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Apocalypse Now : la fin de l’histoire est proche, selon le patriarche Cyrille de Moscou qui appelle les « forces saines » à faire bloc

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S’exprimant à l’issue d’une divine liturgie à la cathédrale Saint-Sauveur de Moscou, lundi, le patriarche Cyrille de l’Eglise orthodoxe russe s’est adressé à l’assistance à l’occasion de son 71e anniversaire, en annonçant que la « fin de l’histoire » est proche. Affirmant que selon l’enseignement chrétien (introuvable parmi les dogmes catholiques) l’homme peut retarder la survenue de l’Apocalypse, le patriarche Kirill a invité « tous ceux qui aiment la Mère patrie à s’unir » : « Ce n’est pas le moment de faire tanguer le navire des passions humaines, c’est aujourd’hui le temps de rallier toutes les forces saines. »
 
L’Apocalypse à venir « est déjà visible à l’œil nu », selon le patriarche, qui a invité la société à s’unir pour empêcher que le monde ne glisse vers « l’abîme de la fin de l’histoire ». « Voilà pourquoi l’Eglise, l’art, la culture, nos écrivains et scientifiques – tous ceux qui aiment la Mère patrie – doivent se réunir car nous entrons dans une période critique pour la civilisation humaine » a-t-il ajouté.
 

Les forces saines du monde peuvent éloigner la fin de l’histoire selon le patriarche Cyrille de Moscou

 
Le patriarche Cyrille, proche conseiller de Vladimir Poutine, au faîte d’une carrière fulgurante au sein de l’Eglise orthodoxe russe du temps de sa proximité avec le pouvoir soviétique – Vladimir Mikhailovich Gundyayev était nommé recteur de l’académie théologique de Leningrad à l’âge de 28 ans en 1974, et évêque à 31 ans – il est surtout connu en Occident pour sa dénonciation du rejet de l’héritage chrétien par l’Ouest et n’a jamais remis en cause le rôle joué par l’Eglise orthodoxe russe au cours de la période communiste, après qu’une grande partie de sa hiérarchie eut été détruite par la Révolution d’octobre. Tout au plus a-t-il affirmé dans un livre, Liberté et responsabilité, qu’en ces temps-là « Seule l’Eglise et le monde de la culture avaient pu construire leur propre espace, loin du diktat spirituel ». Ce qui se discute…
 
En annonçant ainsi la fin du monde, qu’il s’agirait de retarder par l’unité à la fois au sein de la Russie et dans le monde, le patriarche Kirill pose clairement la Russie comme guide et chef de file de l’opposition à la décadence. Et lorsqu’il accuse, comme il l’a fait lundi, de nombreux « membres russes modernes de l’intelligentsia » de reproduire les erreurs de leurs prédécesseurs qui ont conduit le pays vers les ruines événements révolutionnaires du début du XXe siècle, il dissocie clairement cette caste du pouvoir.
 

Faire bloc… contre l’Occident ?

 
On peut apprécier les déclarations musclées du patriarche contre le « mariage » gay par exemple – en 2016 il disait déjà voir dans ces nouvelles lois à travers le monde un signe d’apocalypse – tout en gardant quelque sens critique.
 
Ces derniers jours, le patriarche a par exemple dénoncé l’athéisme occidental comme « bien pire que ce qui est arrivé à la religion dans l’Union soviétique : l’“athéisation” rapide, l’expulsion de Dieu de la vie humaine, au mépris du divin et de la loi morale », ainsi qu’il l’a affirmé lors d’une rencontre avec l’archevêque anglican de Cantorbéry, Justin Welby, mercredi à Moscou.
 
Le patriarche a affirmé qu’il fut un temps où l’athéisme avait été planté dans l’Union soviétique, mais « la faiblesse de l’“athéisation” a consisté dans le fait qu’il s’est agi d’une conséquence de l’implantation d’une idéologie, et les idéologies ne vivent pas longtemps : une fois l’idéologie disparue il y a moins d’“athéisation” », pense-t-il. En Occident, c’est l’ignorance des valeurs morales au sein des législations nationales qui constitue « une tendance très dangereuse » selon lui : « Si le peuple, par la vertu de la loi de l’État, est conduit à avoir de la sympathie pour le péché ou à ressentir une solidarité à son égard, alors l’entrée dans une réalité pré-apocalyptique s’approche. »
 
Mais si la Russie ne reconnaît pas le « mariage » gay par exemple, l’avortement y est bien plus fréquent que dans les nations occidentales et le divorce reste endémique, tous deux ayant été légalisés, avec bien d’autres lois de mort, dès les premières années du bolchevisme. L’état de l’Occident « pire » que ce que fut l’Union soviétique ? Il faut oser… Et la Russie d’aujourd’hui, avec sa GPA légale, la dénatalité toujours actuelle et d’autres formes de décadence spirituelle, n’est pas non plus un modèle.
 

L’Apocalypse est proche, les signes visibles « à l’œil nu »

 
Certes, le patriarche a souligné ce vendredi lors d’une réunion du conseil suprême de l’Eglise orthodoxe de Russie qu’il faut rejeter de manière décisive « toutes les révolutions et les révoltes » en rappelant que l’essentiel du XXe siècle pour l’Eglise de Russie doit être la commémoration de l’héroïsme des nouveaux martyrs persécutés par les bolcheviques. Mais la tendance est claire chez lui – même si elle est modulée selon les circonstances comme l’observe Samuel Lieven dans La Croix – de distinguer les événements de 1917 de ce qui s’est produit au cours des décennies suivantes. Voilà qui répond à une autre tendance, notable parmi les glorificateurs de la Russie, qui consiste à accuser la pensée occidentale d’avoir été à l’origine de la Révolution à travers le marxisme-léninisme, pensée dont la Russie ce serait au moins partiellement préservée grâces à l’orthodoxie.
 
Par ailleurs, le patriarche Kirill est au premier rang du dialogue inter-religieux. C’est lui qui s’est rapproché du pape François en terre cubaine – toujours communiste – et à l’occasion de son 71e anniversaire, il a reçu cette semaine les félicitations du premier ministre Dimitri Medvedev qui l’a particulièrement remercié d’avoir maintenu un dialogue constant entre les religions et entre les confessions chrétiennes, de manière à consolider le monde russe.
 
« C’est ce que vous avez accompli de manière la plus absolue », a déclaré Medvedev dans un télégramme de félicitations où il crédite le patriarche d’avoir assuré la « consolidation du monde russe avec ses multiples millions » d’habitants en « assurant leur lien avec la patrie, leur identité culturelle, leurs traditions et la langue russe ». Le Premier ministre a également salué les liens entre l’Etat et l’Eglise orthodoxe russe en vue d’un « dialogue constructif » qui a pour objectif « d’améliorer la vie des gens dans le pays ».
 
Cela passe notamment par le soutien explicite de l’Eglise orthodoxe aux initiatives du pouvoir, notamment vis-à-vis de l’Ukraine.
 

Jeanne Smits