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L’identification du suspect d’Annapolis par le « MIRS », ou la surveillance de chacun par les banques de données faciales

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La police du Maryland a utilisé une technologie de reconnaissance faciale, légalement contestable et inquiétante pour les libertés, afin de pouvoir confondre le suspect du meurtre de quatre journalistes et d’un commercial dans les bureaux de la Capital Gazette, à Annapolis le 28 juin. Cette technique pose une question gravissime car, hors de contrôle, elle permet d’identifier, de filer et de mémoriser les traces de tout citoyen : une surveillance sans précédent. Dans l’affaire d’Annapolis, le suspect se nomme Jarrod Ramos, 38 ans, natif du Maryland. Il a été interpellé sur la scène de crime. Il refuse de répondre aux policiers et de coopérer de quelque manière que ce soit. Il ne portait sur lui aucun papier permettant de l’identifier, rendant la procédure encore plus difficile. Mais, de son côté, la police refuse elle aussi de coopérer avec l’opinion sur un autre sujet, celui de la légalité du stockage de millions de photos dans les banques de données faciales, en l‘occurrence celle du MIRS (Maryland Image Repository System) au Maryland.
 

Les policiers ont identifié Ramos, suspect des crimes d’Annapolis, grâce à la banque de données du MIRS

 
Les policiers du Maryland auraient trouvé une image de Ramos dans la gigantesque base de données du MIRS qui contient plus de 10 millions de photos de permis de conduire et de l’identité judiciaire. Comme dans les séries policières « scientifiques » type Les Experts ou Bones, l’informatique a fait coïncider en quelques secondes le portrait de Ramos avec une image apparemment prise après une ancienne interpellation du suspect, pour agression.

 
Les enquêteurs du Maryland semblent très satisfaits de leur trouvaille et donc de leur outil. « C’est un moyen remarquable pour combattre la délinquance dans notre Etat », a claironné Stephen Moyer, ministre de la sécurité publique de cet Etat de 5,7 millions d’habitants, voisin de Washington DC et dont la principale ville est Baltimore. Mais ce que M. Moyer se garde d’aborder, c’est le problème posé par ce flicage pour les citoyens innocents. Car eux aussi sont observés, suivis et enregistrés, sans que personne ne leur demande leur consentement, livrant à l’Etat, à leur insu, quantité d’informations sur leur propre vie.
 

Surveillance : sept mille services de police ont accès à la banque de données faciales du MIRS

 
Plus inquiétant encore dans cette affaire, la banque de données faciales du MIRS et ses 10 millions de photos, sont accessibles pour six à sept mille services de police états-uniens. En une seule semaine, le MIRS a été sollicité 175 fois, révèle le Baltimore Sun. Pour les défenseurs de la vie privée, une telle fréquence est à l’évidence synonyme d’abus. En octobre 2016, l’Union américaine pour les libertés civiles, l’ACLU, avait écrit au département fédéral de la Justice pour dénoncer l’utilisation illégale de ce type de banques de données faciales. Selon Neema Singh Guliani, juriste conseil de l’ACLU, « la moitié des adultes de notre pays figurent dans les banques de données de reconnaissance faciale, alors que la grande majorité des polices utilisant cette technologie manquent de règles déontologiques, d’audits de fiabilité et de transparence ». L’ACLU relève en particulier que le MIRS, lui-même jamais audité, fut sollicité pour identifier les participants à une marche organisée après la mort de Freddie Gray, 25 ans, décédé dans un commissariat en 2015.
 

On peut croiser la photo du permis incluse dans la banque de données faciales avec celles de la vidéosurveillance

 
L’absence d’audit interdit de connaître le nombre exact de photos des banques de données faciales, de savoir si elles ont été obtenues légalement ou non, avec ou non le consentement ou la connaissance des personnes photographiées. D’ores et déjà, on apprend que tout conducteur du Maryland ayant obtenu son permis depuis moins de sept ans y est fiché, et que sa photo peut être utilisée par les autorités pour savoir ce qu’il fait en la croisant avec les images saisies par la vidéosurveillance dans l’espace public. Or, lors de l’obtention de leur permis, les Marylandais ne sont informés de rien. Plus encore, toute personne interpellée dans l’Etat, et même si elle n’est coupable d’aucun crime ou délit, voit son visage archivé dans la banque de données faciales du MIRS. « On ignore si les services de police et de justice éliminent les photos des personnes qui n’ont jamais été condamnées ou ont été déclarées innocentes », note une étude de l’Université de Georgetown.
 
Ces technologies de reconnaissance faciale ont certes permis d’identifier Ramos, suspect mutique, « mais l’absence d’audit sur les contenus archivés et d’assurance sur la suppression de toutes les photographies prises en violation des lois créent un pays dans lequel tout espace réel ou numérique est désormais contrôlé », dénonce Joe Wolverton, analyste pour thenewamerican.com. « Une image d’une automobile et de ses passagers, une photo de permis de conduire, une écoute ou une saisie non réglementaire d’une mémoire de téléphone, la recherche non réglementaire de l’historique des communications numérique d’une personne, tout ça c’est trop », s’indigne-t-il. La règle ne consiste pas à savoir si les images archivées dans les banques de données gouvernementales ont été utiles pour résoudre un crime, « La seule règle, c’est la loi constitutionnelle » poursuit-il, avant de conclure : « Tout ce qui y échappe constitue un pas vers la tyrannie ».
 

Matthieu Lenoir