Trump, Iran, Israël, Cessez-le-feu : tout ça pour ça ? NON

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Wait and see. Il n’y a rien à dire de plus aujourd’hui de la guerre menée par Trump et Israël contre l’Iran, et le cessez-le-feu signé n’y change rien. Jamais la réplique de Macbeth ne s’est si bien illustrée : « La vie est un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. » Le « narratif » des divers protagonistes et les « éclairages » des médias sont aussi absurdes les uns que les autres, nous l’avons signalé ici à plusieurs reprises, et ça ne s’améliore pas. Trump et l’Iran revendiquent tous deux une victoire à 100 % et ça n’a aucune importance ni aucun sens. Nul ne sait ni dans quelle mesure ni combien de temps le fameux cessez-le-feu sera respecté mais une chose est sûre : pas plus que le Pentagone ne pouvait ignorer en lançant ses opérations que le détroit d’Ormuz est un détroit, pas plus Donald Trump ne peut-il être sérieux lorsqu’il écrit sur Truth Social : « Nous avons reçu une proposition en dix points de la part de l’Iran, et nous estimons qu’elle constitue une base de négociation viable. » Ces propositions non seulement ne transcrivent nulle victoire pour les Etats-Unis mais constituent de leur point de vue une régression forte sur la situation antérieure. Quoi qu’il arrive par la suite, il s’agit d’une mauvaise farce qui prend le public international pour un tas de veaux.

 

Le plan de l’Iran ne tient compte ni de Trump ni d’Israël

Le mieux est de transcrire d’abord ce que propose l’Iran, tel que cela a été rapporté par les médias d’Etat. 1. Les Etats-Unis doivent s’engager à garantir, en principe, la non-agression. 2. Maintien de la mainmise de l’Iran sur le détroit d’Ormuz. 3. Poursuite de l’enrichissement de l’uranium. 4. Levée de toutes les sanctions initiales. 5. Levée de toutes les sanctions secondaires. 6. Abrogation de toutes les résolutions du Conseil de sécurité. 7. Et de toutes les résolutions du Conseil des gouverneurs de l’AIEA. 8. Paiement de réparations à l’Iran. 9. Retrait des forces armées américaines de la région. 10. Fin de la guerre sur tous les fronts, y compris contre le Hezbollah au Liban. Donald Trump a fait fortune dans l’immobilier, où l’on négocie bon train, il sait qu’une position de négociation est excessive et lointaine de l’accord qu’elle prépare, mais là, l’écart est si grand entre ce que peuvent accepter les Etats-Unis et Israël qu’on ne peut pas parler de « base viable » pour une négociation. Même en tenant compte du fait qu’il faut laisser à l’Iran la possibilité de sauver la face.

 

Israël unanime a déjà dit non au plan de l’Iran

Tout en soutenant officiellement le cessez-le-feu décidé par Trump, le Premier ministre d’Israël, Benjamin Netanyahu, a tenu à préciser qu’il ne regardait pas le Liban, et Tsahal y poursuit des attaques : il est clair que le dixième point de la proposition de l’Iran est déjà caduc. Et même comme cela, l’opinion israélienne est vent debout contre le processus de « paix ». L’opposition parle de « désastre diplomatique ». En particulier le régime, dont plusieurs têtes ont été éliminées, a tenu bon, et il est possible que les bombardements menés par Trump et Israël l’aient d’une certaine manière renforcé. Si le plan de l’Iran était adopté, le Hezbollah au Liban et les Houthis du Yemen ne seraient pas inquiétés, cela affaiblirait considérablement Israël et renforcerait l’Iran.

 

Le bruit autour du cessez-le-feu couvre le non-sens du récit

Quant à la levée des sanctions primaires et secondaires, Trump s’était violemment séparé des Européens, qui l’envisageaient au moins partiellement, lui se situant sur un ligne plus intransigeante. Quant à l’enrichissement de l’Uranium, ce fut au départ son but de guerre principal de l’interdire – l’abrogation des résolutions de l’AEIA est un petit bonus pour l’Iran. Les réparations à l’Iran et le retrait des forces armées américaines sont une occasion de franche rigolade. Et le « maintien » de la domination de l’Iran sur le détroit d’Ormuz une plus grande imposture encore. De même que nul ne devait ignorer le 26 février que le détroit d’Ormuz était une voie de passage sensible, de même on sait qu’un détroit ne saurai « appartenir » à l’un des pays qui le borde. En particulier, celui d’Ormuz situé entre d’une part l’Iran et d’autre part Oman et les Emirats arabes unis, mesure dans sa plus petite largeur, 55 kilomètres, ce qui excède largement les eaux territoriales de ces Etats. Il n’a jamais été en droit sous la domination de l’Iran, et le plan de paix serait une victoire économique, diplomatique et militaire majeure pour celui-ci.

 

Trump n’a pas fait tout ça pour ça, donc…

Trump n’a pas amené son armada, invincible ou non, à pied d’œuvre pour cela. Israël ne donne pas la pleine mesure de son aviation et n’a pas dévoilé la force de ses renseignement pour cela. Tout ça n’a pas été fait pour ça. Donc, le cessez-le-feu, comme le reste de la guerre menée par Trump et Israël, comme les dix points de l’Iran « base de négociation viable » selon Truth Social sont des « histoires racontées par un idiot, pleines de bruit et de fureur et qui n’ont aucune signification », sinon la certitude que quelque chose d’autre se prépare, ailleurs, autrement, pour d’autres raisons. Ainsi sont toujours allées les guerres. Ainsi vont maintenant les démocraties aux prises avec les théocraties.

 

Pauline Mille