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Une maison d’exercices spirituels catholique accueille une session New Age en Espagne

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Il y a un mois environ, la Résidence San José de El Escorial près de Madrid accueillait la 36e rencontre de l’Asociación Española de Sanadores Espirituales (AESE, association espagnole des guérisseurs spirituels). La lecture, par des catholiques inquiets, du programme publié en ligne, les a incités à saisir la Red Ibeoamericana de Estudio de las Sectas (Réseau ibéroaméricain d’étude des sectes). Celui-ci a confirmé leurs craintes : la « guérison spirituelle » s’inscrit dans une acception New Age. Et les sessions organisées dans cette maison d’exercices spirituels en Espagne comportent la panoplie complète : purification, karma, réincarnation, chakras et « Christ intérieur ». Un syncrétisme qui n’a évidemment pas sa place dans une maison de retraites spirituelles catholique.
 
La Residencia San José de El Escorial est la maison d’exercices spirituels de la congrégation des Sacrés Cœurs – les pères de Picpus – fondée en France au sortir de la Révolution française. Des Pères de la communauté y résident toujours. C’est un lieu catholique qui se glorifie d’être ouvert à tous. Mais au fil des ans, il semble s’être fait une spécialité d’accueillir les groupements ésotériques et syncrétistes liés au New Age.
 

Le New Age accueilli sans problème par une maison d’exercices spirituels en Espagne

 
La réunion de l’AESE n’est pas la première du genre : l’association s’y réunit depuis 2007 au moins comme le démontre une rapide recherche sur internet. Le programme d’une journée pour la dernière rencontre en date montre l’absence de tout temps de prière, ni même de méditation. Dès 8 heures du matin, on se livre aux « transmutations énergétiques matinales » sous la houlette de Carmelo Rios, maître en ésotérisme oriental.
 
Un médium, Angela Ghislery, expose ensuite comment « les esprits supérieurs nous aident dans nos processus évolutifs et de conscience » en collaborant avec le plan divin. Sebastian Vazquez met en lumière « l’anatomie occulte » présentée de manière totalement gnostique : « Puisque l’être humain est la synthèse du Créé, c’est dans son anatomie, visible et invisible, qu’ont toujours été gardées les clefs d’un savoir Royal. »
 
Roberto Ortega, maître Reiki, s’exprime sur le « Livre de la Vie » contenant toute information passée, présente et future et notamment celle relative à « nos vies antérieures » et aux « potentialités futures ». La réincarnation enseignée entre des murs catholiques…
 

Le New Age « christique » n’a rien à voir avec la religion catholique

 
Fran Ortega vient alors faire le lien avec « le christique » ; spécialiste de l’interprétation des Evangiles selon les clefs du New Age, il s’exprime sur « la renaissance de ton Christ intérieur ». « Etre chacun celui que nous voulons être en faisant les pas nécessaires pour manifester la résurgence de la Conscience Christique dans le cœur de l’Etre Humain » : les majuscules sont importantes. Elles vous donnent du corps au boniment.
 
Ortega est d’ailleurs fort en maths. Puisque le Christ a dit qu’un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour, il suffit de faire le calcul : les trois jours qui séparent sa mort de sa résurrection correspondent aux années qui, en cette orée du 3e millénaire, annoncent son retour comme « divines parcelles en chacun de nos cœurs ».
 
On ne s’étonnera pas de trouver l’astrologie au menu – histoire d’opérer un « changement de conscience ».
 
Tout cela était donc public, et n’a pas empêché les bons Pères d’accueillir les sectaires.
 
L’AESE ne fait pas mystère non plus de ses choix idéologiques. Elle annonce clairement comment elle entend promouvoir le « bien-être » à la fois physique, mental, spirituel, karmique, et bien sûr « holistique », en se basant sur les « archétypes » qui permettent de retrouver le « moi profond ». Voire de parvenir à la « guérison planétaire » : pourquoi s’arrêter à l’individu, alors que « l’intelligence universelle » nous absorbe ?
 

Syncrétisme, panthéisme, inversion : le New Age est à la mode en Espagne comme ailleurs

 
Du tarot à la communication avec les esprits défunts, toutes les pratiques occultes et divinatoires sagement proscrites par l’Eglise et les écritures ont été réunies lors de cette énième rencontre de l’AESE qui, lors de réunions précédentes, se focalisait sur « la recherche du Maître intérieur » en 2012 par exemple. Avec des présentations sur la « Re-naissance » qui singe la résurrection des corps, le retour à l’Atlantide, le culte de la Lumière pour « retrouver nos racines spirituelles véritables » à travers les anciennes religions du soleil, ou encore la Kabbale (« véritable yoga des neurones) et, cerise sur le gâteau mystico-gazeux : le péricarde comme « gardien du secret de notre divinité » signe la confusion entre la nature et la grâce, le Créateur et la créature.
 
La rencontre de 2015 s’est terminée par une « Sainte Messe ». Pas une Eucharistie (fort heureusement, vu le contexte…). Les participants ont eu droit à une « cérémonie de purification interne » avec la participation d’un groupe de derviches tourneurs. Ils sont vraiment partout : à la réunion spiritualiste de mouvement Podemos que nous évoquions il y a quelques mois sur reinformation.tv comme dans la citation du maître soufi Al-Khawwas dans l’encyclique Laudato si’
 
Pas plus tard qu’en janvier, la Résidence San José accueillait un autre groupe New Age : « Eleusino » tenait sa dixième rencontre sur le thème « Le Je, construction de l’identité ». Ce groupe-là s’intéresse de près à l’immortalité et a fait parler, l’an dernier – mais c’était à Avila – un élève du cardinal Kasper sur le thème « Une religion sans Dieu ? »
 
L’idée commune de ces spiritualités ésotériques et syncrétistes est de dire que l’on trouve Dieu en soi : l’Incarnation devient alors une dispersion du divin dans la créature et le panthéisme tiré d’une distorsion de la notion de la divinisation de l’homme à travers la Rédemption qui nous permet d’être enfants adoptifs de Dieu. C’est à l’évidence une inversion de la doctrine catholique de l’incorporation de l’homme sauvé dans le Corps du Christ.
 
Et quand on voit de telles inversions, on sait que le diable n’est pas loin. Il est aujourd’hui des clercs catholiques pour l’oublier.
 

Anne Dolhein