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Mondialisation : 26 chefs d’Etat d’Afrique s’engagent à créer une zone de libre-échange du Cap au Caire, la TFTA

Mondialisation : 26 chefs d’Etat d’Afrique s’engagent à créer une zone de libre-échange du Cap au Caire, la TFTA
 
En termes de population, les pays qui viennent de s’engager à créer une nouvelle zone de libre-échange dans le monde, la Tripartite Free Trade Area (TFTA) dépassent l’Union européenne ou NAFTA (l’accord de libre-échange de l’Amérique du Nord) : 600 millions de personnes. Mercredi, la coalition de trois communautés économiques régionales africaines représentant 26 Etats d’Afrique s’est engagée à créer une nouvelle – et très vaste – zone de libre-échange reliant des pays depuis le Caire en Egypte jusqu’au Cap en Afrique du Sud. Les chefs d’Etat concernés ont signé un accord en ce sens lors d’une réunion au Caire. Il ne reste plus qu’à le faire ratifier par les parlements nationaux.
 
C’est une nouvelle étape vers la mondialisation par le biais des « intégrations régionales ». En l’occurrence, ce sont trois zones existantes qui se réunissent : la SADC (South African Development Community), l’EAC (East African Community), et le COMESA (Common Market for Eastern and Southern Africa). L’accord vise à promouvoir la circulation des marchandises dans une zone qui représente plus de la moitié du PIB de l’Afrique – la majeure partie des pays allant de la Libye à l’Ethiopie et tous les pays septentrionaux du continent depuis la République démocratique du Congo jusqu’à l’Afrique du Sud, dans oublier Madagascar, l’île Maurice et les Seychelles.
 

Vers une nouvelle zone de libre-échange de 26 pays africains – et 600 millions d’âmes

 
C’est la réalisation d’un vieux rêve, commente la BBC : l’aboutissement des tentatives de l’Afrique post-coloniale de créer une économie intégrée aux échanges démultipliés où les « personnes d’affaires » pourraient circuler librement. A la clef : le développement d’infrastructures insuffisantes ou laissées à l’abandon depuis le départ des colonisateurs. Aujourd’hui, les échanges à l’intérieur de la zone représentent 10 % des échanges totaux (en Europe, cette proportion monte à 70 %). L’idée est de porter cette proportion à 30 %, en facilitant notamment les économies d’échelles promises par l’agrandissement des marchés à alimenter. Pour l’heure, ces pays ont tendance à commercer davantage avec des pays non-africains.
 
Ces belles promesses, on les entend à chaque fois qu’une nouvelle région du monde élargit une zone de libre-échange ou y augmente les possibilités de commerce sans entraves douanières : avancer l’« intégration économique » serait synonyme de croissance accélérée. Ce n’est pas parce que les faits démentent trop souvent l’optimisme de telles annonces qu’on va s’abstenir de les faire !
 

La mondialisation et ses dégâts : scepticisme à l’égard de la TFTA et de l’accord signé par 26 chefs d’Etat d’Afrique

 
Mais l’accord laisse certains très sceptiques, au point de laisser planer le doute sur une ratification effective, prévue en principe pour 2017 au plus tard.
 
De nombreux pays membres ont des économies domestiques balbutiantes et ne produisent guère de biens exportables. Dans le cadre d’un protocole de libre-échange, leur handicap ne ferait que s’aggraver, puisqu’ils se trouveraient dans l’incapacité à faire face à la concurrence de pays plus développés.
 
Bien entendu, il faudra une nouvelle « autorité régionale » pour gérer la nouvelle zone de libre-échange. Elle s’ajoutera à l’Union africaine, qui a déjà promu la création des communautés régionales – celles nommées plus haut qui font partie de ce cadre tripartite, mais aussi l’ECOWAS (Afrique de l’Ouest), CEN-SAD (Sahel et Saraha), ECCAS (Etats centre-africains), IGAD (pays d’Afrique orientale) et UMA (l’Union Maghreb Arabe), qui éventuellement se recoupent. On ne peut pas dire qu’elles aient tenu leurs promesses, observe Hilaru Matfess dans Quartz Africa. Et ce notamment parce que la production de ces pays est surtout agricole. L’ouverture à la concurrence ne risque-t-elle pas de mettre à mal l’agriculture de certains pays ?
 
Hilary Matfess suggère que rien de cela ne pourra fonctionner sans la mise en place de mécanismes de compensation. Cela aussi, on connaît : la PAC qui a signé l’arrêt de mort de tant de paysans en Europe.
 

Anne Dolhein