fbpx

Les Bourses mondiales entre chute violente, dettes record, réserves de capitaux et manipulations politiques de banques américaines

Bourses mondiales chute violente manipulations politiques banques américaines
 
Des secousses agitent les Bourses, le monde étant assis sur une montagne de dettes (230.000 milliards de dollars toutes dettes confondues) après les gigantesques assouplissements quantitatifs pratiqués depuis la crise de 2009 et qui amené des taux artificiellement bas. Quand l’obscur Comité de surveillance des emprunts du Trésor (TBAC) a prétendu, le mercredi 31 janvier, que le Trésor américain devrait emprunter trois mille milliards de dollars pour financer la réforme fiscale de Donald Trump, les marchés d’actions ont amorcé une chute violente. Le mouvement s’est poursuivi avec une perte pour le Dow Jones de 1.200 points (sur 26.300) en trois jours à la clôture lundi (- 4,56 %). L’annonce de ce besoin de financement survient alors que les taux d’intérêt sont repartis à la hausse et que la croissance et les revenus, inflationnistes, sont encouragés par la politique de Donald Trump, qui allie limitation de la concurrence salariale, par la maîtrise de l’immigration, et allègements fiscaux. Reste que l’énorme stock mondial de capitaux reste une garantie pour amortir les secousses.
 

Le TBAC a délibérément surestimé les besoins du Trésor liés à la réforme fiscale Trump

 
Le TBAC chiffre à 995 milliards de dollars le montant des emprunts nécessaires au financement de la réforme fiscale de Donald Trump pour 2018, puis plus de mille milliards pour chacune des deux années suivantes. Soit un total de 3.200 milliards de dollars en trois ans. Ce chiffre à lui seul a fait trembler les marchés. Car l’augmentation de levée de fonds impose logiquement une hausse des taux de rémunération. En septembre, le taux sur les bons du Trésor américain à 10 ans était de 2,05 %. Mercredi, il a bondi à 2,722 % et lundi à 2,85 %. De quoi peser lourdement sur les actions, qui deviennent comparativement moins rémunératrices. Le problème, c’est que le TBAC a largement surestimé les besoins du Trésor. Lors de la préparation de la réforme fiscale, son impact sur les revenus de l’Etat fédéral avait été évalué à 1.500 milliards de dollars sur la décennie à venir. Puis la Wharton School l’a réévalué à 2.000 milliards sur dix ans. On est très loin des 3.200 milliards sur trois ans du TBAC !
 
L’analyste Bob Adelmann soupçonne une manœuvre politique. Il note que le TBAC est composé de 17 membres parmi lesquels des représentants de très grandes banques d’affaires, de JPMorgan Chase à Goldman Sachs, gros acheteurs de titres publics. Or en 2016, la plate-forme du parti républicain prévoyait de séparer les activités bancaires à risques (investissement) de celles destinées au grand public (dépôts) en réactivant la loi Glass-Steagall de 1933, abrogée par Clinton en 1999. De quoi démanteler les six premières banques américaines. Il apparaît donc que l’exagération de l’évaluation des besoins de financement de l’Etat fédéral par le TBAC sonne comme une mise en garde au président Trump. Les marchés devraient se redresser dès que la raison l’emportera. Tout en gardant en tête qu’il va falloir que l’économie américaine croisse suffisamment pour éponger la masse d’emprunts nécessaire à la réforme fiscale.
 

La chute violente des bourses mondiales liée à des manipulations politiques de banques américaines ?

 
Pour l’instant l’inflation américaine demeure à un niveau acceptable, permettant à la Fed de maintenir des taux anormalement bas. Certes l’emprunt à 10 ans a crû de 75 points de base depuis mi-septembre. Mais il faut aussi tenir compte de la santé du marché du travail, avec une hausse du salaire moyen de 2,9 % et un taux de chômage au plus bas depuis de 17 ans, à 4,1 %.
 
Le mini-krach actuel n’est donc probablement qu’un mauvais coup de fièvre. La Société Générale estime que l’augmentation globale des taux d’intérêts a atteint une limite technique et devrait s’arrêter sous les 3 %, niveau destructeur de croissance. La demande de papier reste élevée. Richard Turnhill, de Blackrock, chiffre à 22.000 milliards de dollars le stock mondial de liquidités détenues par les fonds souverains, les fonds de pension, les entreprises et les ménages. Il explique, dans le Daily Telegraph, que « 100 milliards de dollars ont été investis dans des fonds de placements en janvier (…), nous pensons qu’il reste un long chemin à parcourir ». Il ajoute que ces colossales réserves de capitaux compensent l’allégement du stimulus monétaire des banques centrales, la Fed réduisant son bilan et la BCE ayant réduit de moitié ses achats d’actifs à 30 milliards d’euros par mois. Pour Ambrose Evans-Pritchard, analyste du quotidien londonien, « Le puissant courant mondial de capitaux ne doit pas être sous-estimé. Au pire, ils garantit que les acheteurs mèneront un combat acharné ».
 

Reste la question du niveau de tolérance d’une dette mondiale record à 327 % du PIB

 
Pour autant, la grande inconnue réside dans le niveau de tolérance d’un système financier international qui affiche un record d’endettement équivalant à 327 % de la richesse produite chaque année, soit 51 points de plus qu’au moment de la faillite de Lehman Brothers, alors que les marchés sont anesthésiés par des taux d’intérêts proches de zéro depuis une décennie. Une étude de Standard & Poor’s sur 13.000 entreprises à travers le monde établit que 37 % d’entre elles sont lourdement endettées. Elles étaient 32 % à l’acmé de la dernière bulle financière. La dette des entreprises a atteint 96 % du PIB, soit 67.000 milliards de dollars.
 
Les travaux de l’OCDE et de la BRI démontrent que la politique « d’assouplissement quantitatif » et ses taux ridicules ont maintenu en survie artificielle d’innombrables entreprises zombies. Pour Claude Borio, de la BRI, cette situation pourrait être la cause d’une chute de la productivité. Andrew Lapthorne, de la Société Générale, estime que le danger serait qu’une chute du cours des actions permette aux sociétés qui ont trop emprunté de racheter leurs propres actions, reportant à plus tard une éventuelle correction. En l’aggravant.
 

Matthieu Lenoir