Trump, le droit international et le principe de réalité

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L’enterrement par de Donald Trump du « droit international » – il a déclaré ne pas en avoir besoin – a fait couler beaucoup d’encre. C’est à peine si on ne le présente pas comme le président d’un « Etat voyou » prêt à tout pour avancer ses propres intérêts, et comme offrant une justification à d’autres « autocrates » dans le monde entier pour leurs actions hostiles et leurs convoitises au-delà de leurs frontières. Mais le droit international, quand arrivent les coups durs, est-il davantage qu’une aimable fiction ?

Trump a fait cette déclaration à la presse jeudi dernier dans son Bureau Ovale au sujet de la capture des époux Maduro, répondant à une question du New York Times sur les limites qu’il acceptait par rapport à ses actions à l’étranger : « Oui, il y a une chose. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter. » « Je n’ai pas besoin du droit international », ajoutait-il, assurant qu’il « ne cherche pas à faire de mal à qui que ce soit ». Respecter le droit international ? Oui, les Etats-Unis le doivent, avait encore répondu Donald Trump, mais en précisant : « Cela dépend de la manière dont vous définissez droit international. »

 

Donald Trump n’a « pas besoin » du droit international

Son conseiller à la Sécurité intérieure, Stephen Miller, affirmait quelques jours plus tôt : si « l’on peut parler autant qu’on veut des subtilités de l’international on vit dans un monde (…) qui est gouverné par la puissance, par la force ». C’est le principe de réalité.

Dans notre article sur la prise des Maduro, nous avions commenté ici : « Evidemment bafoué dans cette affaire, le “droit international” ne l’est-il pas à répétition, depuis que les institutions internationales aux principes et aux objectifs maçonniques tentent d’en imposer le respect dans le monde, heureusement sans armée mondiale pour en assurer l’exécution ? Dans les faits, le pouvoir, la puissance, les intérêts nationaux continuent de s’affirmer, quitte même à mener des guerres de conquête. Nihil novi sub sole, en somme. »

 

La réalité n’est pas celle d’un droit international efficace

Sir Michael Ellis KC, ancien procureur général d’Angleterre et du Pays de Galles, ne dit pas autre chose dans une tribune publiée par le Telegraph le 9 janvier. Il évoque à la fois le principe de réalité – il n’y a pas de système de droit efficace sans le recours à un bras armé – et le rôle que jouent déjà les USA, sous Trump, en s’imposant par la force. L’action au Venezuela vise notamment la Chine, assure-t-il.

Pour juger de l’utilisation de la force, la seule question est finalement de savoir si elle est juste et conforme au bien… Question de moralité, tout simplement.

Je vous propose ci-dessous de très larges extraits de la tribune de Michael Ellis. – J.S.

 

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La realpolitik de Trump outrepasse la fiction du droit international

 

Beaucoup affirment que l’action militaire visant à renverser Nicolas Maduro a bouleversé « l’ordre fondé sur des règles » qui régit les affaires internationales depuis la Seconde Guerre mondiale. Certains prétendent que cela encouragera la Chine à envisager d’envahir Taïwan.

Mais cette opinion est fondamentalement fallacieuse. La Chine n’a pas été dissuadée d’envahir le Tibet par « l’ordre international fondé sur des règles ». Les « normes internationales » ou le « droit international » n’ont pas non plus empêché la Chine de massacrer sans pitié les Ouïghours ou de réprimer violemment la démocratie à Hong Kong.

Le droit international n’a pas empêché l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il n’a pas non plus fait hésiter un seul instant les ayatollahs iraniens dans l’offensive terroriste mondiale, toujours d’actualité, qu’ils mènent par procuration depuis 47 ans.

Ce n’est donc pas le fait que les Etats-Unis s’emparent aujourd’hui d’un dictateur vénézuélien qui va soudainement permettre à la Chine, à la Russie ou à l’Iran de se comporter de manière répréhensible : ils ne s’en sont jamais privés.

Il faut regarder les choses en face. Les adversaires de l’Occident ne sont influencés que par la force ou la menace de la force. Ils ne songeraient jamais à renoncer à leur souveraineté sur des actifs stratégiques majeurs comme les îles Chagos à cause d’un avis consultatif.

Ils s’émerveillent, au contraire, sans aucun doute, de la naïveté suicidaire de l’Occident. (…)

Le droit international a toujours été incapable à s’imposer aux grandes puissances mondiales, car il n’a jamais été en mesure de faire respecter ses édits. Qu’il s’agisse d’un voleur à l’étalage dans un magasin ou d’un pays soutenant le terrorisme à l’étranger, le droit a toujours eu besoin de la menace de la force pour se faire respecter. L’absence d’une telle force encourage les Etats voyous à se montrer plus agressifs (tout comme elle encourage les voleurs à commettre davantage de vols à l’étalage). Le fait que les nations puissantes ne soient soumises à aucun contrôle signifie que le droit international a toujours été une fiction.

Au Venezuela, l’utilisation de la puissance militaire américaine a eu lieu le jour même où une délégation chinoise rendait visite à Maduro. Les Américains ont envoyé un message sans ambiguïté à la Chine : celui-ci ne fera pas sauter les entraves imaginaires, contrairement à ce que beaucoup imaginent, mais il intimidera la Chine et l’incitera à repenser sa position vis-à-vis de Taïwan.

Mais il y a aussi un effet pratique. L’approvisionnement en pétrole de Pékin dépendra désormais davantage de l’accord des Etats-Unis. La Chine achetait jusqu’à 80 % des exportations pétrolières vénézuéliennes sous Maduro. Maintenant que les Etats-Unis influencent, voire contrôlent carrément, ces approvisionnements, les Chinois vont être sérieusement ennuyés.

La Chine achète également environ 85 % du pétrole iranien. Si ces approvisionnements sont également interrompus par les courageux manifestants iraniens qui cherchent actuellement à renverser leur régime honni, la Chine pourrait alors manquer de ressources pour attaquer Taïwan, même si elle en avait le culot, d’autant plus que le pétrole qu’elle achète à l’Arabie saoudite est également sous l’influence américaine.

Les actions des Etats-Unis au Venezuela envoient un signal clair : ils sont prêts à agir pour s’assurer les ressources dont ils estiment avoir besoin pour les années à venir, tout en renforçant leur hégémonie dans l’hémisphère occidental. Les dictateurs iraniens et les despotes sud-américains sont également susceptibles d’être visés. Il ne s’agit pas tant d’une deuxième guerre froide entre l’Occident et les éléments anti-occidentaux, mais plutôt de ce que l’on pourrait appeler une guerre « tiède » ou modérée. Les interventions militaires musclées seront plus fréquentes, tout comme les escapades maritimes contre les pétroliers qui enfreignent les sanctions.

Des changements sismiques sont en cours dans les normes internationales. Le monde va changer.

 

Sir Michael Ellis, KC

 

Traduction par Jeanne Smits