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Croisade et Djihad : le faux parallèle de la guerre sainte

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Parmi le catalogue des idées reçues mortifères de notre époque figure celle-ci : la Croisade et le Djihad seraient au fond la même chose. Deux versions de la guerre sainte, sacrée, exécutée pour accomplir la volonté de Dieu ou Allah. Par opposition aux guerres dont les motifs sont purement terrestres, civiles pour la conquête du pouvoir, étrangères pour la conquête de territoires. Ce faux parallèle ne tient aucun compte de la différence entre le Christ et Mahomet ; il est dirigé contre le christianisme, tant pour le dénigrer que pour le désarmer.
 
Sur l’islam, la doxa maçonnique se divise aujourd’hui, en apparence du moins. Le courant principal affirme que toutes les croyances convergent, suivant le modèle dominant au dix-huitième siècle et codifié par Hegel. Dans cet esprit, le fait que le Djihad ne soit pas en désuétude en terre musulmane serait lié à un moindre développement économique et éducatif. Cette analyse découle d’une théorie implicite des âges de l’humanité reprise d’Auguste Comte, mais cette continuité idéologique avec le positivisme n’est jamais explicitée, car le « retard » supposé pourrait être soupçonnable de « racisme » et entraîner une malédiction sans retour.
 
D’autres au contraire admettent la sauvagerie des Djihadistes actuels, osent même les placer dans une continuité idéologique longue, mais s’en servent pour mieux attaquer les Chrétiens, singulièrement les plus convaincus : dans cette optique, tous les « intégristes », dans toutes les religions, seraient de dangereux criminels en puissance.
 
On voit donc comment ce concept de guerre sainte commun à toutes les religions révélées est utilisé à des fins de propagande en faveur de l’islam et contre christianisme, en utilisant de purs fantasmes, car aujourd’hui, nul membre de l’Institut saint Pie X ne décapite personne, sauf erreur ou omission de notre part.
 
Dans le monde musulman, les Croisades des XI au XIIIème siècles sont dénoncées comme des agressions chrétiennes contre le Dar-al-Islam, territoire sous les lois de l’Islam. Saladin est encore un des plus grands héros du monde musulman pour avoir repris Jérusalem aux Croisés (1187), évidemment dans le cadre du Djihad. Ainsi les Djihadistes actuels usent souvent des termes arabes de « Croisés » contre les soldats américains en Afghanistan, ou les Français au Mali. De leur point de vue, des Chrétiens agressent le monde musulman. A l’inverse si la guerre sainte « défensive » est évidemment considérée par les imams comme légitime, l’offensive l’est tout autant, menant à la conquête par les armes de nouveaux territoires pour l’Islam.
 

La guerre sainte, ou Djihad, consubstantielle à l’islam

 
Le fondateur de l’Islam, Mahomet, est à la fois un poète et un homme de guerre. C’est par la force, la guerre, qu’il s’impose à Médine (622), puis à la Mecque (630), enfin à l’Arabie presque entière peu avant sa mort (632). Mahomet, source d’imitation suprême pour tous les musulmans, ne se montre pas un général particulièrement tendre ou miséricordieux. Il ordonne plusieurs fois le massacre d’adversaires, y compris de prisonniers, dont des membres de tribus arabes judaïsées ou des musulmans jugés douteux. Ainsi, le Calife Abou Bakr II al-Baghdadi reproduit fidèlement la geste de Mahomet ; il massacre en Irak et Syrie Chrétiens, Yézidis, ou « mauvais musulmans », facilement déterminés par le fait même de s’opposer à lui.
 
Le Djihad s’inscrit aussi dans la perspective de l’acquisition des biens du monde futur. Le paradis musulman réserve aux hommes valeureux au combat pour l’Islam, du moins ceux qui ont la grâce d’y trouver la mort, jusqu’à 72 vierges pour leur consommation personnelle, et ce pour l’éternité. Les femmes bonnes musulmanes, parfois désormais mobilisées aussi pour des attentats-suicides, seule innovation véritablement récente, recevraient dans l’autre monde des satisfactions purement spirituelles elles, selon la jurisprudence des plus doctes cheikhs. L’effort sur soi-même, au cœur du Djihad, suppose de supporter avec foi les privations, la faim, la soif, le sommeil, la maladie, les blessures, inévitables à la guerre.
 
Il est fallacieux de vouloir à tout prix distinguer, comme le font les médias désinformateurs, le « grand Djihad » (de pur effort sur soi-même) du « petit Djihad », guerrier, car les deux sont indissolublement liés. Un soldat ne saurait suivre ses envies, ses humeurs, dans n’importe quelle armée. Fort de leur légitimité sacrée, aujourd’hui comme hier, les émirs djihadistes se montrent intransigeants sur l’exécution stricte des ordres. C’est pourquoi peut-être, à ce qu’on en dit, certains volontaires venus de France pour effectuer leur Djihad en Syrie comprendraient mal les exécutions immédiates en cas de manque visible de zèle, y compris pour les taches logistiques. Ils découvrent un peu brutalement que le Djihad n’est pas aux 35 heures, coupées de pause pour la cigarette, plaisir absolument interdit. Les « Français » auraient donc désormais une mauvaise réputation dans la nébuleuse djihadiste internationale. Ceci ne veut pas dire pour autant qu’ils seraient inoffensifs, au Proche-Orient comme de retour en France.
 

La Croisade, une défense souvent dénaturée

 
Le faux parallèle répété par les médias tombe de lui-même quand on examine le Christ, sa vie, ses paroles. Le message chrétien est lui tout autre. Il n’ambitionne pas de construire avant tout une cité terrestre guerrière comme l’islam, confondant temporel et sacré, mais de mener des âmes au Ciel, les préparer à une éternité bienheureuse. Le Christ a refusé très explicitement plusieurs fois les tentations des Apôtres de proposer en son nom un soulèvement armé en Judée sous occupation romaine. Cette idée dans l’air du temps du premier siècle a conduit à la grande révolte quelques années plus tard et la destruction du Temple en 70 par Titus, conflit suicidaire, événement dramatique fondateur du Judaïsme moderne. Contrairement à ce que prétend la propagande actuelle, l’abstention des Chrétiens de la Révolte Juive, montre bien qu’ils étaient dès cette époque clairement distincts des Juifs de la synagogue.
 
Le Christianisme n’interdit pas de réaliser ses devoirs envers la Cité. Ces devoirs peuvent impliquer le service militaire, ou le métier des armes imposé de manière héréditaire pour les fils de soldats à partir des débuts du IVème siècle. Ainsi, saint Martin (317-397) en Gaule, pourtant touché par la vocation, doit servir ses années obligatoires dans l’armée, probablement vingt ans (330-350). Les légendes antimilitaristes le concernant sont probablement apocryphe, même si le futur évêque de Tours, toute sa vie d’une grande charité, n’a certainement jamais aimé verser le sang. Saint Augustin définit précisément la théologie de la guerre. Si combattre n’est jamais désirable, il est nécessaire pour toute société, y compris chrétienne, d’être défendue par des combattants, qui peuvent être chrétiens. Il faut défendre l’Empire contre les Barbares et les campagnes contre les brigands, affirme l’évêque d’Hippone dans les temps troublés des débuts du Vème siècle.
 
Si alors les Chrétiens doivent clairement accomplir leurs devoirs civiques, y compris militaires, l’idée de « Croisade » n’existe pas encore. Les soldats chrétiens, orientaux de l’Empire Byzantin dès le VIIème siècle, ou occidentaux, francs, à partir du VIIIème siècle, font face aux guerriers musulmans, arabes, puis arabo-berbères, animés par l’idéal du Djihad. Ceux-ci aspirent explicitement à conquérir des territoires chrétiens pour les intégrer dans le monde musulman. Un siècle suffit ensuite le plus souvent à islamiser ces territoires, les discriminations systématiques, lourdes, que subissent les Chrétiens poussant les moins convaincus à adopter l’islam. Ainsi l’islam s’est-il imposé en un siècle après la conquête dans les terres chrétiennes de Syrie, Egypte, Afrique du Nord, Espagne, Sicile.
 
La Croisade est prêchée par le Pape Urbain II au Concile de Clermont en 1095. Contrairement aux luttes scandaleuses qui opposent entre eux des Chrétiens, la Croisade se définit comme un combat sacré qui obéit à deux motifs. Venir en aide à la Chrétienté orientale menacée d’invasion, à l’époque de l’installation massive des Turcs musulmans dans l’Anatolie jusque-là grecque, arménienne et chrétienne exclusivement, et délivrer les Lieux Saints de Palestine, ainsi que les Chrétiens locaux. Le texte d’origine n’a pas été conservé. Les chroniques à peine postérieures se recoupent largement, insistant tantôt sur l’un tantôt sur l’autre de ces deux aspects. Le résultat est atteint : l’Empire Byzantin est sauvé par la Première Croisade et sa victoire de Dorylée en 1097, en Anatolie Occidentale, et Jérusalem est délivrée en 1099. Aujourd’hui, il est de bon ton, contresens courant, d’attribuer la disparition de l’Empire Byzantin, emporté par les Turcs, aux Croisades. Rien n’est plus faux. Il a été sauvé une fois au XIème siècle, et emporté au XIVème siècle, du fait de l’appel imprudent et massif à des mercenaires turcs dans sa guerre civile entre Grecs des années 1340. D’où la chute de Constantinople en 1453, qui était encerclée depuis un siècle de terres sous domination Turque.
 
La notion de Croisade est étendue aux XIIème siècle aux guerres contre les musulmans en Espagne, puis le païens des Pays Baltes, enfin au XIIIème siècle contre les Chrétiens hérétiques, comme les cathares.
 
Cette extension finira par gauchir le sens du mot Croisade au XIIIème siècle. On aboutira à des abus manifestes, telles les « croisades » prêchée contre les empereurs allemands, ou les rois d’Aragon, réputés mauvais chrétiens, excommuniés pour des motifs avant tout politiques. Cela finira par la négation de la Croisade : des combats entre Chrétiens catholiques. La question de l’extension de la Croisade contre les schismatiques grecs au XIIIème siècle est dès cette époque fort débattue. Elle est couramment considérée aussi comme un abus. Si le drame de la Prise de Constantinople en 1204 par les Latins est avant tout causée par des querelles byzantines de succession impériale parmi les Grecs, elle marque dans les esprits une claire rupture. Saint Louis peine à faire revivre la Croisade au cœur du XIIIème siècle. Après l’échec de sa Croisade en Egypte (1248-1254), sa deuxième Croisade en Tunisie (1270) passe pour une aventure anachronique, téméraire, plus vraiment comprise par les contemporains, comme ose le relever Joinville, pourtant son compagnon et hagiographe.
 

Un faux parallèle que l’histoire dément

 
L’idéal de Croisade survit quelque peu dans l’Est de l’Europe et dans la Méditerranée, certainement jusqu’au XVIème siècle, voire partiellement jusqu’au XVIIIème siècle, avec en particulier les guerres de l’Ordre de Malte ou de l’Autriche contre l’Empire ottoman, un Califat pratiquant volontiers le Djihad.
 
Tandis que la Croisade tombe en désuétude, très nette, puis disparaît, le Djihad lui se maintient pleinement, car il forme l’essence même de l’Islam. Il s’observe de manière continue. S’il existe en effet une forme de mode intense du Djihad depuis les années 1990-2000, il ne s’agit en aucun cas d’un renouveau sectaire fondamentaliste qui renouerait avec une chaîne brisée depuis longtemps. Le djihad a été prêché à Khartoum au dix-neuvième siècle, dans le Riff et le Djebel druze au vingtième, et même durant la guerre d’Algérie. Même des régimes a priori laïcs, de l’Egypte des années 1950 à l’Irak des années 1990 ont au moins usé de la rhétorique du Djihad, avec toute la signification lourde utilisée dès l’origine et toujours parfaitement comprise. Aujourd’hui, au lieu de concerner d’obscures guérillas africaines, malaises, voire afghanes, le Djihad est redevenu très visible dans sa centralité avec les événements dramatiques actuels en Irak et Syrie, mais aussi en Libye, Nigéria, Centrafrique, Somalie, etc…
 
En face, le Christianisme donne l’impression d’un désarmement unilatéral, quand ce n’est pas une franche capitulation devant les exigences musulmanes réclamant des « repentances » pour la Croisade, soit la défense des Chrétiens d’Orient ou des Lieux Saints sur des terres chrétiennes avant l’invasion musulmane ! Si le Chrétien ne peut plus parler comme au XIème siècle, il faudrait tout de même réfléchir à davantage de fermeté, de solidarité active envers les Chrétiens d’Orient, au lieu de s’abandonner à des dialogues à sens unique et une cécité volontaire.