La lettre du pape François aux évêques pour la fête des Saints Innocents… et ses omissions

lettre Pape évêques Saints Innocents omissions

Le Massacre des Innocents (1628-1629), Nicolas Poussin


 
Dans une lettre adressée à tous les évêques du monde – sous l’entête « Cher frère » – le pape François a saisi l’occasion de la fête des Saints Innocents, le 28 décembre, pour dire sa préoccupation à l’égard des enfants dans le monde. « Je sens le besoin de t’écrire », note le pape, en rappelant que la bonne nouvelle est la « grande joie » annoncée par Noël parce que « Noël, malgré nous, est accompagné aussi de pleurs » : « “C’est Rachel qui pleure ses fils.” C’est le gémissement de douleur des mères qui pleurent la mort de leurs enfants innocents en raison de la tyrannie et de la soif effrénée de pouvoir d’Hérode. » Mais à propos de ces pleurs, il y a des omissions étranges…
 
Ce gémissement, assure le pape, nous pouvons l’entendre « encore aujourd’hui » à travers les pleurs des mères.
 
Avec plus d’un milliard de victimes de l’avortement au cours de ces 50 dernières années, le plus important massacre d’innocents qu’on ait jamais connu, et qui a fait plus de victimes que toutes les guerres que l’humanité a connues, on pouvait s’attendre à une dénonciation du « crime abominable » rendu légal dans tant de pays à travers le monde. Mais il n’en est rien.
 

Le Pape écrit à tous les évêques pour le jour des Saints Innocents

 
Le pape était-il obligé de parler de l’avortement le jour du 28 décembre ? Pourquoi le critiquer quand il a été déjà si clair sur la question à Noël, au grand dam de la grande presse, comparant les ravages de la guerre avec ceux du crime contre l’enfant à naître ?
 
Eh bien, parce que le massacre des Innocents était une véritable mise à mort en haine du Christ, et qu’aujourd’hui la culture de mort a institué cette haine en modèle et en consensus culturel. Parler des Saints Innocents sans penser aux petits êtres innocents aujourd’hui massacrés, c’est passer à côté d’une calamité aux dimensions morales effrayantes.
 
Le pape veut que les évêques sachent défendre la joie de Noël et la « protéger des nouveaux Hérode de notre époque qui détruisent l’innocence de nos enfants ».
 

La lettre du Pape François oublie le massacre des innocents contemporain

 
Cette innocence brisée, pour le pape, c’est « le poids du travail clandestin et de l’esclavage, sous le poids de la prostitution et de l’exploitation ». Et encore : « Une innocence détruite par les guerres et par l’émigration forcée, avec la perte de tout ce que cela comporte. Des milliers de nos enfants sont tombés entre les mains de bandits, de mafias, de marchands de mort qui ne font que détruire et exploiter leurs besoins. »
 
Le pape poursuit :
 
« A titre d’exemple, aujourd’hui, 75 millions d’enfants – en raison des situations d’urgence et des crises prolongées – ont dû interrompre leur instruction. En 2015, 68 % des personnes faisant l’objet de trafic sexuel dans le monde étaient des enfants. Par ailleurs, un tiers des enfants qui ont dû vivre en dehors de leurs pays l’ont fait par déplacement forcé. Nous vivons dans un monde où presque la moitié des enfants qui meurent en dessous de 5 ans, meurent de malnutrition. En 2016, on calcule que 150 millions d’enfants mineurs ont travaillé, pour beaucoup dans des conditions d’esclavage. Selon le dernier rapport de l’UNICEF, si la situation mondiale ne change pas, en 2030, 167 millions d’enfants vivront dans une extrême pauvreté, 69 millions d’enfants en dessous de 5 ans mourront entre 2016 et 2030, et 60 millions d’enfants n’iront pas à l’école primaire. »
 
L’innocence brisée dans le cadre de la prostitution, oui. Ou des abus sexuels commis par des prêtres, sur lequel le pape revient plus loin pour demander la « tolérance zéro ».
 

Le massacre de l’innocence : une réalité – mais pourquoi cette omission de la pornographie et de la culture de mort ?

 
Mais par la « malnutritrion », le « travail », le « manque d’instruction » ? Ces malheurs cités sont des choses tristes en effet, condamnables et imputables à la méchanceté des hommes – par cupidité ou désir de puissance – lorsqu’elles résultent de mauvaises actions… Mais qui ne tuent ni les corps, comme le fait l’avortement, ni les âmes.
 
Et l’on s’étonne de voir le pape citer l’UNICEF. Celle-ci participe à sa façon à la culture de mort en signant des documents demandant la légalisation de l’avortement, et le Vatican refuse de soutenir l’agence onusienne depuis 1996 pour cette raison précisément.
 
Puisqu’il est question, à juste titre, de l’innocence massacrée des enfants, pourquoi ne pas citer cette vague de destruction des âmes qu’est la pornographie à laquelle les enfants et les jeunes ont si facilement accès ? Pourquoi ne pas citer la prétendue « éducation sexuelle » à laquelle sont soumis tant de jeunes, et qui est si souvent une véritable incitation à la débauche ?
 
La perte de leurs âmes, ou la tentative de pousser les enfants toujours plus tôt et plus vite vers cette mort de l’âme, n’est-elle pas plus grave que le mal fait aux corps ?
 

Anne Dolhein