Espagne : Podemos veut en finir avec la messe télévisée du dimanche

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Pablo Iglesias Turrión, secrétaire général du parti Podemos


 
Que le mouvement d’extrême gauche populiste Podemos en Espagne soit foncièrement anti-catholique devient de plus en plus évident. Il vient de présenter une proposition de résolution au Congrès des députés à Madrid, demandant que la traditionnelle messe télévisée du dimanche ne soit plus diffusée par la télévision d’Etat. Le chef nouvellement réélu de Podemos veut en finir avec l’idée que les moyens de communication publique soient des espaces « où sont réalisés des rites religieux de n’importe quel type », au motif que l’Espagne est un pays laïque.
 
La proposition de résolution s’appuie sur le fait que l’Espagne est désormais un pays multi-religieux : « Y cohabitent des gens de nombreuses idéologies et de croyances religieuses diverses : catholiques, islamistes (sic), évangéliques, orthodoxes, athées, agnostiques ou juifs », a souligné Pablo Iglesias. Faute de pouvoir donner un espace à chacune des croyances ou systèmes idéologiques, c’est au nom de la lutte contre l’exclusion que Podemos veut en finir avec cette tradition de la messe télévisée : « Pour que personne ne puisse se sentir discriminé, l’attitude la plus sensée pour une télévision publique serait l’absolue neutralité en matière d’idéologie, de religion ou de croyances ».
 

La messe du dimanche télévisée, insupportable dans un Etat laïque ?

 
Il y a de quoi s’étouffer de rire : les médias publics, en Espagne comme dans tant de pays, ont adopté depuis longtemps leur propre idéologie qui penche largement à gauche et prône invariablement la culture de mort. La neutralité est un leurre. Et la volonté de déprogrammer la messe est catholique, qui correspond à la fois professée par très grande majorité d’Espagnols, est en soi un marqueur de cette idéologie.
 
Quant à Podemos, il possède son propre « cercle de spiritualité progressiste » que nous évoquions ici : il combat la religion traditionnelle catholique de l’Espagne et prône ouvertement le syncrétisme, élément tout de même essentiel pour comprendre cette nouvelle initiative très médiatisée.
 
Alors que le mouvement « Unidos Podemos » – c’est son nom complet – demande ainsi de manière hypocrite le « respect de toutes les croyances et idéologies », il a rencontré un début de renfort de la part des centristes de Ciudadanos qui se sont montrés ouverts à « un débat sur ce qui est retransmis par la chaîne publique », affirmant leur accord avec Podemos sur la laïcité de l’Espagne.
 
État qui possède pourtant toujours un concordat avec le Vatican, mais il est vrai que Podemos voudrait aussi le voir dénoncé…
 

En Espagne, Podemos est le représentant privilégié du syncrétisme religieux

 
L’initiative est d’autant plus paradoxale et manifestement contraire à la volonté d’un grand nombre que la chaîne publique « La 2 » de la télévision espagnole (TVE) fait actuellement d’excellentes audiences, à l’aune espagnole, pour la messe dominicale télévisée. Chaque dimanche, c’est l’émission qui enregistre l’audimat le plus élevé. Pour cette dernière saison, démarrée le 1er septembre, la moyenne du nombre de spectateurs et de 6,6 %, soit 327.000 âmes, alors que la moyenne d’audience de la chaîne sur la période plafonne à 2,6 %.
 
Paradoxalement encore, au jour où la résolution parlementaire fut présentée, on enregistrait justement le record d’audimat pour la messe du dimanche : 7,1 %, soit 366.000 téléspectateurs.
 
Infocatolica y voit la raison pour laquelle TVE a toujours refusé de toucher à ce créneau.
 
Certes, l’audience est âgée. Ce sont surtout des retraités de plus de 65 ans, et parmi eux les femmes sont trois fois plus nombreuses que les hommes. Ce qui se comprend : les catholiques pratiquants en état d’aller à la messe ne la regardent pas à la télévision, et ce service concerne avant tout les personnes âgées, plus de femmes que d’hommes, incapables de se déplacer physiquement pour accomplir leur devoir dominical. Un pis-aller certes, mais également un moyen d’aider les personnes isolées à marquer la sanctification du dimanche quand elles n’ont pas d’autres moyens.
 

Anne Dolhein