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L’Apôtre : conversion d’un musulman au catholicisme


 
L’Apôtre est un film militant. Il ne renvoie pas à une reconstitution des temps apostolique dans une sorte de péplum chrétien, mais se veut immergé dans la réalité la plus actuelle. Il décrit la conversion d’un musulman en France, en banlieue, chose peu appréciée des fidèles de l’islam, à commencer par ses proches.
 
Le sujet est très rarement abordé au cinéma. N’existent véritablement, sur un thème proche, que des films explicitement prosélytes de sectes évangélistes, et diffusées uniquement dans leurs temples, qui aspirent à convertir les musulmans à leur compréhension du protestantisme. D’où l’accusation immédiate, parmi d’autres, de prosélytisme naïf en faveur cette fois du catholicisme. Ceci ne nous gênerait nullement, mais ce n’est pas ce dont il s’agit véritablement. Tout au plus l’Apôtre fournit-il, dans cet ordre d’idées, des témoignages reconstitués, émouvants, ce qui est déjà beaucoup et trop rare.
 

L’apôtre est un film de professionnel

 
Dans un pays largement islamisé comme la France, l’Apôtre a déjà provoqué un petit scandale. Il « stigmatiserait » les musulmans, selon le terme de la sociologie militante de gauche. Le film a subi un véritable lynchage médiatique à ce sujet. Il a aussi souffert d’une quasi-censure de fait, avec une distribution très limitée, oscillant entre une et deux salles seulement à Paris par exemple.
 
Ce procès stalinien, habituel, s’avère injustifié. La réalisatrice, Cheyenne Caron, a même été très attaquée sur sa foi catholique récente. Elle aurait fait preuve d’un zèle prosélyte primaire. Ce n’est pas le cas. Même si le catholicisme affiché ne domine vraiment pas le monde du cinéma, et que cet élément la rend a priori sympathique. Elle dispose en outre d’une expérience de plus d’une décennie dans le travail de réalisation de films, avec une petite réputation récompensée par des prix de festivals, certes mineurs. Comme les interprètes, elle n’a cessé de livrer toutes les explications possibles sur leur démarche, et compatibles avec les exigences de ce monde, peut-être quelque peu pris dans ses contradictions. Au nom des droits de l’homme, suivant la Déclaration Universelle de l’ONU de 1948, en son article 18, tout homme peut changer librement d’appartenance religieuse. Pourquoi les musulmans en France ne le pourraient-ils pas ?
 
Le reproche de caricature des musulmans ne tient pas une seconde. A quelques excités près, dont il serait absurde de nier l’existence, d’ailleurs avant tout pénibles pour leurs proches, les musulmans sont vraiment présentés dans ce film comme des braves gens, travailleurs, accueillants, chaleureux. Par moment, on croirait que le film entrerait presque dans la propagande habituelle de l’audiovisuel public, sur la merveilleuse hospitalité orientale transposée en région parisienne. Seulement voilà, la démarche, bien montrée, de conversion d’un musulman au christianisme, dérange. Elle agace les associations musulmanes, ce qui se conçoit immédiatement, mais aussi les censeurs de gauche, qui loin de la « tolérance » générale proclamée révèlent leur vraie nature, fondamentalement antichrétienne. Le film montre d’ailleurs aussi des individus d’origine européenne, donc aux ancêtres chrétiens, à la mosquée, minoritaires mais présents, et ceci ne les gêne nullement. Le caractère multiracial des mosquées reflète d’ailleurs une réalité indiscutable, peu encourageante pour l’avenir de notre pays, dont il manifeste l’islamisation croissante.
 

Une vision positive de l’islam

 
L’autorité en matière d’Islam est incarnée par le personnage de l’oncle maternel d’Akim, imam. Il croit en la fausse religion qu’il enseigne. Ses prêches sonnent vrai, du point de vue doctrinal et sociologique. Il ne donne pas dans des outrances faciles, tentation de certains de ses fidèles, aux interventions spontanées en arabe non sous-titrées, alors qu’elles seraient instructives. Il ne construit pas non plus un islam imaginaire, libéral, auquel les médias français tentent de faire croire par leur matraquage plus fourni que jamais depuis les exploits du Califat Islamiques en Irak et Syrie. L’imam de Montreuil se garde certes de les condamner, ou de hasarder tout propos au sujet des djihadistes. Il donne des conseils pratiques à ses fidèles, en s’appuyant sur la jurisprudence musulmane, et un certain bon sens. Il définit l’imam comme un médiateur naturel lorsque les fidèles ont des différends, ce qui impose distance et sagesse, certainement pas surexcitation et colère facile. Ainsi, il déconseille à un de ses fidèles aux revenus modestes de prendre une deuxième femme. Certainement pas au nom des lois françaises, parfaitement hors sujet dans leur univers mental, mais de la prudence, car seul un homme riche peut avoir jusqu’à quatre femmes. Il faudrait aussi aimer également toutes ses femmes, idéal difficile à atteindre, sinon impossible, opinion qu’il ose avancer, sans pour autant contredire le moins du monde explicitement le Coran.
 
De façon générale, l’imam refuse d’en rajouter dans le sens de la dureté sur le Coran, sans chercher pour autant à atténuer une lettre au fond souvent dure. Il lui reste indiscutablement fidèle, d’où le caractère limité de la spiritualité qu’il propose. La chose est parfaitement claire dans l’Apôtre, et ce avec d’autant plus de force qu’il ne s’agit pas d’un excité instable ni même d’un homme mauvais. Significativement, il enregistre, acte juridique, peiné mais calme, ce qui est à ses yeux l’apostasie de son neveu. Il lui rappelle les malédictions d’Allah qui l’attendent selon lui, lui souhaite le « repentir » prompt, mais sans éclats. Le frère du converti, ou d’autres fidèles, se montrent plus violents.
 

Un musulman à Montreuil, d’où le catholicisme disparaît

 
L’action se déroule à Montreuil, grande commune voisine de Paris, et de facto largement terre d’Islam. La ville, sauf distraction, jamais nommée, est d’ailleurs bien filmée. Sur le plan descriptif de la géographie urbaine, les variations si significatives des habitats, typiques de la première ceinture de banlieue de Paris, sont bien montrées. On y note les alternances d’immeubles hauts des années 1960 ou postérieurs, d’anciens relativement bas de la fin du XIXème siècle, d’habitats pavillonnaires. Un professeur d’histoire-géographie, pourra en tirer des extraits exploitables –soit dit en passant pour les professionnels. Sur le plan religieux, on découvre de nombreuses mosquées, souvent d’anciens locaux industriels, ce dont se plaignent les fidèles, qui aimeraient davantage de beauté et de visibilité. Demeure encore dans le paysage urbain une grande église de Montreuil, de style composite, sur un site chrétien depuis le VIIIème siècle, Saint Pierre-Saint Paul. Une des beautés méconnues de Montreuil réside en ses nombreux parcs, dont les plus occidentaux offrent parmi les plus belles et les plus méconnues des vues sur Paris. L’Apôtre peut donner des idées de promenade au Francilien.
 
Surtout, la banlieue est clairement une terre d’Islam, culte évidemment le plus pratiqué. Les mosquées sont pleines. La messe ne réunit qu’une dizaine de fidèles dispersés dans une vaste nef qui semble bien vide. Hélas, il s’agit du reflet fidèle de la réalité.
 

Un récit de conversion émouvant

 
Le personnage principal, Akim, rencontre, après un accident de circulation sans gravité, son témoin de constat, jeune père européen, ouvrier dans un garage, avec lequel il sympathise. Il décide, après beaucoup d’hésitations d’assister au baptême de sa petite fille. Cette cérémonie le bouleverse. Il ose s’interroger sur le sens véritable et profond du christianisme. Il remet en cause son éducation musulmane qui lui en a donné évidemment une caricature très négative des « associationnistes », c’est-à-dire trinitaires. Les arguments des musulmans sur l’« absurdité » prétendue du christianisme recoupent largement ceux des déistes, voire athées, en une claire complicité dans l’hostilité. Ce qui n’empêche pas les musulmans de détester les athées bien plus que les Chrétiens, chose d’ailleurs rappelée dans le film.
 
Akim s’interroge sur la monstruosité, pour les musulmans, de l’Incarnation, Dieu qui devient véritablement Homme, sans cesser d’être Dieu, et ce par Amour. L’Incarnation détermine le dogme de la Trinité, ce que l’ancien musulman comprend parfaitement. Ce qu’il manque à l’Islam, c’est l’Amour, constate-t-il. Et ce point de vue simple est très juste. La réalisatrice montre dans l’Apôtre, chose rare au cinéma, la Grâce opérer. Elle triomphe des craintes, des tentations de négation, de dissimulation, afin de ne pas rompre avec le milieu familial ou amical.
 
Sur ce plan, le film mérite son prix spécial de la Capax Dei Foundation, sous le patronage du Conseil pontifical pour la culture, dans le cadre du festival cinématographique Mirabile Dictu. Ce prix récompense en principe un film manifestant une grande valeur évangélisatrice. Toutefois, le spectateur catholique attentif ne saurait hélas décerner que des louanges à l’Apôtre.
 

Un message hélas contaminé par l’humanisme maçon

 
Ainsi, hélas, le message n’est pas pur, du point de vue catholique intégral. Ou plus exactement, y coexistent le meilleur et le moins. Le meilleur : le récit d’une conversion, les récits d’autres semblables incluses dans le film, émouvantes, avec le fait de ne pas cacher les réactions hostiles, souvent violentes, des anciens coreligionnaires musulmans. Le moins bon, le beaucoup plus convenu, et donc relativement décevant : un appel à la tolérance, aux droits de l’homme. La Religion serait surtout une affaire personnelle : des itinéraires spirituels différents pour chacun, tous également estimables et potentiellement salvifiques. Un musulman qui se convertirait au catholicisme ne serait que le symétrique du catholique qui apostasierait au profit de l’Islam, aucun n’étant condamné. La réalisatrice, catholique convaincue à la mode de Jean-Paul II, déclare dans ses explications dénoncer « tous les intégrismes », renouant sans en avoir conscience probablement avec un discours maçonnique. Un catholique convaincu que sa Religion serait la seule vraie, comme le demande le catéchisme, pourrait lui aussi tomber sous l’accusation « d’intégrisme ». La scène finale, parfaitement voulue comme symboliquement forte, n’est donc pas une distraction. Elle offre le spectacle discutable d’une prière simultanée du Chrétien et du musulman, à la mode des rencontres interreligieuses d’Assise.
 
Ces éléments trop convenus s’avèrent pénibles. Ils affaiblissent la valeur catholique du film. Ceci n’enlève pas l’essentiel, un beau récit de conversion d’un musulman au catholicisme.