évêque renoue avec une tradition largement oubliée. Celle des rogations est connue (mais peu pratiquée depuis le concile Vatican II) depuis le Ve siècle où est née en France la tradition, qui s’est ensuite étendue à l’ensemble de l’Eglise latine, de prier pendant les trois jours qui précèdent l’Ascension en organisant des processions dans les champs pour demander l’aide du Ciel, notamment pour les travaux agricoles, mais aussi comme occasion de pénitence et de conversion. L’Espagne a aussi des processions dites « rogativas » que l’Eglise organise depuis des siècles pour implorer la protection divine face aux calamités sont aujourd’hui « extraordinairement peu fréquentes », commente InfoCatólica.
Mgr Gil Tamayo a publié cette annonce sur X : « Avec toute la communauté @Archigranada [archevêché de Grenade] je prie le Saint Christ de Saint-Augustin, “Protecteur sacré de Grenade”, et la Très Sainte Vierge des Angoisses, “Reine et Mère de Grenade”, pour que les secousses sismiques, ainsi que la souffrance et l’angoisse de notre peuple, prennent fin au plus vite. Qu’ils veillent sur nous et nous protègent comme toujours !! »
La population de Grenade connaît bien son Christ, qui avait déjà protégé la ville en 1779 lors d’une épidémie qui l’avait frappée. C’est par gratitude qu’avait été institué un vœu annuel en son honneur, qui, en des temps récents, a été transféré du mois d’août au 14 septembre, fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix. Conservé au monastère du Saint-Ange-Gardien, le crucifix parcourt chaque Lundi saint les rues de Grenade.
Mgr Gil Tamayo convoque une procession pour demander la protection de Dieu
Grenade a compté entre les 14 et 17 août derniers pas moins de 348 tremblements de terre, dont 37 perceptibles par la population. Le plus fort, d’une magnitude de 4,8, a été enregistré au matin du 15 août, suivi d’un autre 4,7 sur l’échelle de Richter trois jours plus tard, faisant quelques blessés légers. Ces secousses et d’autres moins fortes pendant les jours qui ont suivi ont vu l’archidiocèse contraint de fermer par précaution cinq églises, dont la cathédrale qui demeure inaccessible.
Il s’est trouvé un curé à Grenade pour se dire scandalisé par l’initiative de son évêque. Don Mario Sixto Picazo Robles, de la paroisse Santa María Micaela et conseiller de la Jeunesse ouvrière chrétienne, a publiquement attaqué la décision d’organiser une procession de rogation dans la presse locale, information aussitôt reprise par le site progressiste Religión Digital, rapporte Infovaticana. « Dans quelle église suis-je, dans quel monde vivons-nous ? », se demande le prêtre désemparé : quel sens peut donc avoir « ce type de manifestation » ? Quelle image de Dieu n’« alimente »-t-elle pas ?
Le curé qui ne supporte pas les rogations de Mgr Tamayo
Ce curé d’un autre âge, en tout cas plutôt adepte du progressisme à la mode pendant les années 1960-70, pense que « Dieu n’agit pas dans le monde si nous ne le laissons pas agir ». Don Mario estime qu’il faut d’abord rendre grâce à Dieu pour les lois antisismiques et pour les pompiers, plutôt que de s’adresser à lui pour des solutions. Il aurait préféré voir sortir le crucifix pour les SDF, écrit-il : pour « ceux qui osent s’appeler chrétiens » et qui pour autant n’ont pas d’empathie pour les migrants.
Le plus drôle, note InfoVaticana, c’est que le curé cite Matthieu 18:19 : « Là où deux se mettent d’accord pour demander quelque chose au Père, celui-ci le leur accordera. » C’est précisément le sens de la rogativa. Ici, c’est même l’archidiocèse tout entier qui implore le Père, mais le père Picazo Robles n’imagine pas que Dieu puisse ou doive ou daigne l’entendre.
Ce curé ne se gêne pas pour corriger vertement son archevêque (et pas de manière très fraternelle). Il ne semble pas que cela lui ait attiré d’autres ennuis que le ridicule…











