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Face à la gigantesque création monétaire, l’espoir entravé de l’or, l’utopie explosive du bitcoin

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La gigantesque création monétaire menée durant cette décennie fait de plus en plus douter de la solidité des grandes monnaies, favorisant d’une part le retour à l’or, d’autre part l’utopie des crypto-monnaies telles le bitcoin. Ces dernières répondent aussi – et surtout – à l’esprit libéral-libertaire et individualiste qui prévaut, refusant l’attachement national lié aux monnaies et les risques et devoirs qu’il comporte, le tout doublé d’un solide appétit spéculatif.
 

En Grande-Bretagne, une Dragoncard assise sur l’or, une Glint assise sur le bitcoin

 
La tendance à se défier des liquidités en monnaies nationales s’observe par exemple avec la création de deux nouvelles cartes de paiement en Grande-Bretagne. Chacune permet à son propriétaire d’épargner et de dépenser des valeurs autres que classiquement monétaires. Au lieu d’être liée à un compte en banque en monnaie nationale – livre sterling en l’occurrence – la Dragoncard de la London Block Exchange est assise sur un avoir en bitcoin, crypto-monnaie digitale.
 
La carte Glint, elle, disponible depuis le 20 novembre, fonctionne sur un principe similaire mais le compte est approvisionné en or physique, conservé dans un coffre en Suisse. La Glint utilise le réseau Mastercard, la Dragoncard celui de Visa. Les deux illustrent la défiance croissante vis-à-vis des monnaies nationales : le retour à l’or face à la dévaluation potentielle induite par l’assouplissement quantitatif mené par les banques centrales ; la fuite vers le bitcoin face au principe d’une monnaie nationale soumise aux aléas de l’économie réelle, dans le mouvement de globalisation et d’individualisation favorisé par la nouvelle suprématie digitale. Reste que ces deux types de fuite rencontrent leurs limites.
 

Le prix du lingot d’or est manipulé à la baisse grâce au marché à terme

 
Côté or, il est établi que le prix du lingot d’or est manipulé à la baisse afin de protéger la valeur du dollar US face à la gigantesque augmentation de la masse monétaire causée par l’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale qui a acheté à tout va des dettes risquées. Une politique suivie par la BCE et d’autres. L’impact de cette création monétaire sur le cours du lingot d’or est contrôlé par un « contingentement de cours ».
 
Il est possible de peser sur les cours de l’or et de l’argent car ils sont fixés non sur le marché physique mais sur le marché à terme qui n’impose pas que les ventes à découvert soient garanties, et sur lesquels les contrats sont conclus en monnaie et non en lingots. Le lien entre or et dollar est donc maintenu.
 

Le cours du bitcoin est passé de 0,000764 dollars en 2009 à 8.100 dollars

 
Concernant le bitcoin, l’affaire est plus complexe. Le prix de cette monnaie digitale connaît une réévaluation exponentielle. Sa valeur est passée de 0,000764 dollars à son lancement en 2009 à 1.000 dollars début 2017 et… 8.100 dollars à ce jour ! Il serait bien présomptueux de s’en féliciter, juge l’économiste Paul Craig Roberts, ex-sous-secrétaire au trésor de Ronald Reagan. « Il se peut que la Réserve fédérale ait décidé de se débarrasser d’une monnaie concurrente en l’achetant pour faire monter son cours, puis de tout vendre d’un coup afin de faire s’effondrer le marché et décourager ses utilisateurs », écrit-il. La Fed peut créer toute la monnaie qu’elle veut et n’a pas à se soucier de ses pertes.
 
L’autre explication est que les gens qu’inquiète la création monétaire mais déçus de leurs tentatives de trouver refuge dans l’or, savent que le nombre de bitcoins est fixe. « De ce fait, le bitcoin devient une sorte de substitut à l’or et à l’argent », note Paul Craig Roberts.
 

Pour Paul Craig Roberts, l’or et l’argent « seuls vrais refuges »

 
Reste que si le nombre de bitcoins ne peut pas être augmenté, d’autres crypto-monnaies peuvent être créées. La Réserve fédérale pourrait organiser le mouvement… Roberts conclut : « De ce fait, les crypto-monnaies pourraient bien n’être que le refuge temporaire, laissant l’or et l’argent, dont la masse ne peut qu’être augmentée que lentement par l’extraction de métaux, comme seuls vrais refuges face à la destruction de valeur entraînée par la création monétaire. »
 
Le « mouvement » vers le bitcoin relève au demeurant non seulement d’un réflexe de protection, non seulement d’une frénésie spéculative, mais aussi d’une utopie libertaire portée par l’idéologie globaliste liée à internet. « Il sape le pouvoir de tout gouvernement sur terre à contrôler l’approvisionnement monétaire », se régale un jeune loup sur le site dollarvigilante. Il est probable que l’encours de son compte en bitcoins, réévalué de façon dantesque, constitue pour lui une raison, autre que politique, de se féliciter de son existence. Au demeurant le bitcoin ne vaut une fortune que tant qu’il permet d’acheter des biens dont le prix initial est fixé en monnaie nationale.
 

Les crypto-monnaies protègent-elles vraiment contre la création monétaire

 
In fine, l’avenir du bitcoin reste soumis à la mansuétude des gouvernements. Ewald Nowotny, président de la Banque nationale d’Autriche et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a déclaré que les banquiers centraux et les législateurs envisagent une régulation des cryptomonnaies, « comme c’est advenu en Chine où on les a interdites car jugées frauduleuses ». Pour autant, Nowotny minimise le risque, déclarant que leur marché « n’est pas si important que cela ». A un pour 8.100 dollars, le volume de bitcoins en circulation dans le monde atteint 134 milliards de dollars. Le bilan de la BCE atteignait 4.568 milliards de dollars mi-2017, celui de la Réserve fédérale 4.471 milliards et celui de la banque du Japon 4.467 milliards. Le chef de l’investissement de la banque UBS, Mark Haefele, estime que l’écosystème des crypto-monnaies manque de contrôle gouvernemental, exposant ses investisseurs à un « risque non-quantifiable », ce qui exclut que sa banque en mette en portefeuille.
 

Matthieu Lenoir