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Globalisation : la longue marche de la Chine vers le cœur des marchés financiers

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Le site d’informations financières Trustnet.com encourage ses lecteurs à prêter davantage attention aux manœuvres de la Chine qui prend des positions de plus en plus affirmées au cœur des marchés financiers du monde entier. Son ambitieux objectif, dans le cadre d’une globalisation dont elle prendrait bien la tête, vise à augmenter le volume de ses échanges, selon l’analyste en chef de Matthews Asia, Robert Horrocks.
 
L’article observe que nombre d’économistes se sont inquiétés du ralentissement de la croissance chinoise, notamment à la suite de la dévaluation du renminbi en 2015. Ils sont moins nombreux à avoir perçu l’intention claire de la Chine de s’installer au centre des échanges mondiaux. On a aussi beaucoup parlé des sanctions dont Trump a menacé la Chine après son entrée à la Maison-Blanche, mais le moral reste au beau fixe à Pékin avec un index MSCI qui a crû de 17,64 % depuis novembre dernier.
 
Cette expansion chinoise se fait vers l’Ouest, s’appuyant notamment sur la Nouvelle route de la soie et la création de nombreuses infrastructures permettant une circulation aisée des marchandises à la fois vers l’Asie du Sud-Est, le Proche-Orient et à moins court terme, l’Inde et l’Europe.
 

La Chine s’affirme de plus en plus sur les marchés financiers

 
Il n’y a pas de mondialisation sans fret, et pas de fret bon marché – condition essentielle de la globalisation lui aussi – sans infrastructures de qualité ; la Chine le sait et entend en tirer parti. Dans le même temps, les constructions pharaoniques qu’elle a programmées mobilisent des travailleurs alors que par ailleurs son économie ralentit : il suffit de déplacer des armées d’ouvriers qui se sont installés dans le Nord-Est pour y trouver un emploi vers les zones de travaux.
 
« Cela signifie également que la Chine n’exporte plus seulement depuis sa façade maritime orientale mais également, désormais, par la terre vers l’Occident, ce qui l’a subitement placée au centre des échanges globaux », observe l’analyste, qui met en garde contre la minimisation des propos de Xi Jingping qui n’a cessé ces derniers mois de redire à quel point la globalisation pouvait être riche de bénéfices.
 
Il s’agit bien d’une politique stratégique délibérée à long terme, selon Horrocks. « Les Chinois ont vu ce qui se passe pour les nations qui se placent au cœur des échanges mondiaux : elles accroissent leur influence politique et tendent à amasser beaucoup de richesses. Voilà essentiellement ce que les Chinois sont en train de faire. »
 

La globalisation a profité (relativement) aux travailleurs chinois

 
L’Orient, à l’inverse de l’Occident, est bénéficiaire net de la mondialisation, rappelle Robert Horrocks, et la Chine en particulier a tout intérêt à ce que cette réalité s’installe davantage, alors même que les travailleurs en Occident n’ont pas eu leur part de la manne qu’en tirent industriels et financiers. Ainsi les marchés financiers aux Etats-Unis se portent bien malgré une croissance très modeste – la valeur de leur index a augmenté de près de 195 % ces 10 dernières années, compensant très largement la chute qui a fait suite à la crise de 2007, tandis que la situation des ouvriers s’aggrave. Cela explique la « méfiance », des travailleurs américains, notamment à l’égard du mondialisme, assure l’auteur. Les travailleurs chinois, eux, ont obtenu une plus grande part du PIB (il faut dire qu’ils partaient de très loin, tout est relatif !).
 
Selon Horrocks cette phase est aujourd’hui terminée, la part des investisseurs s’améliorant et augmentant le pouvoir d’attraction des entreprises chinoises à l’heure où les gains sont « mieux répartis » entre travailleurs et industriels. Et il se vante d’avoir mis en place un fonds d’investissement pour Matthews Asia, l’Asia Dividend Fund, qui privilégie les actions chinoises et qui se révèle bien plus rentable que le fonds « Pacific benchmark » de la même société, affichant un retour sur investissement de plus de 61 % sur ces trois dernières années contre 52,75 % pour le fonds Pacific.
 

Au cœur de la mondialisation, la Chine installe sa puissance politique et économique

 
En clair : les ouvriers manufacturiers chinois, avec un salaire horaire moyen de 3,6 dollars par heure, davantage désormais qu’au Brésil ou au Mexique, ont triplé leurs gains entre 2005 et 2016 en prix constants ; mais si Horrocks a raison, cette augmentation ne se poursuivra pas en raison du poids croissant des dividendes. Dans le même temps, de nombreux pays d’Amérique latine mais aussi d’Europe, victimes, ceux-ci, de la désindustrialisation, connaissent une forte chute : ainsi le salaire horaire moyen des ouvriers manufacturiers au Portugal en prix constant est passé entre 2005 et 2016 de 6,3 à 4,5 dollars selon fr.express : une vraie paupérisation, alors que le coût de la vie y est autrement plus élevé. L’ouvrier chinois, lui, a déjà – tristement – l’habitude du logement collectif ou de l’appartement à une cinquantaine de dollars par mois où il peut rêver s’installer à son mariage, pour y avoir un enfant ou tout au plus deux enfants « réglementaires », sous l’œil vigilant du pouvoir communiste.
 
C’est aussi cela, la mondialisation : l’alignement délibéré des classes prolétaires par un nivellement qui frappe en priorité les vieux pays d’Europe.
 

Anne Dolhein