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Faut-il canoniser Monseigneur Romero ?

canoniser Monseigneur Romero
 
Le pape François tient en particulière estime feu Mgr Romero, et envisagerait très favorablement la perspective de sa canonisation, qui ferait de lui un saint intercesseur reconnu officiellement par l’Eglise catholique.
 

MONSEIGNEUR ROMERO BEATIFIE

 
Mgr Oscar Romero (1917-1980), archevêque de San Salvador (1977-1980), la capitale du Salvador, a été en effet assassiné en mars 1980, en pleine célébration de la messe. Les circonstances immédiates du meurtre donnent toute l’apparence du martyre catholique, soit la mort subie en haine de la foi catholique. Ajoutons que les circonstances exactes contribuent à le rendre sympathique aux fidèles, puisque la messe en question était célébrée dans la chapelle d’un hôpital pour cancéreux, aux intentions des malades. Soit l’exacte réalisation du commandement évangélique du Christ de soutien aux malades et, chose moins évidente à notre époque, non par une simple visite de soutien moral humanitaire, mais d’aide spirituelle, par l’action la plus forte par excellence, la célébration de la messe. C’est ainsi que l’ont interprété beaucoup de fidèles catholiques du Salvador, et plus largement de l’Amérique Latine –région d’origine du pape François, argentin- et, semble-t-il, car il est facile de l’affirmer a posteriori mais cette thèse reste très vraisemblable, les souverains pontifes Jean-Paul II et Benoît XVI.
 
Benoît XVI, sur ce dossier comme beaucoup d’autres, a certes soufflé le chaud et le froid, reconnaissant que la mort avait été subie en haine de la foi tout en déplorant mezzo voce l’engagement politique problématique du défunt archevêque. Le dossier aurait été relancé et accéléré par le soutien, explicite, militant, du pape François. Ainsi le Salvador disposerait d’une grande figure de saint-évêque martyr, enjeu national essentiel dans ce pays où la procédure de canonisation a été ouverte en 1994. Sa canonisation à venir pourrait être prononcée par le pape François lui-même. En attendant, sa béatification été solennellement prononcée le 23 mai 2015 à San Salvador.
 
Les formes du processus de canonisation, suivant la procédure du nouveau droit canon de Jean-Paul II, ont été en apparence respectées. Depuis 1980, la cause est étudiée, et l’on ne peut invoquer quelque hâte déraisonnable, mode, impression fugitive des fidèles, etc.… Ainsi le décret du pape François du 2 février 2015 autorisant la béatification de Mgr Romero semble couronner un processus incontestable, en attendant la reconnaissance finale de la sainteté. Elle exige le strict respect de conditions supplémentaires, dont des miracles attestés grâce à l’intercession du saint, témoignant en un sens pour lui-même. Il est toutefois à craindre que dans un climat un peu exalté, il ne soit facile de trouver de faux miracles, qui ne prouveraient donc rien. On aimerait être sûr que la procédure sera suivie avec la plus grande rigueur, car un faux saint ne produirait certainement pas de vrais miracles. Il y a pourtant hélas lieu d’en douter, et la béatification elle-même semble à la réflexion avoir été quelque peu légère.
 

MONSEIGNEUR ROMERO, MARTYR RELIGIEUX OU POLITIQUE ?

 
Sans douter l’apparent martyre de Mgr Romero, sans chercher à inventer des bassesses typiques des pires ennemis de l’Eglise, il y aurait lieu toutefois de se montrer réservé quant à cette béatification, et à la probable canonisation à venir.
 
Mgr Romero, disent ses nombreux panégyristes sur la toile, aurait été assassiné par des « miliciens d’extrême-droite », expression typique des pires adversaires de l’Eglise, qui ont une notion très extensive de l’« extrême-droite », souvent assimilée à tort au « fascisme ». Ainsi y englobent-ils par exemple jusqu’à l’innocent, trop innocent du reste, mouvement de la « Manif pour Tous », sans craindre de confiner à l’absurde.
 
S’il ne saurait être question de cautionner le moins du monde cet assassinat, rendu particulièrement odieux par ses circonstance, il conviendrait de considérer les motivations des tueurs, ou plus exactement de leurs commanditaires, comme relevant du pur champ politique et non religieux. Ainsi, et ce serait tout sauf un détail, Mgr Romero serait mort en haine de ses engagements politiques d’extrême-gauche, clairs, explicites et renouvelés, et non en haine de la foi catholique.
 
Le Salvador a subi plusieurs décennies de guerre civile, parfois intense, parfois larvée, opposant des guérillas d’abord progressistes, puis après 1945 de plus en plus explicitement marxisantes, à des gouvernements libéraux-conservateurs. Ces derniers ont été constamment alliés, beaucoup plus par raison que par enthousiasme profond, aux Etats-Unis d’Amérique, les « bienveillants protecteurs », largement autoproclamés, à l’incommensurable puissance, de toute l’Amérique continentale et singulièrement de l’Amérique centrale jusqu’au Panama inclusivement, ensemble qui inclus le Salvador.
 
Cet assassinat s’explique ainsi par cette guerre civile structurelle, particulièrement exacerbée dans les années 1970-1980, et par l’engagement explicite de Mgr Romero en faveur de la guérilla marxiste. Il avait rompu tout contact avec le gouvernement libéral-conservateur en place, rude, autoritaire, peut-être contestable, mais ne correspondant certainement pas à quelque odieuse dictature fascisante d’extrême-droite pour reprendre l’antienne de la propagande d’extrême-gauche, largement répercutée à l’époque par toute la gauche européenne et faisant aujourd’hui bien légèrement autorité dans tous les médias désinformateurs.
 
Cet engagement politique de l’archevêque aurait été causé, selon certains admirateurs de Mgr Romero néanmoins quelque peu gênés par ce point précis, par son amitié pour des prêtres jésuites, marxistes militants, et assassinés à ce titre durant les années précédentes. Les erreurs d’amis personnels n’en deviennent pas pour autant des opinions soutenables. Partout dans le monde, avec hélas de très nombreux exemples depuis les années 1920, les gouvernements à philosophie marxiste ont toujours conduit à des expériences économiques et sociales catastrophiques et à la persécution des chrétiens et des catholiques. L’expérience de Cuba depuis 1959 et la dictature castriste, alignée explicitement dès 1961 sur l’URSS, a donné une illustration régionale de l’abomination communiste. En 1979, le Nicaragua, pays voisin, a subi une révolution marxiste, sous le nom de sandiniste, qui n’a pas conduit plus qu’ailleurs à quelque utopique tolérance du catholicisme dans le cadre du totalitarisme marxiste. Les guérilleros marxistes salvadoriens se structurèrent à ce moment précis en un mouvement unifié particulièrement redoutable, le Front Farabundo Marti de Libération Nationale, officialisé en octobre 1980.
 
Des patriotes salvadoriens zélés ont donc voulu éliminer l’adversaire politique majeur de leur pays qu’était devenu Mgr Romero, qui soutenait explicitement le camp marxiste. Ce geste, condamnable, a d’ailleurs été une erreur politique en donnant un martyr au camp marxiste, martyr improbable et ô combien utile à ce titre : l’archevêque de la capitale.
 
Cette mort a renforcé un camp politique ennemi de l’Eglise, mais aussi, au sein de l’Eglise, une hérésie explicitement condamnée, certes surtout dans les années suivantes, la théologie de la libération. Cette dernière prétend donner une relecture marxiste des Evangiles et de l’Eglise catholique dans son ensemble, proposant une Eglise recomposée autour de communautés populaires de base, au demeurant « démocratiques » au sens que connaissait l’URSS, détruisant toute hiérarchie, méprisant concrètement assez largement les sacrements, et justifiant aussi « théologiquement » les guérillas marxistes armées, remplaçantes des Croisades historiques médiévales honnies – une incohérence logique parmi tant d’autres.
 

UN DANGEREUX COMPAGNON DE ROUTE DU COMMUNISME ?

 
Ainsi faut-il reconnaître que, malgré les qualités qu’il possédait certainement, Mgr Romero a été si ce n’est un marxiste sur les plans politique et religieux au moins un compagnon de route du communisme. Un compagnon rendu particulièrement dangereux par sa place prééminente et son exemple aujourd’hui incompréhensiblement proposé à l’imitation des fidèles par les autorités ecclésiastiques. L’invocation de la mémoire de Mgr Romero peut ainsi être utilisée pour justifier toutes les dérives politiques ou théologiques marxisantes. Ces dernières ne relèvent pas hélas de quelque agitation datée de années 1970-1980, qui serait aujourd’hui heureusement éteinte, ou résiduelle. Non, elles demeurent plus que jamais d’actualité en Amérique Latine, et pourraient s’étendre au-delà, à l’Eglise universelle. Elles se réclament de façon abusive du soutien du pape François, qui gagnerait beaucoup à sortir de son assourdissant silence au sujet de cette récupération.
 

Octave THIBAULT